if il i lii^ ■ 1 1 ]'■ ' II • 1 rM III iii î 11^: ffi 1 il 1 : 1 •!■ :. Hi ■l^^l H 1 ■1 ■ '■:v ■:.-,: LEÇONS . -..,.- SUR LES PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES ET LES ALTÉIUTIÛNS FATIIÛLOGIQUES DES LIQUIDES DE L'ORGANISME CHEZ LES MK.MES I.llir.Air.ES. Leçons de Physiologie expérimentale appliquée à la médecine, faites au Collège de France. Paris, 1855-I85G, 2 vol. in-8^ avec figures intercalées dans le texte 14 fr. Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamen- teuses. Paris, 1857. 1 vol. in-8, avec 32 figures ' fr. Leçons sur la physiologie et la pathologie du système ner- veux. Paris, 1858. 2 vol. in-8^ avec figures 14 fr. SOLS PRESSE : Introduction à l'étude de la médecine expérimentale. Paris, 18C5. ln-8, 400 pages 7 fr. Leçons de pathologie expérimentale. Paris, 1871. 1 vol. in-8 de COO pages 7 fr. i oiiiiKir.. t)|). ft stér. (le C.nBTK fii.: COUliS DE MÉDECINE DU COLLEGE DE FRANGE. LEÇONS SUR LES PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES ET LES ALTÉRATIONS PATHOLOGIQUES 1>ES LIQUIDES DE L'ORGANISME PAT. II. Claude BE^R^ilRD, MEMBRE DE l'INSTITUT DE FRANCE, Professeur de médecine au Collège de Fiance, "l'ujfi-'sseur de physiologie générale à la Faculté 'les sciences, membre des Sociétés de Biologie, Philomathique de Paris, correspondant de l'Académie de médecine de Turin, des Sciences médicales et des sciences naturelles de Lyon, Constantinople, Edimbourg. Stockholm, Francfort-sur-le-Mein, Munich, de Suisse, de "Vienne, de Florence, etc., etc. Avec fl$;;iircs intercalées «laus le texte. TOME PREMIER. PARIS, J.-B. BAILLIÈRE et FILS, LIBRAIRES DE l'aCADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINK Rue Hautefeuille, 19. ■.ondros , r îicw-York, Il HT. BAILLIÈRE, 219^ REGE\T-STREET. | Hll'P. BAILUÉRE, iOt), BROADWAY. MADRID, C. BAILLY-BAILLIÉRE, CALLE DEL PRINCIPE, 11 M DCCC LIX L'auteur et les éditeurs se réservent le droit de traduction. AVANT-PROPOS. Personne ne contestera l'imporfance de l'étude des différents liquides de l'organisme, à l'état normal et à l'état pathologique. C'est, en effet, dans le sang et dans les liquides qui en dérivent que la physiologie trouve la plupart des conditions pour l'accomplissement des actes physico-chimiques de la vie, et c'est dans les altérations de ces mêmes liquides que la médecine cherche les causes d'un très-grand nombre de ma- ladies. ; . . - -. Les progrès de la chimie moderne ont sans doute jeté beaucoup de lumière sur la composition des fluides animaux; mais, néanmoins, le sujet reste en- core entouré des plus grandes obscurités. Il ne suffit pas en effet, pour le physiologiste et le médecin, d'avoir caractérisé plus ou moins exactement la constitutior chimique des liquides organiques. Il faut surtout con- naître l'influence qu'ils peuvent exercer sur les manifes- tations vitales et, réciproquement, les changements que peuvent leur faire subir les diverses conditions orga- niques de l'individu vivant. C'est particulièrement d'après ce dernier point de surz VI AVANT- PROPOS, vue qui nous a paru trop négligé, que nous avons dirigé les recherches qui fonl l'objet de ces deux vo- lumes. Dès la prenriière leçon, nous avons insisté sur la nécessité d'apprécier dans l'expérimentation physiolo- gique en général, et dans l'étude des liquides organiques en particulier, les conditions organiques ou vitales des phénomènes. De plus, nous avons montré que ces conditions organiques devaient être recherchées dans l'état du système nerveux, qui est, en effet, l'appareil organique qui sert constamment d'intermédiaire à toutes les réactions qui se passent entre les liquides et les solides de l'organisme. Le premier volume de ces leçons se trouve plus spé- cialement consacré à l'étude du sang. Parmi les diffé- rentes propriétés physico-chimiques de ce liquide, nous nous sommes arrêté d'abord à l'étude desa température, et nous avons donné à ce sujet un grand nombre d'ob- servations nouvelles qui établissent que, dans les cir- constances ordinaires, la chaleur du sang procède par- ticulièrement du système digestif et non du système pulmonaire. Nous avons prouvé également, par des expériences multipliées, que le système nerveux sym- pathique exerce l'influence la plus remarquable sur la température du sang, et, par suite, sur celle des tissus qu'il baigne. Relativement aux conditions purement mécaniques de la circulation, nous avons insisté sur une distinction qui nous a paru essentielle à faire, entre la pression cardiaque intermittente et la pression artérielle con- stante. Kn outre, nous avons, à l'aide d'un instrument : '^ \> h AVANT-PROPOS. Yll hémométrique nouveau, destiné à mesurer simultané- ment la pression du sang dans deux organes, pu établir nettement la différence réelle de la pression dans les artères suivant leur plus ou moins grand éloignement du cœur; nous avons encore démontré que les condi- tions de pression peuvent instantanément changer dans un organe lorsqu'on vient à paralyser ou à exciter son système nerveux sympathique. Passant aux propriétés physiques du sang, nous avons montré par un grand nombre d'observations que la colo- ration du sang veineux n'avait pas la fixité et l'impor- tance qu'on lui avait attribuées ; que cette couleur pou- vait offrir les plus grandes variétés dans certaines conditions. Restant toujours fidèle à notre point de vue, nous avons encore ici étudié l'influence du système nerveux, et nous avons établi que les nerfs peuvent in- stantanément changer la couleur du sang veineux et le faire apparaître dans un même organe, alternativement noir ou rutilant, suivant que le système nerveux sympa- thique de cet organe est excité ou paralysé, etc. Après l'étude des propriétés physiques du sang, nous avons abordé l'examen de sa composition et de quel- ques-uns des phénomènes chimiques dont il est le siège. Nous avons insisté plus particulièrement sur celles des propriétés chimiques qui pouvaient intéresser le physio- logiste : nous avons fait voir, par exemple, que l'oxyde de carbone exerce sur le sang une action telle qu'il dé- place l'oxygène et se substitue à lui. Cette propriété, qui déjà nous avait servi à expliquer le mécanisme des effets toxiques de l'oxyde de carbone, nous a ici donné un vil! AVANT-PROPOS. moyen de déplacer l'oxygène du sang dans des cas physiologiques où il élait nécessaire d'en déterminer la quantité. A propos des phénomènes chimiques qui s'accomplissent dans le sang, nous avons insisté sur ce résultat que certaines réactions de la chimie minérale se trouvent empêchées par la composition môme du liquide sanguin, tandis qu'il est d'autres réactions, telles que les fermentations, qui, loin d'être empêchées, sem- blent, au contraire, favorisées par la constitution même du fluide sanguin chez l'animal vivant. Nous avons, àce sujet, exposé quelques vues d'après lesquelles on pour- rait comprendre les différents changements morbides du sang. Nous avons fait voir que le système nerveux peut être une cause directe d'altération du sang en dé- terminant primitivement par son influence sur les tissus organiques des modifications qui engendrent dans le sang des éléments septiques, etc. Le second volume de ces leçons u été consacré à l'examen des différents liquides qui dérivent du sang, à titre de sécrétion ou d'excrétion, et nous avons, à ce propos, montré que le caractère le plus général qui puisse servir à les différencier est la réaction fixe des uns, et la réaction variable des autres. L'urine, le lait, la bile, la sueur, etc., sont les liquides qui nous ont offert le plusd'intérêt. Nous avons émis plusieursconsi- dérations nouvelles sur les variations de composition de l'nriue, en rapport avec l'état de l'alimentation, et par- ticulièrement sur l'urine de l'abstinence. Le lait nous a fourni des observations intéressantes au point de vue du mécanisme de la formation des produits sécrétés. AVANT-PROPOS. IX Mais c'est surtout par des expériences instituées sur la glande sous-maxillaire du chien que nous avons cherché à élucider le mécanisme des sécrétions et à déterminer plus spécialement l'intervention du système nerveux dans ces phénomènes, qui sont, sans contredit, placés au nombre des plus importants de la physiologie. Le premier fait sur lequel nous avons insisté, à pro- pos de la formation des fluides organiques, c'est que les substances caractéristiques des liquides excrétés se rencontrent dans le sang et s'y accumulent lorsque les organes excréteurs sont enlevés, tandis que les pro- duits caractéristiques des sécrétions n'existent pas dans le sang et se produisent sur place avec les propriétés spéciales que leur donne chaque organe sécréteur. Ces différences primordiales étant établies, les con- ditions de séparation ou d'expulsion des liquides devien- nent ensuite communes aux organes sécréteurs et aux organes excréteurs, en ce sens que ce sont des change- ments dans la circulation capillaire de l'organe qui produisent la filtration élective des éléments communs du sang, qui servent de dissolvant aux produits sécrétés. Nous pensons avoir prouvé, d'une manière incontes- table, que c'est le système nerveux qui détermine et règle, par son influence motricesurla circulation capil- laire, tous les phénomènes chimiques des sécrétions, phénomènes chimiques qui dérivent ensuite de là comme des résultais nécessaires des contacts nouveaux qui ont été déterminés entre les principes du sang et les élé- ments histologiques des différents tissus organiques. De toutes ces expériences très-multipliées,il nous a semblé A AVANT-PROPOS. ressortir celte vue générale que l'action intime du sys- tème nerveux est une, quelque variées que soient les manifestations des actes auxquels il préside. Nous avons montré que ces influences chimiques des nerfs sont antagonistes danslesorg'anes sécréteurs, c'est- à-dire que certains nerfs, par leur action, diminuent l'intensité de la circulation et président à l'élaboration oi'ganique en retenant plus lontemps le sang en contact avec les tissus, tandis que d'autres nerfs glandulaires président à l'expulsion sécrétoire, en activant la circula- tion et en augmentant considérablement la quantité de sang qui passe dans l'organe. Ces derniers faits, qui sont susceptibles de démon- stration expérimentale extrêmement nette, prouvent qu'indépendamment des conditions de la circulation gé- nérale sur laquelle ont jusqu'ici porté spécialement les expériences des physiologistes, il reste encore à étudier toutes les circulations locales ou organiques qui, par leur liaison avec le système nerveux, peuvent rendre les organes physiologiquement et i)athologiquement indé- pendants les uns des autres, en même temps qu'ils se trouvent cependant reliés à l'ensemble par les condi- tions de la grande circulation. Nous n'avons pas la prétention d'avoir traité complè- tement le sujet des circulations locales, pas plus qu'un grand nombre d'autres que nous avons précédemment énumérés; il nous suffit d'en avoir posé les questions et d'avoii" donné quelques expériences qui serviront de point de départ à ces éludes. Plusieurs des résultats nouveaux qu'on trouvera con- AVANT-PROPOS. XI signés ici, ont été découverts pendant le cours de ces leçons, et nous les avons donnés comme ils se sont pré- sentés à nous, en indiquant à nos auditeurs comment nous étions arrivé à les constater. Nous considérons que cette manière de montrer la science, en quelque sorte en négligé et sans apparat, est l'enseignement le plus fructueux qu'on puisse donner : cette exposition nue de la méthode d'investigation, avec ses tâtonnements et ses incertitudes, donne des recherches scientifiques une idée beaucoup plus juste que l'exposé d'une découverte qui a été complétée par une longue élaboration. La manière de faire qui caractérise ici notre enseigne- ment a d'ailleurs été suivie à d'autres époques par d'autres expérimentateurs. Priestley la signale comme étant moins brillante pour l'auteur, ayant même pour lui des inconvénients, mais aussi offrant de très-grands avantages au point de vue des progrès de la science. Voici, en effet, ce que dit ce grand physicien, vou- lant s'excuser de donner au public ses expériences sur les gaz sans chercher à en tirer un corps de doctrine : « Dans cet ouvrage, dit-il (1), ainsi que dans tous nos autres écrits sur la physique, je me suis fait une loi de ne point cacher les vues réelles dans lesquelles j'ai fait mes expériences; j'aurais pu sans doute, en suivant une maxime contraire, acquérir une plus grande réputation de sagacité, mais je pense que la méthode que j'ai adoptée remplit deux objets excellents : elle tend à (I) Prieslley, Expériences et obsenatio?is sur différentes espécc^i (Vair. XII AVANl'-PROPOS. rendre une suite d'expériences plus intéressante, et elle encourage en même temps les autres cultivateurs de la physique expérimentale, en leur faisant voir que c'est même en poursuivant de fausses lueurs qu'on peut dé- couvrir des vérités importantes, et qu'il n'est pas rare de trouver une chose tandis qu'on en cherche une autre. » Dans un autre endroit, Priestley, faisant allusion aux hommes qui, au contraire, cachant leur méthode d'in- vestigation, embellissent et parent en quelque sorte leurs recherches avant de les montrer aux yeux du pu- blic, ajoute : (( Il est des hommes qui, pour acquérir un peu plus de réputation, s'arrêtent à couver pour ainsi dire un fait nouveau qu'ils n'avaient peut-être pas eu beaucoup de mérite à découvrir, jusqu'à ce qu'ils croient pouvoir étonner le monde par un système aussi complet que neuf, et donner au genre humain une idée prodigieuse de leur jugement et de leur pénétration Quant à moi, continue-t-il, je trouve absolument im- possible de reproduire sur le sujet que je traite un ou- vrage qui ne laisse rien à désirer » Les réflexions de Priestley sont d'autant plus intéres- santes qu'elles sont toutes parfaitement applicables au- jourd'hui à la physiologie, comme elles l'étaient à ce qu'il paraît de son temps à la physique et à la chimie. 11 faut, en elTet, montrer aux autres la science telle qu'elle est et sans fard, car la première condition pour faire des progrès, c'est d'avoir la conscience exacte de AVANT-PROPOS. XIII l'état de la science qu'on cultive. Aujourd'hui la phy- siologie n'a aucune possibilité de se constituer comme science faite, il lui manque encore trop d'éléments in- connus; il suffit de chercher pour voir combien il reste encore de choses à découvrir, et on peut dire que nous sentons d'autant plus notre ignorance, que nous péné- trons plus avant dans l'étude des phénomènes. Priestley a encore admirablement dépeint ce sentiment : « En perfectionnant une découverte, nous ne man- quons jamais d'acquérir une connaissance imparfaite de plusieurs autres dont nous n'avions auparavant aucune idée. De sorte que nous ne saurions lever un doute sans en faire naître plusieurs nouveaux. » «Mais, en s'étendant ainsi, la science devra finir plus tard par se simplifier. Seulement il faut être bien con- vaincu que cette simplification, qui est tant à désirer pour les sciences biologiques en général et pour la phy- siologie en particulier, ne sera jamais effectuée par cela seul qu'on fera de grands efforts de généralisation ; car toute généralisation sera prématurée, tant qu'elle ne se fera pas naturellement par la comparaison des faits acquis. Cette réduction de la science ne peut arri- ver que par les recherches d'investigations qui peu à peu ou soudainement, dans un moment donné, nous dévoileront des phénomènes encore ignorés, qui illumi- neront la science entière et permettront de la con- sidérer dans son ensemble. Mais comme jusqu'ici nous n'entrevoyons rien de semblable, nous n'avons qu'une chose à faire, c'est de continuer à chercher. C'est donc par suite de cette croyance que les prin- XIV AVANT-PROPOS. cipes généraux de la physiologie ne pourront se décou- vrir qu'en portant l'investigation encore plus loin, que j'ai, dans la série de mes cours publiés depuis 1854, constamment cherché à diriger cet enseignement dans la voie de l'investigation. Je me suis attaché autant que je l'ai pu à montrer par l'exemple qu'il y avait encore beaucoup à découvrir en physiologie, en signalant en même temps les voies où je croyais les recherches les plus fructueuses pour la science. J'ai vu sans doute avec satisfaction un grand nombre de travaux apparaître sur les questions que j'avais sou- levées, mais la solution de ces questions n'en a pas été autant avancée que je l'aurais d'abord supposé. En effet, l'expérience n'a pas tardé à m'apprendre qu'il y a sou- vent dans l'esprit des physiologistes une tendance qui les porte plutôt à chercher à critiquer et à trouver en défaut ceux qui les ont précédés dans une voie de re- cherches, qu'à ajouter à leurs travaux dans l'intérêt pur de la vérité scientitique. Cela m'a d'abord désagréable- ment impressionné ; mais, en y réfléchissant, j'ai bientôt pu voir qu'il n'y avait pas lieu d'en être surpris, et que c'était là en quelque sorte une manifestation toute physiologique qui tenait à la nature de l'esprit humain. En effet, cette tendance à la contradiction a existé dans toutes les sciences, et d'autant plus que les sciences ont été moins laites, parce qu'alors elles étaient dans une époque où l'imperfection de l'expérimentation empêchait de distinguer de suite les bons des mauvais expérimentateurs, et où l'absence des principes bien établis permettait à chacun d'admettre une opinion AVANT-PROPOS. XV personnelle, sans pouvoir être taxé à /^r/on d'absurdité ni d'ijinorance. Si aujourd'hui, dans les sciences expérimentales plus avancées, telles que la physique et la chimie, on voit en général chaque travail ajouter à un précédent, et si on ne constate pas cette tendance perpétuelle à la contro- verse et à l'opposition, comme cela a lieu parmi les physiologistes et les médecins, c'est que maintenant les physiciens et les chimistes aperçoivent clairement, sinon en totalité, du moins en partie, les principes de leur science autour desquels se rallient tous les travaux, tan- dis que les physiologistes et les médecins, privés de prin- cipes, n'aperçoivent guère que leurs opinions person- nelles, qui tout naturellement s'opposeut les unes aux autres. C'est donc là une conséquence à laquelle il faut se ré- signer quand on a la conscience de son devoir envers la science. Il faut que l'éducation scientifique des généra- tions se fasse en môme temps que l'évolution scienti- fique s'accomplit. Ce qui existe aujourd'hui en phy- siologie a aussi existé dans un autre temps en physique (4 en chimie. Nous voyons en effet Priestley se plaindre de ce que l'expérimentateur, qui se dévouait au pro- grès de la science, s'exposait à trouver peu d'indul- gence de la part de ceux qui le suivaient dans ses travaux. « J'observerai, dit-il, de plus, qu'une personne dont le dessein est de servir effectivement la cause des sciences, doit hasarder sa propre répulation jusqu'à ris- quer même des bévues dans les choses de peu de consé- XVI AVANT- PKOPOS, quence. Entre une mullilude de nouveaux objets et de nouveaux rapports, on en laissera nécessairement passer quelques-uns sans y faire assez d'attention; mais si un homme ne se méprend point sur les principaux objets de ses poursuites, il n'est pas dans le cas de s'inquiéter des petites choses. (( En avançant dans ses recherches, il parviendra pour l'ordinaire à rectifier ses méprises ; ou si des âmes basses et envieuses prennent un malin plaisir à les découvrir pour lui et à exposer par là sa réputation, il n'est pas digne du nom de philosophe, s'il n'a pas assez de force d'esprit pour n'en être point troublé. » {Préface des Œuvres de Priestley.) Ces leçons ont été recueillies et rédigées par mon élève et ami M. le docteur A. Tripier. Novembre 1858. Claude BERNARD. ■. LEÇONS SUR LES PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES ET LES ALTÉRATIO^'S PATHOLOGIQUES DES DIFFÉRENTS LIOUIDES DE L'ORGANISME PKEMIÈRE LEÇON. 9 DÉCEMBRE 18Ô7. SOMMAIRE : De la méthode expérimentale. — De l'expérimentation et de ses perfectionnemenls. — De la critique expérimentale. Messieurs, Nous aurons à examiner celle année les propriétés physiologiques et les altérations pathologiques des diffé- rents liquides de l'organisme. Avant d'entrer en ma- tière, je consacrerai, suivant notre habitude, la pre- mière leçon du cours à des généralités sur quelques points de la méthode expérimentale appliquée à l'étude des phénomènes de la vie. Vous savez en quoi l'enseignement du Collège de France diffère de celui des Facultés; ici nous ne pou- vons pas avoir pour objet de vous exposer uniquement B. LiQUID. DE l'oKGAN. — 1- l 2 METHODE EXPERIMENTALE. les notions déjà acquises à la science sur les sujets que nous traitons. Nous devons surtout faire nos efTorts pour agrandir le champ de nos connaissances, soit en réalisant des découvertes, soit en abordant de préfé- rence les questions obscures et indécises, afin d'éluci- der ou de vérifier les faits qui s'y rattachent. En un mot, nous avons à faire ici, non pas des leçons do sim- ple exposition, dans lesquelles l'esprit de l'auditeur reste toujours jusqu'à un certain point passif devant des résultats scientifiques établis; mais, au contraire, des leçons de recherches et d'investigations, dans les- quelles l'esprit de l'auditeur, s'associant à celui du professeur, poursuivent de concert la solution d'un problème qui les préoccupe tous deux. Dans ces conditions, les généralités d'une leçon d'ou- verture sont toujours une introduction fort utile, parce qu'elles ont pour avantage, en nous plaçant de suite à un point de vue commun, de nous permettre de suivre et d'apprécier, dans une même idée philosophique, toutes les questions de détail qui se présenteront ulté- rieurement à nous dans le cours de nos recherches. Aujourd'hui les sciences biologiques n'en sont plus à chercher leur voie. La méthode expérimentale y est définitivement installée comme dans les autres sciences. C'est à notre siècle qu'appartient la gloire de ce ré- sultat, et le nom de mon illustre maître, mon prédé- cesseur dans celle cliaire, restera attaché à cet avène- ment définitif de la méthode expérimentale dans les sciences physiologiques. Toutefois, plusicnirs raisons empêchent cette méthode MÉTHODE EXPÉRIMENTALE. 3 de rendre actuellement au physiologiste tous les ser- vices qu'il doit en attendre. D'abord ses moyens sont encore fort limités ; elle s'applique à des phénomènes très-complexes; et ce qui la complique surtout, c'est qu'elle est très-souvent employée par des hommes qui n'y sont nullement préparés. Ce qui doit donc préoccuper aujourd'hui le physiolo- giste, ce n'est plus l'iutroduction de l'expérimentation dans les habitudes scientifiques; c'est là un fait accom- pli. C'est à appliquer convenablement la méthode et à en fixer les règles qu'il doit s'attacher. Dans cette le- çon, je vous parlerai des perfectionnements actuels de l'expérimentation en physiologie. Mais avant, et parce que j'ai quelquefois lu ou entendu des définitions de la méthode expérimentale fausses ou trop exclusives, je tiens à vous dire quelques mots sur la manière dont, suivant moi, il faut comprendre cette méthode. La méthode expérimentale \\ Q%\ ^ en définitive, que la logique appliquée à la coordination des phénomènes de la nature pour en découvrir les lois. Elle a sous ce rap- port des principes généraux qui sont communs à toutes les sciences. Mais, ainsi que nous le verrons, il est nécessaire, dans l'application de celte méthode à la science des êtres vivants, de tenir compte de quelques indications spéciales très-importantes. La méthode expérimentale doit, dans tous les cas, s'ap- pliquer à une série de constatations de faits donnés par la nature (observation proprement dite) ou de fails provo- qués (expérimentation) . Puis ces observationsdoivent être METHODE EXPERIMENTALE. conduites Iot,'"iquement en vue de servir de vêrificatioiisk une hypothèse ou idée préconçue. Je dis qu'il faut cher- cher Ja vérification et non la preuve de son idée, parce que, dans le premier cas seulement, l'expérimentateur se trouve dans une disposition favorable pour bien voir, quand il est décidé d'avance à accepter tous les résultats de l'expérience, qu'ils soient favorables ou contraires à l'hypothèse qui lui a servi de point de départ, ou bien même alors qu'ils n'auraient avec elle aucun rapport. Si, au contraire, il a pourpréoccupation uniquedecher- cher des arguments propres à justifier son opinion ou à renverser celle d'un autre, son esprit s'attachant exclu- sivement aux faits dont il désire la réalisation, se trouve, comme nous l'avons dit ailleurs (I), prédisposé à subir l'empire d'une idée fixe qui lui fait exagérer ce qui se rapporte à l'objet qu'il poursuit en négligeant tout le reste. Mais outre qu'un pareil procédé est incapable de conduire à une appréciation exacte des faits, il a encore l'inconvénient grave d'enlever à celui qui l'emploie la chance heureuse, et fréquente dans les sciences aussi peu avancées que la physiologie, de faire des décou- vertes imprévues en poursuivant autre chose. Suivant moi, l'expérimentation doit donc non-seule- ment avoir pour objet d'aller à la vérification d'idées ba- sées sur des faits antérieurement acquis, mais en môme temps elle doit aussi, pour être entière et féconde, cher- chera conquérir des idées nouvelles qui surgiront natu- rellement des faits imprévus que présentent toujours les expériences instituées. La vérification seule d'uneidéepré- (1) Leçons sur la p/nj.siol. cl la path. du syst. 7icrv. (IS.'iT), l'"'^ leçon. METHODE EXPERIMENTALE. conçue ne conduit en général qu'à la confirmation ou à l'extension d'une théorie connue, tandis que l'apparition d'un fait imprévu constitue la découverte par excellence, parce qu'il en résulte toujours une notion nouvelle, qui, à son tour, engendrera de nouvelles expériences. Il est impossible, en effet, de former unehypotlièse quelconque qui appellelavérificationexpérimen taie, sipréalablement on n'a pas un fait qui serve de base à cette hypothèse. Si l'on donnait, par exemple, à un physiologiste, une substance toxique sur l'origine et la nature de laquelle il n'aurait aucun renseignement, il lui serait impossi- ble d'avoir un point de départ rationnel pour concevoir une hypotiièse probable. Alors ce physiologiste ferait une première expérience, en quelque sorte à tout ha- sard {expérience pour voir), afin que le résultat obtenu, quel qu'il soit, donne à l'esprit un premier jalon pour établir l'hypothèse qui appellera à sa vérification de nouvelles expériences, et ainsi de suite. En résumé, sans vouloir entrer ici dans des dévelop- pements qui ont eu leur place ailleurs (tome P',1835), je désire seulement vous rappeler que dans l'expérimen- tation, surtout quand les sciences sont très- peu avan- cées, comme c'est le cas pour la physiologie, le côté im- prévu est toujours plus fécond que le côté prévu, parce que la contemplation des phénomènes naturels est plus instructive que l'idée que nous nous en faisons. Consé- quemment, ce qu'il y a de mieux à faire, c'est, dans tous les cas, de regarder d'abord ce qui est; la question de savoir ensuite si nos prévisions sont infirmées ou con- firmées est tout à fait secondaire au point de vue de la O EXPERIMENTATION. vérité que nous cherchons. Mais je me hâte, après celte digression, d'arriver à l'expérimentation dont je dois plus spécialement vous entretenir. V expérimentation est l'art de provoquer l'apparition des phénomènes par des moyens appropriés, dans des conditions choisies et déterminées par le hut qu'on se propose. Elle doit modifier ses procédés et quelquefois même son point de vue, suivant la nature des sciences auxquelles elle s'applique. Je veux vous prouver au- jourd'hui que les conditions de l'expérimentation doi- vent être envisagées différemment, suivant que l'on expérimente sur des êtres vivants ou sur des corps bruts. Selon moi, toute l'exactitude de l'expérimenta- tion physiologique et la certitude delà critique expéri- mentale reposent sur cette considération fondamentale. Tout le monde comprend l'importance qu'il y a à per- fectionner l'art de l'expérimentation, et cette pensée est actuellement la préoccupation spéciale des physio- iogistes et des médecins. On introduit partout dans l'appréciation des phénomènes de la vie le poids et la mesure. Chacun sent le prix qui doit être attaché à une expérimentation rigoureuse; parce que, tant qu'on n'y aura pas atteint, il restera impossible de comparer les faits, d'en déduire les lois, et partant de constituer la science physiologique. C'est la conscience de ce besoin d'exactitude qui fait que, dans tous les travaux qui paraissent, chaque expé- rimentateur chercheàêtre plus précis queses devanciers; et que tous les jours on invente des procédés nouveaux ou des instruments plus parfaits destinés à mesurer des EXPÉRIMENTAÏlOiN. 7 phénomènes qui jusqu'alors avaient échappé plus ou moins à l'observation des scrutateurs de la nature. Je n'entreprendrai pas, Messieurs, de vous énumérer ici tous les moyens de recherches que le physiologiste et le médecin empruntent à la physique et à la chimie. Il suffit de constater sous ce rapport la réalisation d'un grand progrès qui tous les jours tend à s'accroître. Ce progrès consiste dans l'acquisition d'une foule d'instru- ments des plus exacts et de moyens d'investigation de toute sorte qui s'appliquent avec rigueur à la détermina- lion et à la mesure des phénomènes en observation . Tout cela doit constituer, en effet, la première condition in- dispensableàl'accomplissementd'uneexpérienceexacte. Mais, pour obtenir un bon résultat expérimental, il ne suffit pas encore d'avoirde bons instruments, il faut de plus pouvoir et savoir s'en servir utilement. Pour cela il faut faire en sorte de se placer toujours dans des conditions expérimentales identiques, et par conséquent comparables entre elles. Pour réaliser cette deuxième condition de l'expé- rience, les physiologistes font une chose qui paraît bien simple; ils imitent les physiciens et les chimistes dans l'application des instruments qu'ils leur empruntent. A l'aide du baromètre, du thermomètre, etc., ils peuvent se placer dans des conditions déterminées de pression, de température, etc. ; puis, comme le poids des divers animaux diffère, ils ramènent à une unité commune, le kilogramme, tous les résultats physiologiques obtenus. C'est là le procédé généralement employé aujourd'hui pour rendre les animaux comparables; et dans les tra- 8 EXPÉRIMENTATION. vaux bien faits qui paraissent chaque jour sur la respira- tion, ladigestion, les sécrétions, par exemple, on évalue toujours chaque phénomène en le rapportant au idlo- gramme d'animal. Dans ce perfectionnement successif de l'art expéri- mental il y a eu évolution scientifique naturelle et tout à fait logique : l'expérimentation s'est d'abord introduite et perfectionnée dans les sciences physico-chimiques, où la complexité des phénomènes est moins grande. Plus tard, après une longue série de tentatives infructueuses, cetteexpérimentationa fini par entrer définitivementdans les sciences biologiques beaucoup plus complexes. Depuis lors, les physiologistes mettent avec raison tous l3urs soins à se rapprocher de leurs aînés dans la carrière ex- périmentale, les physiciens elles chimistes dont ils ont emprunté les instruments et les procédés. Grâce à ces efforts, il faut reconnaître qu'aujourd'hui l'expérimen- lation physiologique est assez perfectionnée sur quelques points pour donner des résultats d'une grande délica- tesse, obtenus dans des conditions d'expérimentation tout à fait irréprochables au point de vue physique, chimique, mécanique ou instrumental. Mais ici vient se poser cette question importante selon moi : Pour qu'une expérience physiologique soit bonne, suffit-il qu'elle soit irréprochable au point de vue phy- sico-chimique extérieur ou purement instrumental? Certainement non; car ces conditions d'extériorité, qui importent tant au physicien et au chimiste, sont d'une importance relativement faible pour le physiolo- giste. Ce sont les conditions vitales intérieures de l'ani- EXPÉRIMENTATION. 9 mal en expérience le plus ordinairement négligées par le physicien, qui doivent être placées au premier ran^ dans toute expérience physiologique. Gela se conçoit fort bien d'ailleurs lorsqu'on envisage le caractère dis- tinctif fondamental qui sépare les êtres vivants des corps bruts. En effet, un corps brut n'aen lui aucune spontanéité; toutes les moditications qu'il peut éprouver ne viendront que des circonstancesquilui sont extérieures, et on con- çoit qu'en en tenant compte exactement, on soit sûr d'avoir toutes les conditions expérimentales qui sont nécessaires à la conception de l'expérience. Dans les corps vivants, au contraire, il y a une évo- lution organique spontanée qui, bien qu'elle ait besoin du milieu ambiant pour se manifester, en est cependant indépendante dans sa marche. Ce qui le prouve, c'est qu'on voit un être vivant naître, se développer, devenir malade et mourir sans que cependant les conditions du monde extérieur changent pour l'observateur, et réciproquement. L'enfant et le vieillard, l'homme sain et l'homme malade ne sont-ils pas soumis à la même pression barométrique ? Ne respirent-ils pas le même air? Ne sont-ils pas réchauffés par le même soleil et refroidis par le même hiver? Cette sorte d'indépendance que possède l'organisme dans le milieu extérieur vient de ce que, chez l'être vivant, les tissus sont en réalité soustraits aux influences extérieures directes et qu'ils sont protégés par un vé- ritable milieu intérieur qui est surtout constitué parles liquides qui circulent dansle corps. Cette indépendance 10 EXPÉRIMENTATION. devient d'ailleurs d'aulanl plus grande que l'être est plus élevé dans l'échelle de l'organisation, c'est-à-dire qu'il possède un milieu intérieur plus complètement protecteur. Chez les végétaux et chez les animaux infé- rieurs, ces conditions d'indépendance diminuent d'in- tensité et créent des rapports plus directs entre l'orga- nisme et le milieu ambiant. Dans les vertébrés à sang froid, nous voyons encore le milieu extérieur avoir une grande influence sur l'aspect des phénomènes; mais chez l'homme et les animaux à sang chaud, l'indépen- dance du milieu extérieuret du milieu interne est telle, qu'on peut considérer ces êtres comme vivant dans un milieu organique propre. Nous n'avons pas encore pu pénétrer avec nos instruments dans ce milieu intérieur de l'être vivant, mais son influence est très-grande. Nous désignerons pou rlemomentcetteactivité vitale spontanée sous le nom de conditions organiques^ owphysiologiques . Or, je dis que, lorsqu'il s'agira d'instituer une ex- périence sur un être vivant, il ne sufflra pas, comme le lait le chimiste ou le physicien, de rendre identiques les conditions physico-chimiques extérieures et instru- mentales del'expérience; on devra de plus, et surtout, rendre comparables les conditions organiques ou phy- siologiques intérieures qui sont propres à l'être vivant sur lequel porte l'observation. Il y a là, comme on le voit, deux ordres de considérations bien distinctes, et c'est ce qui rend les expériences physiologiques beau- coup plus difficiles et beaucoup plus complexes que les expériences de pliysiqueou de chimie pure. 11 faut introduire acluullemcntdanslamétliode expé- EXPÉRIMENTATION. \ \ rimentale appliquée à la physiologie les conditions organiques au premier rang comme pierre angulaire de toule l'expérimentation; sans elles, je crois, il serait impossible d'atteindre jamais à celte rigueur si désirable et tant recherchée par les physiologistes. Parmi les conditions organiques, celles qui sont plus facilement appréciables sont celles relatives à l'âge, au poids, au sexe, à l'espèce de l'animal, etc. Je n'énumé- rerai pas toutes les conditions physiologiques qui sont cl considérer ; je choisirai quelques exemples pour vous indiquer dans quel' esprit cette identité physiologique doit être comprise. On ne pourrait jamais expérimenter en physiologie s'il était nécessaire pour cela de rendre deux animaux absolument comparables à tous les points de \ue. L'art du physiologiste expérimentateur devra consister à ren- dre les êtres comparables, surtout en ce qui concerne les états organiques sur lesquels il fait porter son expéri- mentation. Tantôt il pourra sortir de l'espèce animale, s'il veut étudier des propriétés physiologiques, suflisam- ment générales; tantôt, au contraire, lorsqu'il étudiera les mécanismes spéciaux de certaines fonctions, il devra absolument faire porter l'observation sur des individus de même espèce, de même âge ou de même sexe, etc. Il faut donc savoir réaliser l'identité physiologique en rapport avec les recherches que l'on fait. Car deux ani- maux de même espèce, même taille, même poids, même âge, même sexe, môme couleur, peuvent cependant se trouver dans des conditions physiologiques non identi- ques, relativement à la question qu'on étudie. Je vais vous 1 2 i:Xl>ÉIUMENTATIOiN. citer un exemple qui vous fera mieux saisir ma pensée : Il y a environ dix ou douze ans, voulant faire des expériences sur des animaux aussi comparables que l)Ossible, j'avais fait apporter du marché une portée de lapins exactement du même âge et qui étaient tous sensiblement de la même taille et de la même couleur. A cette époque j'étudiais les modifications qu'éprouve l'urine par le passage de certaines substances injectées dans le sang; je commençai donc par examiner l'urine sur mes différents lapins identiques. Or, je trouvai que chez les uns les urines étaient claires, acides, contenant beaucoup d'urée, tandis que chez d'autres elles étaient troubles, alcalines, contenant beaucoup de carbonates; enfin, chez d'autres lapins, je trouvai des urines neutres, avec ou sans opalinité. Il ressortait évidemment de là que l'identité des urines devrait être cherchée dans des condition s physiologiques au très que celles de la taille, de l'âge, etc., de l'animal. C'est en effet dans l'alimenta- tion et les périodes de la nutrition qu'il fallait placer ces conditions d'identité physiologique. Or mes lapins, qui se ressemblaient parfaitement d'ailleurs à l'extérieur, étaient, les uns à jeun, d'autres en pleine digestion, d'autres à la fin de la digestion. C'est à la suite de cette observation que je fis de nou- velles expériences qui me démontrèrent que toutes les variétés si grandes qu'on observe dans les urines des animaux herbivores,carnivoresetomnivores peuvent être ramenées à des conditions semblables. Chez les animaux à jeun, les urines sont comparables, parce qu'ils sont aloi's tous à la même alimentation; ils se nourrissent EXPÉRIMENTATION. 13 de leur propre substance. L:i esl donc l'état normal ou physioIo<2^ique d'où il faut partir. Et pour ne pas sortir de l'exemple que je cite, il est clair que, si l'on veut trouver la loi des variations que les influences alimentaires ou autres apportent dans la constitution des urines, il fau- dra les rapporter à l'urine normale physiologiquement. Or, par urine normale nous désignerons non pas seule- ment l'urine d'un individu sain, mais celle d'un individu à jeun, et conséquemment soumis à des conditions phy- siologiques de nutrition aussi identiques que possible. Si l'on négligeait de remplir ces conditions d'identité physiologique on aurait beau perfectionner les méthodes chimiques analytiques, trouver des procédés de mesure d'une plus grande sensibilité ; toute cette rigueur chimi- que deviendrait inutile si la condition organique propre au phénomène quel'on observe était restée indéterminée. Et n'est-ce pas là, en effet, l'état dans lequel nous sommes? Nous possédons un grand nombre d'analyses d'urines qui ne nous ont que peu appris sur la loi des variations de composition de ce liquide parce qu'on n'a pas eu pour point de départ un état physiologique bien déterminé. Cependant, je pense que c'est plutôt par la saine appréciation des conditions physiologiques des expériences que par le perfectionnement exclusif de sa partiechimiquequ'on atteindra le but. C'est pour cela que j'insiste pour que le physiologiste prenne avant tout lesoin de rendre les conditions physiologiques comparables. Je vais actuellement. Messieurs, choisir un autre exemple et appeler votre attention d'une manière toute spéciale sur une condition physiologique peu connue et à i:XPEniMENTATIOiN. peine mentionnée par les physiologistes, mais qui n'en est pas moins de la plus haute importance ; je veux parler du degré d'énergie vitale que possède l'organismeanimalsur lequel on expérimente. Nous n'avons malheureusement pas d'instrument pour mesurer cet état, et nous ne pou- vons l'apprécier qu'en disant que l'animai est plus ou moins vigoureux. Or, il faut savoir qu'il existe une très- grande différence, au point de vue de l'expérimentation physiologique, entre un animal vigoureux et un animal affaibli ou languissant. Cette différence est telle que cer- taines propriétés physiologiques, perdent non-seulement de leur intensité dans ces circonstances, mais qu'elles disparaissent complètement pour l'observateur. Cette condition du degré de vitalité de l'animal sur lequel on opère est d'autant plus importante à mettre ici en relief que très-souvent, le plus ordinairement même, on sacrifie pour les expériences physiologiques des animaux malades et qui sont destinés à être abattus. C'est le cas des expériences qui se font généralement dans les écoles vétérinairesetdansleséquarrissoirs,où l'on opère sou vent sur de vieux chevaux usés par la fatigue et les maladies. L'affaiblissement organique de l'animal peut tenir, en effet, à des causes très- variées : à des maladies, à l'ab- stinenceprolongée, à l'emploi de procédés d'expérimen- tation qui produisent de trop grandes mutilations, etc. Lesanimauxprésentent d'ailleurs aussi, suivant l'espèce, la race, etc., des susceptibilités variées et des résistances individuelles à l'affaiblissement très-diverses. Les phénomènes du système nerveux sont ceux qui peuvent le plus varier sous l'intluence de ces causes EXPÉRIMENTATION. ]5 perlurbatrices ou débilitantes. 11 en résulte dans les organismes lésés, où cette intluence est plus considé- rable, du retentissement qui imprime des modifications variées à un certain nombre de phénomènes. Tous ceux qui ont fait des expériences sur les nerfs et sur les muscles, même chez les grenouilles, savent combien il est difficile de trouver des nerfs et des muscles compa- rables, et cela en raison de la vitalité plus ou moins grande des animaux chez lesquels on a pris ces organes. Nous vous avons montré dans le cours de l'année der- nière, à propos de la sensibilité récurrente, que les résultats contradictoires qui avaient été obtenus s'expli- quent facilement, quand on sait que sur des animaux fatigués par l'opération, cette propriété nerveuse man- que, et qu'elle est l'apanage exclusif des organismes vigoureux. D'où il faut conclure que la condition orga- nique de la sensibilité récurrente est la vigueur de l'ani- mal; celte propriété disparaît toutes les fois que l'orga- nisme est affaibli, soit par un état antérieur, soit par le fait même de l'opération . On comprend dès lors de quelle importance il est de recourir, dans ce cas particulier, à un procédé opératoire qui cause peu de délabrements. Mais ce n'est pas seulement sur les phénomènes ner- veux de sensibilité, en apparence plus fugitifs, que cette influence dudegrédevitalitédel'animal dont nous venons de parler peut faire sentir son influence. Elle s'étend aussi, comme vous allez le voir par l'exemple suivant, àdesphénomènes d'un ordre tout différentetqui,aulieu d'oltérerles fctions de la vie de relation, modifient les phénomène schimiques de la vie de nutrition. 16 EXPÉRIMENTATION. Nous VOUS avons montré, dans le cours des années précédentes, qu'il se produit dans le foie, à l'état phy- siologique, une matière glycogène, véritable amidon animal, qui se change ensuite en matière sucrée et est, à cet état, déversée dans le torrent circulatoire. Cette substance est très-facile à trouver et à montrer dans le tissu du foie. Mais il ne faudrait pas croire qu'il suffit pour cela de prendre indifféremment le foie d'auimaux quelconques, pourvu qu'ils soient dans les mêmes con- ditions d'alimentation, etc. 11 faut encore que l'animal soit vigoureux pour que les fonctions nutritives soient dans leur intégrité. Dès que l'animal est affaibli, languis- sant, lors même qu'il mange, comme cela se voit chez les chevaux malades, la fonction glycogéniqne du foie s'affaiblit et cesse complètement. Ce changement peut quelquefois s'observer après quelques heures, lorsque l'animaldevientmaladesubitement.Souvenl cette espèce de trouble dansles phénomènes de la nutrition est signalé àl expérimentateur par l'inappétence des animaux; mais il peut en être autrement : c'est ce qui arrive aux che- vaux et aux ruminants qui continuent souvent à manger, quoiqu'ils ne soient plus dans un état physiologique. Voici deux foies de lapins qui se ressemi)Ient parfai- tement ; ils ont été traités de la même manière : tous deux appartiennent à des animaux sacrifiés pendant la digestion, et cependant leur décoction présente les difTé- rences les plus grandes. Tandis que l'une est fortement opafine, l'autre est parfaitement claire. L'une contient la matière amylacée glycogène, l'autre n'en renferme pas. La diiréreijce physiologique tient ici à ce que le EXPÉRIMENTATION. 17 second foie provient d'un lapin rendu malade et affai- bli par une asphyxie lente. Ici encore, comme vous le voyez, la contradiction expérimentale doit être expliquée, non par les condi- tions des procédés physiques ou chimiques employés, mais par une différence essentiellement physiologique appartenant à l'animal. Nous ajouterons que dans ces cas d'abaissement de l'énergie physiologique, où manque la matière glyco- gène, il est impossible aussi de réussir à rendre les ani- maux artificiellement diabétiques. Ce trouble de l'organisme que nous signalons ne doit pas être confondu avec l'état morbide, parce qu'il n'est lié à aucun trouble pathologique classé dans les cadres nosologiques et qu'il constitue le plus souvent une mo- dification passagère. Par opposition, il peut arriver que certaines lésions pathologiques localisées n'empêchent pas l'organisme de présenter sa vigueur physiologique : c'est ce que j'ai souvent eu l'occasion d'observer, et j'ai vu dernièrement un chien qui portait des tumeurs cancéreuses dans le foie et dans le poumon, sans être pour cela dans cet affaissement général qui fait dispa- raître la sensibilité récurrente ou s'oppose à la forma- tion de la matière glycogène du foie. Je pourrais citer un très-grand nombre d'autresexem- ples analogues,mais vous comprenez déjà suffisamment que les difficultés les plus grandes qui environnent le physiologiste expérimentale ur résident dansladétermi- nationdesconditionsphysiologiquesdel'expérience.Vous voyez qu'il n'a pas seulement à tenir compte dans ses ap- B, LlQUlD. DE l'oRG. — I. "2 Î8 EXPÉRIMENTATION. préciatioiis des différences lesplusfacilesàconstater, telles que respèce,râge,la taille, le sexe, etc. ; mais il a encore à considérer les modifications physiologiques latentes qui peuventsurvenirdansl'organisme sur lequel il expé- rimente; soit spontanément et indépendamment de lui, soit souvent par son fait, c'est-à-dire par les mutiia- tionsqui sontlesconséquences de son manuel opératoire. C'est en raison de toutes ces difficultés que déjà nous avons ailleurs conseillé de faire usage de la méthode des expériences comparatives et contradictoires, méthode qui diminue autant que possible les causes d'erreur, soit qu'elle les annule les unes par les autres, soit qu'elle les rende visibles en les exagérant quand elles n'étaient pas immédiatement sensibles à l'observateur. Mais, Messieurs, ce n'est pas tout encore : les con- ditions de cet état de vigueur et d'intégrité vitale qui, résultant d'une parfaite harmonie des états organiques, représente le degré d'énergie physiologique d'un ani- mal, font non-seulement varier ou disparaître certai- nes propriétés physiologiques, mais elles prédisposent x'^.n même temps l'organisme vivant d'une manière toute «iifférente vis-à-vis des agents extérieurs. Nous avons placé ici comme exemple de ce nouveau genre d'action, un moineau sous une cloche, dans un milieu confiné où il respire depuis quelque temps; il y <'st déjà très-malade par suite de la viciation de l'air, mais il y pourra vivre encore pendant une demi-heure environ. Maintenant nous plaçons sous cette même clo- che un autre moineau de même âge, de môme sexe, nourri de môme, mais qui, très-vigoureux, n'a pas été EXPÉRIMENTATION. 10 comme l'autre affaibli par le séjour daus iiu milieu confiné. Or, vous voyez qu'en introduisant le moineau vigoureux sous la cloche, il y meurt instantanément, tandis que l'autre continue à y vivre. Vous constatez donc, parce fait singulier, qu'un mi- lieu qui est délétère pour un animal vigoui-eux ne l'est pas au même degré pour un animal affaibli. Certains poissons semblent agir dans le même sens ; les grenouil- les ou les mammifères affaiblis et languissants sont, ainsi que nous vous l'avons montré ailleurs, empoisonnés beaucoup plus difficilement par le curare que les ani- maux vigoureux. Toutefois, on ne saurait généraliser le fait dans le sens unique que nous venons d'indiquer, car il peut arriver que dans d'autres circonstances l'in- verse s'observe, et que l'animal affaibli au contraire ré- siste moins à certains agents que l'animal vigoureux. Mais, dans tous les cas, il ressort de ces expériences ce fait général, que deux organismes entre lesquels on ne peut pas constater de différence relativement à l'espèce, à l'âge, au poids, etc., se trouvent inégalement prédis- posés à être affectés par les agents extérieurs selon leur état d'affaiblissement ou d'énergie. Cette espèce de prédisposition organique que nous constatons ici comme condition physiologique, intéresse au plus haut point la médecine. 11 en résulte, en effet, que si Ton doit souvent placer la cause des maladies dans le milieu extérieur, il faut aussi reconnaître que les conditions de production et de développement de ces maladies se rencontrent dans le degré d'énergie vi- tale actuelle de l'organisme. Sans cela, comment expli- 20 EXPÉRIMENTATION. quer que les mêmes causes de maladie, contagieuses ou autres, produiseul des effets nuls chez certains sujets et violents chez les autres. Tous les jours ne donne- t-on pas comme cause de diverses maladies l'exposition du corps à des influences extérieures bien détermi- néi;s? Cependant tous ceux qui s'exposent à ces mêmes causes de maladie ne sont pas atteints ; il n'y a que ceux chez lesquels existe une prédisposition morbide. De même que tout à l'heure, dans notre cloche, le milieu asphyxique n'a agi rapidement que sur l'animal qui se trouvait dans des conditions organiques qui le prédisposaient à en ressentir les effets. Eniin, la prédisposition de l'organisme, qui se carac- térise par une simple modification de l'énergie vitale, peut encore se manifester autrement; elle peut impri- mera une lésion traumatique une terminaison différente de celle qu'elle aurait eue dans une autre condition. Ainsi, pour prendre toujours nos exemples dans des fails physiologiques, nous dirons que la section du nerf i^rand sympathique donne lieu à des troubles qui se ter- minent d'une manière bien différente, suivant que l'a- nimal est vigoureux ou qu'il est languissant et affaibli. Dans le premier cas, la section des nerfs amène seule- ment une vascularisation plus forte et une élévation dans la température de la partie; puis peu à peu les phénomènes rentrent dans leurs conditions normales. Dans le second cas, lors(}ue l'animal est préalablement affaibli, à la vascularisation et à l'élévation de tempé- rature des parties s'ajoute une formation abondante de pus, une inllannnation véritable et très-vive, qui a son EXPÉRIMENTATION. 21 siège dans les membranes muqueuses du nez, de la bouche, de l'œil, quand on coupe le filet cervical du grand sympathique, et qui donne lieu à des pleurésies et à des péritonites violentes ordinairement mortelles, lorsque c'est la portion thoracique ou la portion abdo- minale du grand sympathique qui a été lésée. Nous bornerons là les citations de cas spéciaux que nous pourrions multiplier à l'infini, et nous conclu- rons que, pour faire une bonne expérience physio- logique, il faut, avant tout, bien étudier l'organisme vivant sur lequel on opère, afin de se placer dans des conditions organiques toujours comparables. J'ai voulu seulement aujourd'hui tourner votre pensée vers l'im- portanceetl'indispensablenécessité d'unepareille étude. Il appartiendra maintenant au temps de perfectionner l'expérimentation physiologique et d'apprendre exacte- ment les conditions organiques de chaque expérience en particulier. Cette étude des conditions de l'organisme animal, au point de vue expérimental, est entière- ment à faire. Je pense que c'est par cette connaissance exacte de l'être vivant que l'expérimentation physio- logique devra en particulier se perfectionner, et qu'elle ne pourra jamais s'en tenir aux seules conditions in- strumentales et physico-chimiques de l'expérience, quelque irréprochables qu'on les suppose. Mais, Messieurs, les considérationsquenousvenonsde vous présenter sur l'état arriéré de l'expérimentation physiologique doivent nous fournir encore un autre genre d'enseignement bien fait pour nous faire désirer son perfectionnement, et pour nous montrer avec quelle 22 EXPÉIUMENTATION. réserve il convient pour le moment de s'avancer dans une science dont les moyens sont encore si imparfaits et entourés de tant de causes d'erreur. Je désire encore vous faire sentir par quelques exemples combien il est nécessaire, pour ne pas tomber dans les interprétations fausses qui se présentent à chaque instant, d'avoir des principes philosophiques bien arrêtés afin de ne pas dévier de la voie qu'ils tracent à nos jugements au mi- lieu des imperfections de nos moyens d'investigation. 11 n'est peut-être pas un expérimentateur auquel il ne soit arrivé, après avoir fait et répété une expérience dans des conditions qu'iladéterminées,deneplus obtenir dans une nouvelle série d'expériences le résultat qui pour lui résumaitses premières observations. En répélantl'ex- périence une troisième fois, et après avoir cru prendre toutes les précautions désirables, il pourra même arri- ver qu'au lieu de retrouver le résultat primitivement obtenu, il en rencontre un autre tout différent. Que faire dans cette situation? Faudra-t-il admettre que les faits se contredisent dans les expériences physiolo- giques? Évidemment non, et bien que cela se dise tous les jours, ce n'en est pas moins parfaitement absurde. Faut-il alors penser que dans la première série d'expériences on a été trompé par ses sens? — Encore moins. Je dis môme qu'on n'a jamais scientifiquement le droit d en agir ainsi. C'est un moyen qui pourrait paraître commode, mais qui serait éminemment nuisible à la science. Pourquoi d'ailleurs aurait-on été plutôt le jouet de ses sensdaus lapremière série d'observationsque dans les aiilies? l'Jtpuissi l'on rccounaît (ju'un a des sens EXPÉRIMENTATION. 2',l infidèles, il faut renoncer de suite à l'expérimentcilion ; car on vient d'avouer qu'on y est tout à fait impropre. Qu'y a-t-il doncà faire alors? Attendre pour se pro- noncer et conclure tout simplement que les conditions del'expérience, qu'on croyait connues, ne le sont pas, car silesrésultatsont différé dans deux séries d'observations, c'est que certainement ces observations n'étaient pas faitesdanslesmêmes conditions. Il faut dèslorschercher à connaître ces conditions à l'aide d'expériences nou- velles; on y arrivera toujours tôt ou tard, puisque les faits ne sauraient être opposés les uns aux autres ; ils ne peuvent être qu'indéterminés. C'est alors seulement, quand on aura trouvé la raison expérimentale de la contradiction apparente des faits, qu'on pourra mieux déterminer la nature des phénomènes physiologiques qu'on étudie et rectifier, par la connaissance des causes d'erreur, les interprétations erronées tirées d'une pre- mière expérience. Mais jamais on ne peut rien nier de ce qu'on a vu et observé; l'erreur absolue de fait n'existe pas dans les sciences d'observation, ou bien elle est vo- lontaire et ne relève plus dès lors d'aucune métiiode philosophique ou scientifique. Les seules erreurs que je doive admettre sont les er- reurs d'nleiprétation duesàîiotiu ignorance, et quant à celles-là, elles sont de tous les jours et peuvent arriver à tout le monde; et même, dans certains cas, elles sont à peu près inévitables. Le seul moyen de s'en préserver et de ne pas compromettre sa réputation à ce sujet, c'est, comme disait Fontana, de s'abstenir et de ne rien faire. « Combien peu, dit ce grand physiologiste, nous sommes 24 EXPÉRIMENTATION. sûrs des choses que nous croyons le mieux connaître et sur lesquelles nous avons pris le plus de précautions pour ne pas nous tromper! Je ne sais qu'une classed'hommes, ajoute-t-il, qui ne se trompent jamais : ce sont ceux qui ne font rien, qui n'observent rien et n'instituent aucune expérience. Tous les autres se trompent et d'autant plus qu'ils feront plus de reclierches nouvelles. » Toutefois ces erreurs d'interprétation deviendront plus légères à mesure que le perfectionnement de l'expé - rimentalion physiologique nous mettra à même de mieux saisir les conditions physiologiques des phénomènes qui se rapportent à une quesiion donnée, et à ce propos il faut reconnaître que le premier expérimentateur a tou- jours plus d'écueils à éviter que ceux qui, venant après lui, peuvent déjà profiter des enseignements des expé- riences antérieures. En effet, l'interprétation exacte de la cause d'un phénomène ne peut être rigoureusement appréciée que lorsqu'on voit ce phénomène sous toutes ses faces et qu'on l'embrasse dans son ensemble. Jusqu'à ce moment toutes les interprétations que l'on donne ne peuvent être que provisoires. Mais, je le répète, si dans cette évolution scienlilique il y a des faits qui semblent varier, ce sont des fidts mal connus, mais non en réalité opposés. Maintenant, Messieurs, vous comprenez sans peine que la ligne de conduite que je viens de vous indiquer, et qu'il convient de suivre dans la discussion de ses propres expériences, doit être suivie aussi lorsqu'on essaie d'ap- précier les expériences des autres. Il arrive en effet tous les jours que des expérimentateurs trouvent sur un EXPÉRIMENTATION. 25 même sujet des résultats différents de ceux qu'on a déjà obtenus. Eh bien, je dis que dans ce cas il ne faut pas se complaire dans une sorte de négation systématique dans laquelle beaucoup de personnes aiment à rester. Il faut bien savoir qu'une critique pareille n'a aucune portée scientifique. Le rôle delà critique sérieuse et vraiment utile n'est pas d'opposer des faits à des faits, mais de chercher la raison des divergences apparentes dans les résultats, et d'établir par là des conditions exactes des phénomènes. L'expérimentateur qui cherche la vérité devra trouver la raison de ces divergences dans les conditions indiquées parl'observateurdont ilétudieles travaux, ou bien, s'ilL^. peut, il devra se renseigner auprès de l'auteur lui- même. Ce rapprochement, constammentinstructif, fait toujours faire un pas en avant dans la recherche de la vérité. Un mot suffit souvent pour dissiper des incertitudes; fré- quemment j'en ai eu la preuve, en échangeant ici avec des savants étrangers des explications sur des points parfois trop légèrement indiqués dans les expériences publiées. Quand on habite le même pays ou la même ville, cet échange est encore plus facile, pour les critiques qui cherchent la vérité scientifique; ils sont dans d'excel- lentes conditions pour avoir tous les éclaircissements suf- fisants à l'interprétation des expériences, et pour éviter ces discussions stériles et bruyantes que doivent fuir tous les hommes qui consacrent leur temps à l'intérêt de la science. Eu terminant, je vous signalerai une autre manière de traiter les questions physiologiques, qui me semble 20 EXPÉRIMENTATION. amenée encore par la complexité des phénomènes de la vie. Cette manière pourrait être appelée critique par encomltrement. En effet, il est des expérimentateurs qui ne se proposent pas pour objet de perfectionner les expériences des auteurs qui les ont piécédés, soit en y ajoutant des faits nouveaux, soit en rectifiant quelques points mieux étudiés. Ils se bornent seulement à faire, surle môme sujet, d'autres expériences toutes difTérentes dont ils tirent desconclusionstoutà fait indépendantes. De là résulte un vague dans les questions qui se trouvent ainsi noyées dans des faits de plus en plus complexes sans rien résoudre. Lorsqu'on institue des expériences nouvelles sur un sujet déjà traité, il faut toujours que ce soit pour y ajouter des résultats capables de l'élucider ; on doit poser nettement la question au lieu de l'entourer d'obscurités nouvelles. 11 faut chercher à simplifier l'ex- périmentation en instituant autant que possible des ex- périences décisives, et faire, s'il se i)eut, qu'une seule puisse suffire si toutes les conditions expérimentales sont suffisamment connues pour serrer d'assez près le nœud du problème. Vous le voyez, toutes les imperfections de la critique peuvent, en physiologie, facilement s'abriter sous les im- perfections mêmes de 1 expérimentation. Les faits sont si complexeset parconséquenl si multiples, que rien n'est plus ordinaire que d'obtenir des résultats difierents en ayant l'air d'avoir l'ait la mèmeexpérience. Maisjenesau- rais trop le répéter : il faut être certain que dans tous ces cas la contradiction dans les faits est impossible, et il n'y a généralement qu'indélerniinaliou dans les conditions EXPÉRIMENTATION. 27 (iel'expôrience.La conséquence qui ressorUout naturel- lement de là, c'est que la critique expérimentale n'a pas autrechose«î faire qu'àtrouverlasolution des conditions expérimentales. Cette solution avance toujourslascience, mais elle ne peut détruire aucun fait observé ;elle les réduit, redresse leurs interprétations et leur donne une signification assise sur des notions plus étendues et par suite plus rapprochées de la vérité. Si au contraire on se borne à accumuler simplement des faits complexes, on oppose des expériences négatives à des expériences posi- tives, on encombre la science. On jette l'obscurité et le découragement dans l'esprit de ceux qui se sentiraient portés vers les études physiologiques, et on fournit des arguments à ces hommes anti-expérimentateurs qui, s'imaginantquelasciencephysiologique doit sortir toute faite de leurs rêveries, sont toujours prêts à s'écrier: Voyez à quoi servent les expériences physiologiques, elles n'amènent qu'erreurs et contradictions! Voilà, Messieurs, très en atrégé quelques préceptes de critique que nous trace inévitablement le désir d'ar- river à la vérité. Maintenant, quant aux difficultés de l'expérimentation, elles ne sauraient ni la faire rejeter ni vous décourager. Il est tout naturel que ce soit dans la physiologie que l'expérimentation se perfectionne en der- nier lieu, en raison de la complexité de ses phénomènes. Aujourd'hui, de tous côtés on la rend plus précise dans sapartieinstrumentale.il me suffit de vous avoir montré qu'il y a aussi dans ce perfectionnement à tenir compte des conditions physiologiques de l'organisme vivant. DEUXIEME LEÇON 11 DÉCEMBRE 1857. SOMMAIRE : Liquides organiques normaux et pathologiques. — Leurs caraclùres communs. — Eau. — Effets de l'injection de l'eau dans le système vasculaire : expériences. — Limites éten- dues entre lesquelles peut varier la quantité d'eau qui existe dans l'organisme. — Classification des liquides organiques d'après leur réaction acide ou alcaline, d'après leur réaction fixe ou mobile. Messieurs, D'après les idées émises dans la leçon précédente, nous allons aborder l'élude des différents liquides de l'organisme en nous attachant surtout à mettre en évi- dence leurs caractères physiologiques. Cette direction de nos recherches nous est dictée, ainsi que je vous l'ai fait voir, parla naturemême des conclusions physiologiques et médicales que nous demandons à l'expérience et h rol)servation. Tous les moyens d'investigatio/i qui sont à notre dis- position seront mis à profit, en ne perdant pas de vue toutefois que le but que nous poursuivons nous oblige à les subordonner les uns aux autres et à n'accorder à certains d'entre eux qu'une importance relative. En effet, lorsqu'on vent arriver àétablir une proposition physio- logi(|ue, il faut que la question soit posée par un physio- logiste; c'est à lui qu'il appartient de poser le pro- l)]ùm(; et de régler l'emploi des moyens qui peuvent conduire à sa solution. Les liquides qui se i-eucontrent daus l'organisme, LIQUIDES DE L ORGANISME. 29 liquides d'origine physiologique ou pathologique, sont nombreux. En voici une liste qui se trouve indiquée dans la plupart des ouvrages et dont on peut provisoire- ment se contenter : ; Liquides interstitiels, Sang, Lymplie, Chyle, Salive, Suc gastrique, Bile, Suc pancréatique, Fluide intestinal, Mucus, Spernne, Liquide de la vésicule de de Graaf, Liquide amniotique. Liquide allantoïdien, Lait, Liquide céphalo-rachidien, Humeur aqueuse, Humeur vitrée. Larmes, Sueur, Urine, Synovie, Sérosités, Pus, Altérations des liquides anormaux. Une première classe est, on le voit, formée par les liquides interstitiels, liquides spéciaux à chaque tissu, ne circulant pas à prDprement parler et représentant simplement la partie liquide des tissus auxquels ils appartiennent. La seconde classe, qui serait elle-même susceptible de division, est la plus importanle; elle comprend les liquides qui circulent dans l'organisme, ou s'accu- mulent en certains points pour remplir un rôle physiolo- gique en rapport avec l'accomplissement de fonctions déterminées. La troisième est formée par des produits pathologiques. • • Avant d'aborder en détail et séparément l'étude de ces liquides, nous devons nous arrêter à quelques propriétés générales sur les fluides organiques qu'il est important d'examiner. Et d'abord, les liquides sont indispensables dans un 30 LIOUIDES DE l'organisme. orcranisme, où ils sont le véhicule nécessaire des maté- riaux qui, dans le doublemouvement décomposition et de décomposition organiques, viennent du deliors accroître l'individu ou sont rendus par lui au milieu extérieur. Ne voyons-nous pas, chez des animaux inférieurs capa- bles de perdre leur eau, la dessiccation arrêter toutes les manifestations vitales, et celles-ci n'apparaître que sous l'influence de l'eau restituée ? C'est encore ce que nous voyons d'une manière plus évidente pour les végétaux. Tous les phénomènes de développement s'arrêtent dans la i^raine desséchée, pour reparaître le jour où on lui ren- dra les liquides qui sont nécessaires pour que les phéno- mènes chimiques de la germination puissent s'opérer. Indépendamment de leurs propriétés spéciales, les liquides organiques se rapprochent donc les uns des autres par un caractère général : tous doivent une pre- mière importance physiologique h l'eau qu'ils contien- nent, avant de valoir par les substances qu'ils peuvent tenir en dissolution ou en suspension; ils sont d'abord utiles comme liquides. Ce rôle nécessaire d'éléments liquides dans tout or- ganisme vivant donne un grand intérêt à une première question, celle de savoir quelle est la proportion d'eau que renferme l'organisme. Celte proportion a été recherchée chez l'homme par divers observateurs, et notamment parChaussier, qui lit placer dans un four, à une chaleur assez peu considé- rable pour ne pas opérer la carbonisation, un cadavre liumaiudu poids de GO kilogrammes. La dessiccation le réduisit à 6 kilogrammes. Les parties solides entraient EAU. 31 donc dans sa conslitution pour un dixième seulement, tandis que l'eau y était pour les neuf dixièmes. La mo- mification, telle que la pratiquaient les Égyptiens, donne à peu près les mêmes résultats, c'est-à-dire que les mo- mies ont été ramenées en général au dixième de leur poids. Ces chiffres, pris chez l'homme, ne sauraient être généralisés et appliqués à toutes les espèces animales. Chez les reptiles et beaucoup d'insectes, la proportion des liquides est beaucoup moindre; dans certains ani- maux, cette diminution de l'eau est telle que l'urine est solide et affecte une consistance pulvérulente. Les propriétés spéciales que possède chaque liquide, propriétés en vertu desquelles il joue dans le mouvement organique un rôle déterminé, sont-elles en rapport avec une proportion d'eau déterminée dans leur constitu- tion? Peut-on dire que dans chacun d'eux il faut qu'un rapport constant existe entre les liquides et les parties dissoutes? — Non, les analyses donnent à cet égard des différences très-grandes; elles nous montrent que dans le sang l'eau varie de 80 à 90 pour 100 ; que dans le suc gastrique, sa proportion est de 98 à 99 ; dans le lait, de 70 à 80, etc. On ne peut donc pas espérer dé- terminer un rapport fixe et rigoureusement normal entre l'eau et les éléments en dissolution ; ce qu'il faut cher- cher, ce sont les limites de ces variations d'eau. Pour rechercher l'influence de la quantité d'eau sur les phénomènes physiologiques, deuxprocédéss'offrentà l'expérimentateur, l'un quiconsisterait à enlever de l'eau au corps, l'autre à lui en ajouter. Le premier est très- difficile à réaliser. Cependant, M. le docteur Kunde a, 32 EAU. chez des grenouilles, soustrait de l'eau à l'organisme, et observé ainsi des elîets singuliers. Son procédé consistait à introduire dans le canal iuteslinal de ces animaux du sulfate de soude ou du sucre ; une action endosmotique se produisait qui amenait dans l'intestin une partie de l'eau du sang; celui-ci se trouvait ainsi appauvri dans sa partie liquide. Un des premiers résultats de cette expérience était la perle de transparence du cristallin ; l'animal devenait aveugle. Cet effet disparaissait bientôt quand la gre- nouille était remise dans l'eau. Dans ces conditions d'appauvrissement de la partie liquide du sang, des convulsions surviennent aussi, convulsions liées très- vraisemblablement à la soustraction des liquides qui baignent le nerf et disparaissant dès qu'on rend à l'or- ganisme l'eau qu'il a pci'due. Pour répéter ces expériences sur les animaux élevés, il faudrait aussi leur enlever de l'eau, et la chose ofTre jusqu'à présent de grandes difhcultés. Mais nous pou- vons en ajouter, et sous ce rapport l'expérience apprend que les limites entre lesquelles varie la proportion d'eau dans l'organisme sont assez étendues, à en juger parles résultats qui suivent. Eap. — Hier nous avons injecté de l'eau dans les veines d'un chien. L'animal pesait 2 kilogrammes 500 grammes et était en digestion, c'est-à-dire dans les conditions de tu rgescence laplus grande du système vas- culaire. Nous voulions en même temps voir quelle in- fluence cette injection d'eau auraii sur les sécrétions; aussi avions-nous placé des tubes dans les conduits delà EXCÈS D EAU DAiNS L ORGANISME. 33 glande sous-inaxillaire, pancréatique et cholédoque; nous avions encore mis une sonde dans la vessie. Alors, à Taided'une seringue placée dansla veine jugulaire, ona injecté de l'eau dont la température était de 35 à 40 de- prés. SOOgrammes d'eau, le tiers du poids de l'animal, furent successivement injectés sans produire d'acci- dents évidents. Les sécrétions ne parurent d'abord pas modifiées; puis, à mesure qu'on injecta plus d'eau, elles diminuèrent peu à peu. Lorsque SOOgrammes d'eau turent injectés, toutes cessèrent excepté la bile. Le tube placé dans le canal cholédoque donnait toujours lieu à un écoulement bilieux abondant. Au moiTient où on injecta la vingtième seringue d'eau (chacune contenait 40 grammes), des convulsions vives, tétaniques, appa- rurent; la respiration cessa; l'animal tomba dans un état de mort apparente. Au bout d'une minute un mou- vement respiratoire s'effectua, l'animal revint un peu à lui quoiqu'il restât toujours couché sur le flanc. On re- prit les injections d'eau; les sécrétionsétant arrêtées, seule la bile continuait à couler. On put ainsi pousser la dose du liquide injecléjusqu'à 1 1 20 grammes ; l'ani- mal succomba seulement quand on fut arrivé à cette quantité. Trois ou quatre fois, pendant la dernière partie de l'opération, des convulsions survinrent^ avec plus ou moins de durée; les sécrétions ne revinrent plus, seule la bile coula jusqu'au moment où l'animal périt. Au moment où se manifestèrent les premiers accès convulsifs, on recueillit du sang de l'animal; ce sang, le voici: dans ce verre est du sang veineux; il n'est pas coagulé et renferme beaucoup d'eau ; dans cet autre verre Ij. ÎJQUID. DE I.'ORGAN. — J. 3 34 INJECTION d'eau VOUS voyez du sangartériel qui n'est pas coagulé el ren- ferme également beaucoup d'eau. Il suffit de le compa- rer à deux saignées artérielle et veineuse faites compa- rativement à un autre chiensain,pour voir combien est grande la différence entre les liquides ainsi obtenus. En résumé, nous voyons donc que chez un animai en digestion, c'est-à-dire ayant une quantité de liquides aussi voisine que possible du maximum normal, on a pu, sans produire d'accidents, injecter d'abord une quantité d'eau très- voisine du tiers de son poids. Il e^i donc possible d'avoir dans le système circulatoire un excès d'eaîi assez considérable sans produire d'acci- dents. En élevant la dose du liquide injecté, nous avons vu diminuer, puis cesser les sécrétions salivaires et pan- créatique; l'urine a cessé de se former; à l'autopsie la vessiefut trouvée vide. Pourquoi donc le foie continuait-il toujours à four- nir de la bile? Faut-il en conclure que la sécrétion biliai re continue lorsque les autres cessent ? Je ne le pense pas. La bile qui s'écoulait vers la fin de l'opération était moins colorée, et je crois que son écoulement doit s'ex- pliquer par le passage tout mécanique de l'eau dans la vésicule. En effet, dans lesinjections d'eau abondantes, sui'tout lorsqu'on les fait par les artères, il y a produc- tion assez rapide d'hydropisies; tandis que, dans les in- jections par les veines, ces phénomènes n'arrivent que beaucoup plus tard. Chez le chien dont je viensde vous exposer l'histoire, nous n'avons eu qu'un peu d'œdème dans le foie, mais une in filt ration considérable de la vési- cule biliaire; une grande quantité d'eau était accumulée DANS LE SANG. .35 dans le tissu cellulaire lâche qui sépare la muqueuse de la tunique propre de l'organe. Il y a là un phénomène d'imbibilion qui semble se produire sur le vivant comme sur le cadavre. En effet, lorsqu'on lave le foie par un courant d'eau qu'on fait arriver parla veine porte, on détermine toujours celte imbibition de la vésicule bi- liaire que vous pouvez voir sur ce cadavie de chien dont on vient de laver le foie. A cet égard, un fait plus remarquable encore s'est ofTert à mon observation. A une époque oii j'ai essayé d'une foule de moyens pour arriver à détruire le pan- créas, j'avais tenté, entre autres procédés, les injections d'air dans les veines et dans les voies excrétoires de cet organe. Or, je fus très-étonné de voir que, sans que la pression pût expliquer une infdtration emphysémateuse ou une rupture des tissus, l'air passait en nature dans la vésicule biliaire et de là dans l'intestin par le canal cholédoque. Cette observation me porterait à penser que dans l'expérience d'hier la sécrétion biliaire était arrê- tée, mais que le passage mécanique de l'eau simulait une sécrétion exagérée. Quant à la conclusion spéciale à tirer de cette expé- rience, c'est que la proportion de l'eau dans l'organisme peut varier entre des limites assez éloignées ; une difTé- rence fort grande existe déjà entre la quantité des liquides chez un animal à jeun et chez un animal en digestion ; le rapport entre la quantité des liquides et celle des solides dans l'organisme est donc extrêmement mobile. Un autre caractère des liquides organiques doit nous arrêter, caractère dans lequel on avait cru pouvoir trou- 36. REACTION ver les bases d'une ciassiiicalion physiologique de ces liquides; je veux parler de leur réaction acide ou alca- line. Berzelius, dont l'attention s'était portée sur ce point, avait cru pouvoir conclure de ses observations que la réaction alcaline était caractéristique des sécré- tions, tandis que la réaction acide appartenait aux liquides excrétés. C'est l'examen de l'urine et de la sueur chez l'homme qui l'avaitsurtout conduit àétablir cette proposition. Oi-, vous avez vu qu'une pareille dis- tinction ne saurait être maintenue comme caractère absolu, car l'urine, par exemple, peut être tantôt acide ettantôtalcaline. D'uneautrepart,le sucgastrique nous offre un exemple d'un produit de sécrétion acide. L'im- , portance de ces caractères doit être d'ailleurs regardée comme très-secondaire, lorsqu'on voit combien est fai- ble l'intensité delà réaction de ces liquides, dont l'ac- tivité physiologique doit être surtout altribuée à cer- tains principes organiques qui sont en général de la nature des ferments. Je ne pense pas cependant qu'on doive négliger les réactions que je viens de vous signaler, et renoncer à trouver les rapports qu'elles offrent avec les propriétés des liquides. Or, si nous cherchons une loi dans la réaction des liquides organiques qui soit d'accord avec tous les faits observés, nous voyons que, parmi les liquides de l'économie, les uns présentent une réaction y^xe, soit acide, soit alcaline, tandis que d'autres, tantôt acides et tantôt alcalins, offrent une v&àc[iou7)ioùiie.Les premiers, généralement ])lus importants au point de vue de l'harmoniii des fonctions, sont des [)ro(luits de DES LIQUIDES ORGANIQUES. 37 sécrétion, tandis que les autres à réacliou variable sont généralement des produits excrétés. l.^ ^ , :) Le sang, la lymphe, le chyle, lasalive, la bile, le suc pancréatique, le suc intestinal, le sperme, etc., offrent constamment une réaction alcaline. Le suc gastrique est toujours acide et ne peut remplir ses usages qu'autant qu'il conserve cette réaction. L'urine et la sueur, au contraire, sont tantôt acides et tantôt alcalines. Nous vous avons rendus témoins de ces réactions dif- férentes des urines chez des lapins examinés compara- tivement pendant que ces animaux étaient à jeun el pendant qu'ils étaient en digestion. Voyons ce qui a lieu pour la sueur. • , Chez l'homme, la sueur est acide dans les conditions ordinaires; elle est alcaline chez les chevaux. li y a dix ans, alors que je recherchais les causes des variétés de réactions de l'urine, j'examinai aussi la sueur à ce point de vue ; opérant sur des chevaux, je la trouvai constamment alcaline. Mais je pens?.i qu'il pouvait y avoir là, comme pour l'urine, une cause d'alcalinitédépendant delà digestion. Je cherchai donc à la faire disparaître. Exp. — Un cheval vigoureux, du casernement de l'École militaire, ayant été réformé parce qu'il était at- teint de la morve, fut mis à ma disposition. Cet animal étant soumis à l'abstinence, ses urines, d'abord alcalines, devinrent bientôt acides; quant à la sueur, elle continuait à présenter la réaction alcaline. Pendant vingt jours l'observation fut répétée tous les jours; la réaction de la sueur était examinée après une course qu'on faisait faire à l'animal ; chaque fois je la trouvai alcaline. J'ar- 38 RÉACTION FIXIÎ ET MOBILE rivais ainsi à conclure que les ciioses ne se passent pas chez ie ciieval comme chez l'homme, et que je m'étais trompé d'abord en pensant que la sueur pouvait offrir une réaction mobile en rapportavec l'alimentation. C'est, en effet, dans ce sens que devrait être interprétée cette première expérience, cependant une circonstance est venue me montrer plus tard qu'une cause d'erreur aurait bien pu se glisser dans mon observalion. Dans les écuries, il se développe une grande quantité d'ammoniaque ; or, aucun corps ne retient mieux Fam- moniaque que les poils. La réaction obtenue sur la peau pourrait bien ne pas être la réaction de la sueur, mais la réaction ammoniacale des poils de l'animal qui, destiné à êtreaballu, n'était plus que médiocrement soigné. Celte possibilité de cause d'erreur étant recon- nue, il faudra dans une expérience ultérieure raser et laver un point de la surface de la peau afin de voir si la réaction de la sueur dans celte partie seraacide, tandis que les poilsdonneraienttoujours ailleurs une réaction alcaline. Je serais porté à penser, sauf expérience ulté- rieure, que la sueur doit offrir une réaction mobileainsi que celle de l'urine. Cette mobilité de la réaction de la sueur a d'ailleurs été constatée chez l'homme; on a dit que, sous l'influence du traitement hydrominéral de Vi- chy, Turineetlasueur devenaient toutes deuxalcalines. Messieurs, je doisencore vous signaler une condition particulière de variabilité dans la réaction de certains liquides. Tandis que la salive a une réaction alcaline constante, que le suc gastrique offre aussi une réaction acide fixe, DES LIQUIDES ORGANIQUES. 39 il semble que le suc intestinal ait une réaction varial)le, tantôt acide et tantôt alcaline. En effet, si l'on examine le contenu de l'intestin grêle, on le trouve acide chez les carnivores et alcolin chez les herbivores. Si de l'intestin grêle on passe au gros intestin, on le trouve alcalin chez les carnivores et acide chez les herbivores. Doit-on con- clure de là que la réaction de l'intestin est mobile? — Non, Messieurs; car dans ce cas la différence des réac- tions tient à ce qu'on a la réaction des matières alimen- taires digérées. L'intestinvideest constamment alcalin ; la réaction acide qu'il peut offrir provient seulement de l'alimentation. Voyant que le caecum des herbivores était acide, Pré- vost et Leroyer l'avaient assimilé à un second estomac, dans lequel la digestion recommençait en quelque sorte. Vous savez que cette vue n'est pas exacte; il ne se pro- duit pas de suc acide dans le cœcum des carnivores, et le cœcum des carnivores fournit une réaction alcaline. Cette différence tient à ce que, la gestion étant ter- minée dans l'intestin grêle, des phénomènes d'un autre ordre, phénomènes de décomposition spontanée, se pro- duisent dans le caecum. La décomposition en fermenta- tion putride des aliments azotés donne lieu à des produits ammoniacaux chez les carnivores; la décomposition des produits amyloïdes chez les herbivores est une fermen- tation lactique, d'où l'alcalinité du caîcum chez les pre- miers et son acidité chez les seconds. Mais si, au lieu d'observer la réaction des matières caecales, on prend la réaction du liquide de l'appendice du caecum, qii4§, - trouve toujours alcaline. / ' VV*''VJ^^. 40 LIQUIDES A RÉACTION FJXR ET MOBiLE. D'après ces considérations, vous voyez que la réaction des liquides organiques est susceptible d'interprétations physiologiques intéressantes, lorsqu'on recherche les causes de ces variations constantes ou variaijles. La ré- action constante des produits de sécrétion serait-elle d'accord avec le rôle qu'ils ont à remplir? Cette condi- tion perdrait-elle au contraire de son importance lors- qu'il s'agit des excrétions dont la variabilité dans la ré- action est en rapport avec des nécessités fonctionnelles d'éliminations variées servant à maintenir l'organisme dans les conditions d'équilibre physiologique? Quoi qu'il en soit de ces vues, les liquides organiques peuvent offrir une réaction fixe ou moi)ile. Peut-être pourrait-on sous ce rapport classer les liquides de l'orga- nisme en liquides à réaction tixe et liquides à réaction mol)ile. Plus tard nous aurons à revenir sur cette classi- fication que je me contente de vous indiquer pour le moment. Maintenant, Messieurs, nous devons étudier les liqui- des en particulier. Nous verrons combien cette élude offre de points de vue qui intéressent le physiologiste et le médecin, combien sont variées les considérations qui s'y rattachent. Parmi les influences dont on doit tenir compte dans cette étude, nous mettrons au premier rang- les conditions physiologiques qui nous semblent avoir été trop négligées jusqu'à ce jour. Dans la prochaine leçon nous commencerons l'étude du sang, qu'on doit considérer comme générateur des autres liquides et comme milieu dans lequel les organes trouvent les éléments de leur nutrition. '•■■;■ ■'■^ '- • TROISIEME LEÇON. .•->•■'•'> IG DÉCEMBRE 1857. SOMMAIRE : Du sang. — Son rôle général comme milieu organi- que. — Effels de sa soustraction. — Influence du sang sur les tissus et des tissus sur le sang. — Étude des propriétés du sang. — Température. — Propriétés caloritiques chez les animaux à sang chaud et à sang froid. — Calorification. — Températures comparées du sang veineux et du sang artériel. — Expériences. — Critique d'anciennes expériences, causes d'erreur. MlilSSlELfUS, ■ On nepeut coricevoirrexistence d'aiictin liquide orga- nique sans celle du sang. Le rôle si important qui lui est assigné dans l'entretien des phénomènes organiques de la vie le désigne comme premier objet de la série d'études que nous entreprenons. L'importance du sang a de tout temps été parfai- tement sentie par les observateurs; on l'a désigné sous le nom de liquide nourricier, confondant avec lui, dans cette dénomination générale, le chyle et la lymphe. On comprenait ainsi comme une unité physiologique le liquide général qui baigne les différents tissus et se trouve renfermé dans un système clos, sans communi- cation avec l'extérieur. ■: . .• 1 Chez les animaux supérieurs et chez l'homme, où nous avons à considérer le fluide nourricier, on a dis- tingué d'après leur couleur le sang, le chyle et la lymphe. Le sang serait le liquide nourricier coloré en 42 SANG. rouge, le chyle le liquide nourricier coloré en blanc, el la lymphe le liquide nourricier incolore. Quoique ces dislinclions n'aient rien d'absolu, nous les garderons cependant, parce que l'usage en est consacré, sauf à voir plus tard la signification plus précise que nous devrons leur donner. Ce qui caractérise tous les liquides dont nous venons de parler et co qui doit les rapprocher les uns des autres, c'est qu'ils sont mis en mouvement dans l'orga- nisme. Le sang, chassé dans toutes les parties du corps, est ramené au centre pour être ensuite renvoyé dans ton te l'économie. Il en résulte de là que le sang se met en contact incessamment avec toutes les molécules orga- niques de nos tissus, en même temps qu'il se trouve en rapport médiat avec le milieu extérieur dans lequel il puise des matériaux de réparation et auquel il rend des produits devenus impropres à la vie, au moyen d'un certain nombre d'appareils spéciaux. Considéré ainsi d'une manière générale, le sang con- stitue un véritable milieu organique, intermédiaire entre le milieu extérieur dans lequel vit l'individu tout entier et les molécules vivantes qui ne sauraient être impu- nément mises en rapport direct avec ce milieu extérieur. Aussi le sang contient-il tous les éléments nécessaires à la vie, éléments qu'il vient puiser au dehors par le moyen de certains appaieils organiques. Ensuite il auit comme véhicule de toutes les iniluences qui. venues du dehors, agissent sur les fibres des tissus : oxygène, substances nutritives, conditions de tempé- rature, etc. OÉN QUALITÉS. 43 Par l'appareil respiratoire, le sang est en rapport avec l'air et y puise l'oxygène qui est ensuite porté dans tout l'organisme. Par l'appareil de l'absorption alimentaire, le sang puise au dehors tous les matériaux liquides qui sont ensuite emportés dans l'organisme pour servir à la nourriture des tissus. D'un autre côté, tous les produits de décomposition organique qui résultent de l'accom- plissement des phénomènes de la nutrition sont rendus dans le sang et circulent avec lui pour être versés à l'extérieur, soit sous forme gazeuse par la peau ou le poumon, soit sous forme liquide par les reins. Comme je le disais, le sang est donc un véritable milieu dans lequel tous les tissus rejettent leurs produits de décomposition, et dans lequel ils trouvent pour l'accomplissement de leurs fondions des conditions invariables de température, d'humidité, d'oxygénation, en même temps que les matériaux azotés, hydro-car- bonés et salins sans lesquels les organes ne peuvent se nourrir. Toutefois, dans cette nutrition des organes, il faut considérer que les tissus sont actifs et agissent sur le sang pour s'approprier, suivant leur nature, les différents matériaux dont ils sont constitués. Il ne serait pas exact de considérer le sang comme contenant tous les éléments immédiats des organes et ne faisant que les déposer par une sorte d'élection sous tel ou tel tissu, ce que Bordeu semblait supposer en disant que le sang est de la chair coulante et forme les tissus. Cette idée, qui peut-être a dû naissance à ce que la fibrine du sang se carnitie en quelque sorte par la coagulation, n'est plus soutenable aujourd'hui qu'on sait que la libre 44 SANG. musculaire ne conslilue pas du tout une substance ana- logue à la fibrine du sang. En un mot, le sang ne forme pas les organes, et la preuve, c'est que les organes existent dans l'embryon, formés avant l'apparition du sang ; seulement les orga- nes se nourrissent avec les éléments du sang qu'ils s'approprient chacun à leur manière. De tout temps, le sang a été considéré comme un liquide indispensable à la vie, par la raison simple que sa perte entraîne immédiatement la mort. Ce fait peut se démontrer par une expérience très- simple et que nous aurons certainement occasion de faire devant vous. Prenant un animal assez petit et lui introduisant une sonde par la veine jugulaire jusque dans le ventricule droit, si l'on vient, à l'aide d'une seringue d'une capacité suffisante, à aspirer une partie notable de son sang, l'animal tombe aussitôt comme mort. On peut cependant le rappeler à la vie si, n'at- tendant pas que cet état se soit prolongé trop long- temps, on presse sur le piston de la seringue, pour lui restituer ainsi le sang qui lui avait été enlevé. C'est sur la nécessité reconnue de tout temps de l'existence du sang pour entretenir les phénomènes de la vie qu'était basée une idée fort ancienne, en vertu de laquelle on croyait pouvoir changer le sang doué de qualités insuffisantes et le renouveler. De là était née l'opération de la transfusion. Cette opération, vous le voyez, reposait sur une idée fausse : on pensait que le point de départ des phénomènes de nutrition était dans le sang, que ce liquide s'organisait en quelque soi'te. Or, GENERALITES. 40 ce qui vieillit dans l'organisme, ce n'est pas le sang, ce sont les organes. Sans cesse le sang se renouvelle; il est constamment jeune, et s'il n'a pas toujours k's mêmes qualités, cela tient avant tout aux conditions dans lesquelles il se forme, à l'état d'intégrité des appareils qui directement ou indirectement président à son élaboration. On ne saurait pas plus rajeunir ces organes par le contact d'un sang jeune qu'on ne rajeu- nirait un vieillard en le soumettant au régime alimen- taire d'un enfant. Dans le cercle des influences réci- proques qui entretiennent la vie, il faut faire leur part distincte à chacune d'-elles : les tissus trouvent dans le sang les matériaux de leur nutrition ; mais il faut qu'ils sachent l'y puiser; c'est à eux qu'appartient le rôle actif : le sang est entièrement passif, il ai)andonne ce qu'on lui prend, mais encore faut-il des organes qui le lui prennent. Bien que, d'après les idées que l'on se fait du rôle du sang dans les phénomènes de la nutrition, on ne tienne pas suffisamment compte du rôle des (issus et de la force de développement en vertu de laquelle ils s'entretien- nent par un mécanisme identique avec celui de leur formation, c'est cependant avec raison qu'on a placé dans les altérations du sang la cause d'une foule de ma- ladies. De cette idée à celle de soustraire à l'organisme un liquide délétère, il n'y avait qu'un pas : la saignée fut appelée à remplir cette indication. Quel fut le médecin qui la pratiqua le premier? On l'ignore. Toujours est-il qu'une fois cette opération passée dans la pratique, les idées théoriques purent changer et que chaque doctrine 46 SANG. nouvelle sut s'emparer du résultat et le justifier par des raisons différentes. Ici encore, Messieurs, nous retrouvons l'influence de l'idée erronée qu'on s'était faite du rôle du sang dans les phénomènesinlimes de la nutrition. Il est clairqu'on peut avoir l'idée de remplacer le mauvais sang ; mais il faudrait pouvoir le remplacer par un sang meilleur. Or, dans l'être vivant, tel est le rapport entre les organes et le liquide au milieu desquels ils vivent, qu'il faudrait, pour justifier cette soustraction d'un liquide délétère, que la cause de son altération fût toujours venue du dehors et qu'elle ne fût pas due à un défaut ou à une perversion de l'action des organes, comme cela a lieu dans une foule de cas. Le sang est fait pour les organes, c'est vrai ; mais, je ne saurais trop vous le répéter, il est fait aussi par les organes. Ne tenir compte que d'un des termes de celte double influence, c'est s'exposera toutes les conséquences d'une théorie erronée. Si les organes sont malades, lesangseramalade; et on aura beau l'en- lever, on ne le régénérera jamais. Nous verrons plus tard combien il est indispensable de tenir compte de ces deux éléments de la question, et comment leur solidarité rend compte de phénomènes inexplicables autrement; comment les actes chimiques qui s'accomplissent dans le sang sont réglés ou suspen- dus par l'influence du système nerveux, influence ca- pable de modifier ou d'empêcher les conditions physi- ques de leur production. C'est ainsi que vous avez vu l'influence du système nerveux augmenter, diminuei-, faire cesser la production du sucre dans l'oiganismeen GÉNÉRALITÉS. 47 agissant sur le mécanisme qui rend cette production possible. Nous aurons peut-être plus tard à nous occuper des phénomènes physiologiques qui accompagnent les opé- rations de la saignée et de la transfusion, ainsi que des caractères physiologiques et des modifications patho- logiques du pouls, objet d'études spéciales auxquelles les anciens médecins attachaient la plus grande impor- tance. < Les études sur le sangsontexcessivementnombreuses; elles datent de toutes les époques et ont été entreprises à tous les points de vue. Je n'ai pas à faire ici l'histoire de la circulation ; ce coté mécanique des phénomènes a été examiné le premier. Les études chimiques son t venues après, vers le milieu du siècle dernier; les globules sanguins ont été décrits comme caractérisant spécialement ce liquide par Leeu- wenhoeck, Malpighi, etc. Plus récemment, on a décou- vert que le fer est un élément constitutif du sang. Vers le commencement de ce siècle, on a reconnu que c'est dans les globules rouges que ce métal réside spécialement. Depuis on a donné des méthodes d'analyse pour étudier le sang à l'état physiologique et dans divers états pa- thologiques. Ces méthodes sont aujourd'hui vulgaires dans la science ; elles ont été et sont encore employées journellement par des hommes très-habiles. :■' Malgré la multiplicité de ces recherches, il faut avouerquel'hématologie est encore un sujet fort obscur, en raison de l'impossibilité où l'on est de trouver la loi de toutes les variations obtenues dans les analyses qui SANG. ont ùié faites. Sans parler du perfectionnement que peuvent subir et que subiront certainement les procédés cliimiques d'analyse, encore aujourd'hui très-défec- tueux, de l'avis même de leurs inventeurs, nous pen- sons que les principales causes de ces diverg^ences sont dans l'ignorance des conditions organiques dans les- quelles le sang a été recueilli. Or, nous le verrons, ces conditions, qui sont excessivement multipliées, peuvent apporter dans la nature du fluide sanguin les différences les plus remarquables, de sorte que, dans l'étude analy- tique du sang, de môme que dans celle de tous les autres liquides de l'économie, nous pensons qu'il faut détermi- ner d'abord la condition organique de la formation de ce liquide pour arriver à rapporter toutes les observa- tions à une même condition physiologique. C'est là le point de vue auquel nous avons dû nous placer, convaincu qu'il était impossible que l'étude des liquides organiques pût acquérir une certaine précision et eût une utilité réelle pour la science si elle n'était faite dans une condi- tion organique déterminée. Ce n'est qu'après avoir acquis quelques données surla loi des modifications physiologiques que nous pouvons espérer trouver les conditions organiques auxquelles répondent ces modifications chimiques. Nous recher- cherons donc ce que sont, à l'état physiologique et dans les conditions normales diverses, les phénomènes mécaniques de la circulation, les modifications chimi- ques du sang, leur infiuence sur la nutrition des organes et surla formation des autres liquides, etc. L'ordre que nous suivrons dans cette étude est à peu GÉNÉRALITÉS. 49 près indifférent ; seulement il est utile d'indiquer que c'est toujours en vue d'éclairer la formation des autres liquides de l'économie que nous examinerons les pro- priétés du sang. Nous traiterons successivement : r De la température du sang d'une manière géné- rale, afin d'avoir ultérieurement à examiner la même propriété dans ses rapports avec la formation des diffé- rentes sécrétions; 2° Des conditions dépression auxquelles est soumis le sang dans le système circulatoire, étudiées d'une ma- nière générale et dans leurs rapports avec les sécrétions ; 3° De la couleur du sang en général, et, en particu- lier, dans les organes sécréteurs; 4° Des diverses propriétés physico-chimiques du sang, telles que la coagulabilité, les quantités d'eau, de sels, de gaz qu'il renferme, toujours examinés d'abord d'une manière générale, et ensuite dans leurs rapports avec la formation des autres liquides de l'économie. A propos de chacune de ces études sur le sang, nous insisterons spécialement sur les influences du système nerveux et sur le mécanisme par lequel il peut modi- fier physiquement ou chimiquement les liquides orga-- niques. Enfin, nous examinerons quellessont les causes géné- rales d'altération que peut éprouver le sang, et quelles influencesces causespeuvent avoir surles autres liquides. Le sang présente une série de propriétés physiques qui sont en rapport avec les usages qu'il est destiné à remplir. Nous considérons actuellement ces propriétés dans ranimai vivant ; plus lard nous nous occuperons B. LiQuiD. DE l'organ. — I. "4' 50 SANG. des changements que le sang éprouve lorsqu'il a élé leliro du corps. Parmi les propriétés physiques, il en est une qui est de la plus haute importance, nous voulons parler delà température du sang. Nous commencerons l'élude du sang par l'examen de cette propriété considérée surtout chez les animaux à sang chaud, parce que c'est surtout à l'homme que doivent se rapporter les résultats de nos recherches. Un fait sur lequel s'est portée de tout temps l'attention des expérimentateurs est le rapport qui s'observe entre la température des animaux et l'énergiedes phénomènes vitaux dont ils sont le siège. Tandis que les animaux à sang froid suivent les variations de la température am- biante, nous voyons les animaux supérieurs et à sang chaud jouir d'une température propre, indépendante jusqu'à un certain point de celle du milieu, et en rap- port surtout avec l'énergie des fonctions vitales. Généralement, la température du sang est plus élevée que celle du milieu ambiant ; chez l'homme et les mam- mifères, elle varie ordinairement entre 38 et il degrés centigrades, et ces oj^cillations, assez faibles, sont sous la dépendance de raccomplissoment des fonctions ; on la voit baisser chez l'animal à jeun pendant le repos et du- rant lesommeil, tandis (ju'elle s'éveillependant la veille, sous l'influence du mouvement et pendant la digestion. On a trouvé et généralisé le résultat de ces observa- tions en disant que chez les animauxélevés l'organisme oH'rait une certaine résistance aux variations de tempé- rature. Il est vrai, en effet, que dans un milieu plus chaud ([ue le sang, les animaux supérieurs se maintien- TEMPÉRATURE. 51 nent à une température inférieure à celle de l'air exté- rieur. Toutefois, ils ue résistent pas à l'élévation de température comme au refroidissement. Magendie et moi avons vu que, si, plaçant un animal à sang chaud dans une étuve à 40 degrés, on venait à augmenter graduellement la tempéraluredel'étuve jusqu'à 100 de- grés, il résistait pendant quelque temps à cette élévation de température, en conservant son sang à 40 ou 41 de- grés ; mais au bout d'un certain temps il s'échauffait, son sang acquérait successivement 41, 42, 43, 44 de- grés ; enfin à 45 degrés la mort arrive infailliblement. La température du sang est donc une des propriétés les plus essentielles de ce liquide, puisque, chez les animaux élevés, elle ne peut osciller que dans des limites très-restreintes. Ce que nous avons vu arriver chez l'animal placé dans un milieu trop chaud se produira, quoique dans des limites plus larges, lorsqu'on le soumettra à des causes de refroidissement. Dans un milieu refroidi, la tempé- rature d'un animal baisse. Si, lorsque son sang est descendu à 25 ou 30 degrés, on l'abandonne dans ce milieu froid, la température continuera à baisser et il périra. Mais on peut le rappeler à la vie si à ce moment on élève graduellement et pas trop brusquement sa tem- pérature. Cette propriété qu'ont les animaux de pro- duire de la chaleur est d'une importance capitale; elle est d'autant plus nécessaire à la vie que les animaux sont plus élevés dans l'échelle zoologique. Chez les animaux à sang chaud, on peut dire que les tissus ne ressentent réellement pas les effets de la tem- pérature du milieu extérieur, parce qu'ils sontplongég 52 SANG. dansnn autre milieu, milieu interne liquide, qui est le sang, où les organes vivent comme l'embryon dans les liquides qui l'entourent. Ce milieu interne est très-im- portant, et l'on peut voir que, relativement aux phéno- mènes calorifiques, l'animal porte avec lui un milieu qui a sa température propre, de 38 à 40 degrés cen- tigrades. C'est donc là qu'il faut rechercher par quel mécanisme unanimal peut conserver une température constante malgré les variations si étendues delà tempé- rature extérieure. Aussi a-t-on compris de tout temps que c'était sur le sang que devaient porter les recher- ches relatives à la chaleur aniinale. On avait vu, en plaçant dans une étuve un animal mort, que les tissus organiques étaient mauvais conducteurs du calorique ; il résultait évidemment de là que la température du corps devait être donnée et répartie par les liquides. Lorsque les théories physiologiques se sont empa- rées de cette question, la théorie de Lavoisier sur les combustions régnait en souveraine dans la science. La- voisier, embrassant, dans une conception qui reste un des plus beaux efforts de l'esprit humain, tous les phé- nomènes dans lesquels intervient l'oxygène, a rapporté la cause de la chaleur animale à une oxydation, à une véritable combustion. Et comme c'était parle poumon qu'était absorbé l'oxygène et exhalé l'acide carbonique, Lavoisier a(hnit d'abord que c'était dans le poumon que se produisait la chaleur qui entretient la tempéra- ture de l'animal. Il avait donc assigné une cause aux phénomènes de calorilication, et, déplus, il avait loca- lisé dans le poumon le champ d'action de cette cause. Depuis, beaucoup d'expéiiences ont été faites, qui TEiMPÉRAïUHE, 53 ont été présentées comme confirmalives des idées de Lavoisier; aujourd'hui peut-être même est-il des auteurs qui admettent que le poumon est le foyer de la chaleur animale. Comme conséquence nécessaire de ces vues, on admit aussi que le sang artériel était plus chaud que le sang veineux. Examinons donc celte première ques- tion ainsi posée : Le sang artériel est-il plus chaud que le sang veineux? Le poumon est-il le siège des phéno- mènes de calorification qui maintiennent à un degré sensiblement constant la température animale ? Ces questions, Messieurs, nous ne les discuterons pas par des raisons; nous vous exposerons historiquement les expériences par lesquelles on a cherché aies résoudre, et nous conclurons d'après les faits. Parmi les expériences qui ont été citées, un grand nombre confirment les vues de Lavoisier; mais voyons ce que sont ces expériences. Dans un grand nombre de ces expériences on a pris directement la température du sang dans une artère, dans une veine, et trouvé une différence de température en faveur du sang artériel. Maisen en examinant d'autres, on voit qu'elles sont très- différentes et ne sont pas du tout comparables: les uns ont expérimenté dansles vaisseaux d'uncertain calibre, d'autres dans le cœur droit et gauche, tantôt en ouvrant, tantôt sans ouvrir la poitrine ; d'autres, enfin, prenaient les températures en plaçant le thermomètre dans le jet du sang qui s'écoulait par le vaisseau ouvert. Par ces motifs, ces expériences n'étaient déjà pas identiques. Mais voici que nous nous ti-ouvons en présence d'une autre cause d'erreur qui, en physiologie,surgit à chaque pas et sur laquelle nous avons souvent et lon^^uement 54 SANG. insisté. L'accord avec lequel on admettait sans réserves et dans toute la généralité la loi formulée par Lavoisier, pourrait vous laisser croire que les expériences par les- quelles on avait cherché à la vérifier étaient toutes con- firmatives. Il n'en est rien pourtant, et si, dans un grand nombre d'expériences, nous voyons le sang artériel plus chaud que le sang veineux, il en est d'autres dans les- quelles on avait trouvé au contraire le sang veineux plus chaud que le sang artériel. Or, on avait tenu compte dans l'appréciation des faits des expériences confirma- tives de la théorie de Lavoisier, et on avait laissé dans l'ombre comme indéterminées ou douteuses les expé- riences contradictoires. Or, Messieurs, c'est ici le lieu de vous rappeler ce que je vous disais dans la première leçon. C'est là une critique essentiellement vicieuse que celle qui consiste à exclure des faits dits négatifs au nom d'autres faits dits positifs. Il n'y a pas de faits négatifs, il n'y a que des faits mal interprétés ou in- complètement observés ; il faut par de nouvelles expé- riences compléter l'observation ou rectifier l'interpré- tation, mais il ne faut rejeter aucun fait, il faut tous les admettre, car ils ont tous leur raison d'être, et la cri- tique consiste à trouver une interprétation qui les com- prenne tous en leur assignant leur valeur et leurs rap- ports. C'est ce que nous nous efforcerons de faire, après que nous vous aurons donné : rie tableau historique de toutes les expériences dans lesquelles on a trouvé le sang artériel plus chaud que le sang veineux ; 2'' le ta- bleau chronologique des auteurs qui avaient trouvé le contraire, c'est-à-dire le sang veineux plus ciiaud que le sang artériel. TEMPERATURE. 55 ■ 3 O u^ iO •- 0) — eu . . . °'ââÂ| : 1 "^ 60 tôt; (u 0) "*"*"* o,- a a» ^ c m' 3 J 3 =• k' ' C ,^ 3^ 5-3 « 3 ai -3 3 0) -< H ^Pii-| i' Il > _ -^ "ô- S e 'Ci ^ll _.!- rf -^ yi '75 tfï rx — ^ ï« 3 1) ^ a ^3 ja 3cac-5 a g_ 3 '=^ *« — -a-S-o^ô -a "Og " 5^ > °o a T3 cz> .uiDuai^ a • a;--: d 3 3 5 -n h S ï ■'•' — i: i: i; "-^ i — ^ s G .t: ^Hss'l; a ■ _£ 'e S g a r ^o-ooo O -^ S 1 •y; ^ ti ^ '^^ ■ . ■£! P. filiii|if|sïS5i55|4 . . "5 . c 'i - D . ^ ' rt — -' cr.i' J llf o o o o = 0—00000 r£ ~^ ~ " — TcTo^OcTo -§ " '^'"J. a s ~ "3 s-i j;'g ni rt ^ _«J ilii i ^lil rt u t- ^ <ÎJ 3 c-A^ -^ cr 7-. S s^^S ë a oj 3 i* =3 a « ■3 " -s " *^---" ~ ■^"i ~ -t --' -■ ^' ^' --■ -^ — ■ '''' ^. . ^ :/; i_.|-Ë-^'^ u a> _ïï 3 3 ?2 = -1 3 1 1 .S ^U% ^^ a--i S ■g o 2-0 S-- ^-^ s £ > ?3 0-3 .ïï-ë --.5 3 ^ fSlMi î 1 £ ^ - 3.^-1= l'-SJl^ -3 0) a) « y j •^ ? y a 9.'a >-o a." 3 2 a .S -S 3 .S, a ~ "Z X. 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Personne, à ma connaissance, n'avait avant moi porté son attention sur les modifications delà tempéra- ture du sang qui circule dans les organes de la digestion. Mes premières recherches sur ce sujet datent de 1848, et, dans l'année 1849, j'ai communiqué à la Société de biologie mes expériences sur l'augmentation de tempé- rature que le sang éprouve en traversant le tissu du foie. L'appareil digestif reçoit son sang de l'aorte ventrale parle tronc cœliaque et par les artères mésentériques. Après avoir circulé dans les vaisseaux capillaires du canal intestinal, du pancréas et de la rate, etc. (fig. 2), et avoir servi h l'accomplissement des différents phé- nomènes sécrétoires ou autres qui se passent dans ces or- ganes, ce sang parvient dans la veine porte et se dirige dans le foie, oh il est soumis à une nouvelle élaboration des capillaires pour sortir finalement par les veines hépa- tiques qui le versent dans la veine cave inférieure, non loinducœur. Onvoitainsi que lacirculation de l'appareil digestif diffère de celle des autres appareils de l'éco- nomie animale, en ce que le sang artériel, après avoir traversé le système capillaire des intestins et avoir été changé en sang veineux, ne se rend pas immédiate- ment dans le système veineux général, mais traverse DANS l'x\PPAUEIL DIGESTIF. 77 encore un autre système de vaisseaux capillaires, celui du foie, qui le rend encore veineux de nouveau avant qu'il parvienne dans le cœur. Njus auions donc, dans cet appareil, par exception, à examiner la température du sang dans trois ordres de vaisseaux : i" dans les ar- tères qui amènent le sang au canal intestinal; 2' dans la veine porte qui contient le sang qui a traversé l'in- testin et qui le dirige vers le foie ; 3° dans les veines hépatiques qui se rendent dans la veine cave inférieure et contiennent le sang qui a traversé la totalité de l'ap- pareil digestif. Pour prendre la température du sang dans ces diffé- rents vaisseaux, il est convenable d'une part de ne pas apporter des troubles considérables dans la circulation locale, et, d'autre part, de ne pas trop découvrir les or- ganes, afin de ne pas les exposera des causes de refroi- dissement artificiel. Le procédé qui m'a paru être le moins sujet aux inconvénients que je viens de signaler est le suivant : L'animal étant convenablement maintenu, on pra- tique dans l'hypochondre droit une incision oblique, étendue depuis l'articulation de la dernière côte à la colonne vertébralejusqu'au bord externe du muscle droit abdominal, au niveau de la crête de l'os desiles. Lors- qu'on est arrivé dans la cavité abdominale, il faut em- pêcher l'éventration d'avoir lieu et maintenir le paquet intestinal refoulé du côté gauche. On aperçoit alors au fond de la plaie le tronc de la veine cave ainsi que les veines rénales qui s'y abouchent. Le rein droit est très- facile à atteindre, et il se trouve placé dans l'angle le plus 78 TEMPÉRATURR DU SANG élev6 de la plaie et comme couché sur l'articulation de la dernière côle. Dans le fond de la même plaie se ren- contre encore, parallèlement au tronc de la veine cave inférieure et à gauche d'elle, l'aorte ventrale, que l'on reconnaît très-facilement par ses battements, mais dont le calibre est masqué par du tissu cellulaire et par un grand nombre de rameaux nerveux qui l'enlourent. Enfin on aperçoit à droite et en haut, au-dessous de l'anse du duodénum, les veines mésaraïques principales qui remontent vers le tronc de la veine porte qui est situé au-dessous du foie. Pour obtenir, à l'aide ^^;^^:;^l.IHl ° ~' ^'crcTcTcro":^' cro-rTr^'o^crcr cTc:' o^cT X > 'ï + ^-f +4-+ 4- + + -f H-+-h-f'H- + -h 4-4- H M "^ -(ai(.iO|>.i.i.lK; cr -- - - ■-= r-. ^ r. 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DAiNS L APPAREIL DIGESTIF. 85 - A l'inspection de ces trois tableaux, on constate qu'il y a un accroissement constant de la température du sang dans tout son trajet à travers l'appareil digestif, et en môme temps on peut voir la part que l'intestin et le foie prennent à cet accroissement. 11 serait tout à fait illusoire et même erroné de tirer des valeurs moyennes des nombres consignés dans les tableaux précédents, parce que les animaux que l'on a observés se trouvant dans des conditions souvent diffé- rentes, ne sont pas exactement comparables entre eux. Ce sont les observations faites sur les vaisseaux diffé- rents du môme animal qui sont seules comparables, et c'est seulement de ces comparaisons que nous dédui- rons les conséquences. On peut voir en outre par l'inspection des résultats contenus dans le premier tableau que le sang, à sa sortie de f appareil digestif, après avoir traversé les deux sys- tèmes capillaires sanguins, celui derinlestinet celui du foie, se trouve constamment plus chaud quà son entrée. Un fait montre qu'on ne se trompait pas dans ces obser- vations. Plaçant le thermomètre au-dessous du foie, on trouve une certaine température ; à mesure qu'on en- foncele thermomètre plus a\ant, la température est plus élevée. Peut-on dire que cela tient à ce que l'instrument a pénétré plus profondément? — .Non ; car, en le pous- sant plus avant encore et le rapprochant de l'oreillette droite, la température baisse ; et cela parce que du sang plus froid se mêle à celui qui vient du foie. Les états d'abstinence ou de digestion, qu'il paraissait si important à priori de comparer entre eux, ne sem- 86 TEMPÉRATURE DU SANG bleiît pas apporter de grandes modifications dans le ré- sultat constant que nous venons de signaler, et souvent la différence de température s'est montrée plus fort chez des animaux à jeun. Le deuxième tableau donne les changements de tem- pérature que lesang éprouve en traversant le système capillaire seul de l'intestin. On voit d'une manière gé- nérale que la température s'accroît. Cependant il y a quelques observations dans lesquelles il y a eu égalité ou même un léger abaissement de température. Ces particularités s'expliquent facilement parce que la mem- brane muqueuse de l'intestin est en réalité une surface extérieure sur laquelle peuvent se rencontrer, par suite de l'ingestion alimentaire, des substances venues du dehors et parfois susceptibles d'apporter un refroidis- sement qui se communique nécessairement au sang qui circule dans ces parties. Le troisième tableau montre les modifications de température que le sang éprouve en traversant le tissu capillaire hépatique seul. Ici il y a un accroissement constant dans la température du liquide sanguin, et, en examinant les chiffres des différences, on voit que cet accroissement de température est relativement très-fort. En résumé, les expériences dont les résultats sont contenus dans ces tableaux établissent: 1** Que l'appareil digestif fait éprouver au fiuide san- guin un réchauffement constant, de telle sorte que dans cet appareil le sang veineux est plus chaud que le sang artériel ; 2*" Que le sang qui sort de l'appareil digestif par les DANS l'appareil DIGESTIF. 87 veines hépatiques est une source constante de calorifica- lion pour le sang qui va au cœur par la veine cave infé- rieure. Nous pouvons même ajouter dès à présent que c'est la principale ; car nulle part dans le système circu- latoire le sang n'est aussi chaud que dans les veines hé- patiques, et nos tableaux d'expériences montrent que chez nos animaux les plus vigoureux cette température a pu atteindre 41", G centigrades ; 3" Parmi les organes qui concourent au réchauffement du sangdans l'appareil digestif, le foie occupele premier rang. D'où il résulte que cet organe doit être considéré comme un des foyers principaux de la chaleur animale. Nous vous donnons ici avec leurs détails un certain nombre d'expériences qui ont servi à établir les données précédentes. D'autres expériences nous ont également servi dans cette appréciation; mais, ayant été faites en même temps à d'autres points de vue, elles seront mieux placées ailleurs. Exp. (21 novembre 185i). — Chienne de forte taille bien portante, en digestion. On prit la température du sang en plongeant toujours le thermomètre dans les vaisseaux à une même profondeur, et en procédant dans l'ordre qui suit: .■ •; . >^ 1" Veine jugulaire droite. On se servit du rameau veineux externe auriculaire, et par ce rameau on poussa le thermomètre dans le tronc de la veine où le cours du sang n'était pas interrompu, le rameau auriculaire étant seul lié; on avait surtout le sang qui revenait par la maxillaire interne. La température obtenue fut 37°, 7. 88 TEMPÉRATUllK DU SANG. 2*" Artère carotide d mile. Le vaisseau avait été mis à découvert avant de pren- dre la température de la veine. On eut pour la tempé- rature de l'artère, le thermomètre étant poussé du côté du cœur, 38", 5. 3" Veine jugulaire droite. On prit alors de nouveau la température dans ce vais- seau ; elle oscillait entre 37" et 37'\4. 4° Alors on soumit l'animal à l'inhalation du chloro- forme, et, lorsque l'anesthésie fut complète, on retrouva la températui-e dans la veine jugulaire 37% dans l'artère carotide, oscillations entre 38%9 et 39". 5° On ouvrit alors l'abdomen sur la ligne blanche, et on saisit le tronc de la veine porte au-flessous du foie et au-dessous de l'abouchement des veines stomacale, spléniqiie etduodénale, de façon que la circulation du sang continuât dans cette partie de la veine. La veine porte fut liée par en bas. Le thermomètre engagé dans la veine porte oscillait lentement entre 39", 2 et 39%4. 6" Par une autre incision faite dans le flanc droit, on découvrit la veine cave sous laquelle on passa, au-dessus des veines rénales, un lil qu'on ne lia pas; puis on incisa le tronc de la veine au-dessous des veines rénales ; on introduisit le thermomètre et on posa une ligature au-dessous de l'ouverture laite à la veine, pour empê- cher l'écoulement du sang qui arrivait par en bas. Le réservoir du thermomètre fut laissé d'abord au niveau de l'abouchement des veines rénales pendant qu'on soulevait le vaisseau avec le lit d'attente, de manière • •' EXPÉRIENCES. ' 89 que le sang stagnât et gonflât la veine. On oijtint ainsi 39%5. ■■..■:.] ,.'r i::,^,-yul no^i.jyf. .:.;//. Jïs-i 'j 7° On mit alors le thermomètre dans la veine porte ; il donna 39\ 8° On replaça le thermomètre dans les veines rénales et particulièrement dans la veine rénale gauche (de ce côté le rein était protégé contre le refroidissement) ; on trouva 39°. ,',:<;:;;. ,.:.>. ,1 9° En retirant le thermomètre dans la veine cave, au niveau de l'abouchement de la veine rénale, et la circulation n'étant plus gênée, on eut 38°, 9. 10° On introduisit alors le thermomètre dans la veine cave, de haut en bas, dans la partie oii le sang était retenu, et on eut 38%5. •• "^ /. ''' V. i[° On revint à la veine porte dont la température avait beaucoup baissé, 37°, 2. Le ventre était ouvert assez largement, la circulation troublée; de sorte que ces dernières observations sont peu concluantes. Le chien était toujours chloroformé. 12"* On incisa alors la veine cave à son entrée dans le foie, et on eut 38%0. Mais il y eut., au moment de l'incision, pénétration d'air. 13" On revint aux veines rénales qui donnèrent 38". 14° On plaça le thermomètre dans l'artère ilia(|iie primitive, 38'',4. Exp. (25 décembre 1855). — Gros chien, en pleine digestion. Une incision fut faite dans le flanc droit et on passa des hlsd'attenle. Tau- dessous de laveineporle ; 2° sous 90 TEMPÉRATURE DU SANG. la veine porte; 3" au-dessous et au-dessus des veines rénales. A mesure qu'on prenait les températures, ou liait les veines ; les températures furent prises dans l'ordre suivant, et observées parallèlement avec un ther- momètre maxime, à échelle arbitraire, de M. Wal- ferdin, et avec un thermomètre ordinaire. Therm. Therni. maxime, ordiiuihc. l^Veine porte du côté de rintostin(circulatiûn arrêtée) 30,32 39, 1 ,39, 3 2"Veine porte du côté du foie (circulationcontinuant). 30,30 |39, -J (39, 1 3" Veine porte du côté de Finteslin 29,93 39, 1 4° Veine cave inférieure, par en bas, au-dessous des reins 29,83 38, 8 o" Veine cave, vis-à-vis des veines rénales 29,93 38, 6" Veine rénale droite 29,95 38,64 7° Veine cave inférieure, au-dessus des veines liépa- (30,00 i '^^^'^ i3o;oo!3'^'^ 8° Veine porte, par en bas 29,80 38, 8 On cessa alors les observations avec le thermomètre or- dinaire. On continua avec le thermomètre maxime seul. 9° Veine porte, par en haut 2!i,n(» 10'* Veine cave au-dessus du foie 30, (lO 11° Id. :29,70 12" Veine cave par en bas 29,00 13° Veine rénale gauche 2i),60 14° Veine cave au-dessus du foie 29,00 L'expérience dura environ quatre heures. L'animal était très-affaibli vers la fin, et le sang des veines rénales, qui était rutilant au début de l'expérience, était lie- venu noir vers la lin. . Ej/). (22 février 1855).— Petit chien à jeun depuis vingl--({uatre heures et ayant eu les nerfs vagues coupés. EXPÉRIENCES. 91 Les nerfs étaient coupés depuis vingt heures et l'animal était malade. Ou fit l'incision sur le flanc droit, comme à l'ordi- naire ; les températures furent prises rapidement ; veine perte, 36», 2; veines hépatiques, 36",0 (c'esll'in- verse de l'état normal). Le sang était noir dans les veines rénales. Lors- qu'on ouvrit la veine cave, un peu d'air pénétra dans le vaisseau. Cette pénétration a paru s'effectuer plus faci- lement chez cet animal, dont les vagues étaient coupés, que cela n'a iieu chez les chiens qui sont dans les con- ditions normales. Exp. (9 janvier 1855). — Gros chien dont l'état des fonctions digestives n'a pas été noté. L'abdomen fut ou- vert par une incision pratiquée dans le flanc droit. L'expérience fut commencée à 2 heures 45' ; on dé- couvrit les vaisseaux et on passa au-dessous d'eux des ligatures. Le sang était rutilant dans les veines rénales, noir dans la veine porte et dans la veine cave. On prit alors les températures dans l'ordre suivant, avec un thermomètre maxime (n" 225). 3 h. 2m. Veine porte du côté de l'inleslin 291,00; l'animal gémit et fait des efforts. ;{ 17 Veine cave au niveau du foie 291,60; respira- tion accélérée. 3 27 Veine cave au niveau du foie 292,00. 3 33 Veine porte du côté de l'intestin 200,80. 3 40 Veinecaveauniveaudesveinesrénales. 288,00 ; on tire du sang rutilant des veines rénales; l'animal est alTaibli. 3 47 Veine porte (on relire du sang) 289,00 ; l'animal est très-afiaibli. 3 52 Veine cave, au niveau du foie 288,30; animal très-afl'aibli. 92 TEMPÉRATURE DU SANG. 3 h. 58m. Veine cave du côté des membres 2^5,90. 4 Veine cave dans le foie 289, (lO ; on a in- cliné le corps pour entrer dans la veine hépatique. E.xp. — Chien à jeun depuis deux jours déjà affaibli par des expéi'iences antérieures. On (il les observations dans l'ordre suivant : L'opération était commencée depuis 2 heures 25 mi- nu les. :Ui. ") m. Veine cave, au niveau des veines hépatiques. 38',40 :i 12 Veine porle, partie périphérique 38,28 3 17 Veine hépatique, par la veine cave 38,40 3 19 Veine rénale gauche (sang trés-roiige) 38,20 3 20 Veine sus-hépatique 38,40 3 23 Veine cave, par en bas 37,30 3 30 Veine porle, du côté de l'intestin 38,10 . :{ 3i Veine porle, vers le foie 37,90 3 37 Veine sus hépatique (foie) 38,20 3 42 Veine cave supérieure 37,40 i 38 90 3 43 Oreillelte droite I 38,00 ;! 47 Ventricule droit 38,20 3 ;jO Veine hépatique 38,10 3 53 Veine cave au-dessous du diaphragme 38 20 8 53 Veine hépatique 38,20 3 59 Veine porle, par en bas , 37,80 4 1 hl. 37,40 4 10 Artère aorte au niveau des arlères rénales (aorte est liée) 37,50 4 \ 5 Veine cave au niveau du foie 37,60 4 20 Veine cave par en bas (aorte liée) 30,60 4 •j3 Veine cave supérieure (au niveau du cœur).. 37,60 Exp. (17 février 1850). — Petit chien en digestion. Les observations therniométriquesontélé faites par le procédé ordinaire et dans l'ordre suivant : 2 h. 25 m. Veine porle du côté de l'inteslin 39°,00 2 33 Veine ca\e au niveau des veines hépatiques. 39,65 EXPÉIUENCILS, 93 2 11. .'ÎJ m. Veine cave, th. poussé plus luiut, vers le cœur. 30,44 2 37 Veine cave au niveau des veines hépaliques. 39, (iO 2 47 Veine cave du cùlé des membres inréricLirs- . 38,43 2 ori Aorle ventrale 38,42 Exp. (25 février 18o5). — Chien cm])oisonnê par le curare ; on pratique la respiration artificielle. A 1 1 heures 55 minutes, un chien de forte taille, en digestion de viande, reçut un fragment de curare sous la peau. Au bout de 10 minutes il tomba et perdit peu fi peu le mouvement Yolontaire et la sensibilité. A 12 heures 2 minutes on fit la li^achéotomie pour pratiquer la respiration artificielle. Bientôt la salivation devint abondante; les lai-mes coulaient ; l'urine s'écou- lait et contenait du sucre à 1 heure 45 minutes. A 1 heui-e 45 minutes, rinsuflhitiou ajant été con- tinuée, on prit les températures par le procédé ordi- naire et dans l'ordre suivant : h. 47 m. Veine porte • 30° Eil Veine rénale 3;j ;j4 Veine cave, au niveau des veines hépaliques 35,2 .■i7 Veine cave au niveau du cœur 3o, 1 o8 Veine cave inférieure, thermomètre poussé jusque dans la veine cave supérieure 34,8 1 b9 Veine cave au niveau des veines hépatiques.... 3o,i 2 Veine cave du côté des membres inférieurs 34,8 2 3 Veine porte du côté des intestins 34,8 Dans toutes ces opérations, on ne relira pas le ther- momètre de la veine cave; on ne faisait que l'enfoncer ou le retirer pour le mettre au niveau des points à ob- server. , •■-'.. I . •■■■ ■ 'ti '■■■■i' -11, !:i:.irr A 2 heures 35 minutes, on constata encore du sucre dans l'urine. . . ;, . ,^,, 94 TKMPÉHATURK DU SANG, Au commencement de l'expérience, lorsqu'on dé- couvrit les veines abdominales, on vit que le sang des veines rénales était rouge ; mais bientôt après il devint noir. Les baltemenls du cœur continuaient, mais ils étaient devenus très-rapides. E.rp. (3 mars 1855). — Chien empoisonné par le curare. État digestif non indiqué. A H heures, on mit le poison sous la peau. A W heures 20 minutes l'animal était mort; on com- mença l'insufflation qui fut pratiquée jusqu'à 1 heure 17 minutes. Alors, continuant la respiration artifi- cielle, on prit les températures parle procédé ordi- naire et dans l'ordre suivant : \ h. 17 m. Veine porte du côté des intestins 3o°50 1 2a Veine cave infér. au niveau dos veines liépatiques. 35,80 1 27 Veine cave inférieure au-dessous du diaphragme. 35,65 I 30 Veine rénale 35,fiO 1 32 Veine cave infér. du côlé des membres inférieurs. 35,20 1 35 Veine jugulaire droite jusque dans le cœur 35,95 1 43 Veine cave infér. au niveau des veines liépatiques. 36,00 1 47 Aorte (animal mourant) 35,43 E.rp. — (2 mars 1855). Gros chien nourri, depuis deux jours, d'aliments qui contenaient une grande quantité de matière féculente. Les températures furent prises par le procédé ordinaire et dans l'ordre suivant: 2 11. 25 m. Carotide gauche, bout central 390,05 2 30 Veine jugulairegauche, bout péripliérique. 37,80à37,60 2 40 Veine jugulaire droite, bout périphérique, veine jugulaire liée du côlé opposé 38,40 2 45 Veine jugulaire droite dans la veine cave supé- rieure vers l'oreillette 39,20 2 48 Veine jugulaire droite dans le cœur droit. 39,20 à 39,25 EXPÉRIENCES. 95 3 h. (im. Veine porte périphérie c 3!t,40 3 16 Veine cave inférieure au niveau du fuie 3'J,80 3 20 Veine cave, en poussant jusqu'au cœur 39,5(1 3 2o Veine rénale gauche 39,65 3 28 Veine cave inférieure du côté des membres 39,50 / 39,20 I 39 20 3 32 Artère carotide gauche jusqu'à l'aorte.. { ..ç.^Zf. 39,30 3 36 Veine jugulaire droite, bout périphérique 38,15 3 45 Veinejugulaire,bout central, jusque dans le cœur. 39,20 3 47 Artère carotide gauche 39,20 3 50 Artère carotide gauche jusqu'à l'aorte. ,, ^n'in 3 53 Veine jugulaire gauche, côté de la tête 36,80 3 57 Veine cave infér. au niveau des veines hépatiques. 39,50 j 39 00 4 2 Parla veine cave infér. dans une veine hépatique. ' ( •jJj'jU 4 5 Veine cave inférieure au-dessous du diaphragme. 39,40 i39 65 4 8 Veine rénale gauche o.^'7^ ( 39,40 ( 39 3o 4 12 Veine porte, périphérie nto/n 4 29 Aorte abdominale 38,70 Exp. (8 janvier 1856). — Cliien de chasse d'assez forte taille, à jeun depuis quati-e jours et ne i-ecevant dans l'estomac que 23 cent, cubes d'éther par jour, (hi prit les températures par le procodé oi^dinaire et dans l'ordre suivant : Veines hépatiques 38°,4 Veine porte du côté de l'intestin 37,8 Veine porte du côté du foie 38,0 Aorte 37,0 Ce chien était très-afîaibli. ' \'^ -:-^' /"' — ' Exp. (8 janvier 1856). — Chien àjeun depuis quatie 96 TEMPÉRATURE DU SANG. jouis et recevant de l'alcool dans l'estomac. On prit les températures parle procédé ordinaire et dans l'ordre suivant : Veines liépaliques 39, (>i Veine cave inférieure en rcmontanl vers le cœur.. 39, 'i8 W'inc rénale 37, «n Veine j)orte du côlé du foie 3!t, i V Aorte 39,00 Veines liépaliques 39,20 Eap. (24 juillet 1856). — Sur un chi<3n de petite luille, adulte, vivace, à jeun depuis la veille, on fit l'opération ordinaire pour prendre les températures du sang. L'opétalion fut faite rapidemenf. La tempé- rature ambiante élait très-élevée (de 27*» à 30") et le temps orageux. L'animal était turbulent et fut beau- coup agité auconniiencement de l'expérience ; pendant la dernière moilié il fut plus calme. i 11. 33 m. Tempéi^alure de la veine hépatique 'i l°,;> (On lia la veine cave inférieure au-dessous des veines rénales, et on poussa le thermomètre au niveau des veines hépatiques). I 39 Veine porte du côté du foie 41,3 On lia la veine porte au-dessous de l'abouche- ment des veines sjjléniquc et duodénale. I 40 Duodénum et estomac... 41,0 (On entra par le duodénum et on poussa le ther- momètre jusque dans l'estomac; la circulation était libre). ! VI Duodénum, la circulation était gênée io.S 1 1 i Iléon ; la circulation est gênée et l'intestin noirâtre. 40,8 1 43 On revint au duodénum et à l'estomac, où la cir culation élait libre 41 ,9 I 49 On revint à la veine porte (même procédé) 41,3 1 :>2 On revint à la veine cave au niveau des veines hépatiques (même procédé) 'i^'r^ 1 . 54 On revint au duodénum et à l'estomac 41,4 EXPÉP.I EXCES. 97 Cette expérience montre très-nettement que les tissus sont plus chauds que le sang dans les gros vaisseaux qui en parlent. . ; \ :■ - . t . . ^^ Exp. (24 juillet 1856). — Sur un chien de petite taille, au début de la digestion, les vaisseaux chylifères n'étant injectés que jusqu'à la fin du duodénum. On prit par le procédé ordinaire les températures du sang : l'opération fut faite rapidement. La température exté- rieure élait élevée (de 27"" à 30°) et le temps orageux. L'animal agité et turbulent pendant la première moitié de l'expérience fut plus calme ensni(e. 2 h. 10 m. Veine cave inférieure liée au-dessous des rénales ; on rcmonla au niveau des veines hépatiques.. . 40,9 2 13 Veine porte au-dessous du foie ; on lia la veine au- dessoiis de l'abouchement des veines spléniquc et duodénale 40, G 2 i'6 Duodénum et estomac 40,9 2 20 On revient aux veines hépatiques 40,9 2 23 On revient à la veine porte au-dessous du foie... 40,7 2 25 Duodénum, estomac 40,7 2 2o Intestin grêle dans lequel la circulation est gênée, la veine splénique étant toutefois restée libre.. 40,5 2 20 Aorte abdominale 40,35 E.Tp. (18 juin 1856). — Chien à jeun. On prit les températures dans l'ordre suivant : > 2 h. 25 m. Avant aucune expérience. Uectum 39,25 2 35 Aorte (on lie l'aorle) 39,45 2 40 Veine cave inférieure, eu remontant au niveau des veines hépatiques (on lie la veine). = 39, ';5 2 45 Veine cave inféricure,plushaut,au niveau du cœur. 39,60 2 55 Veine porte au-dessous du foie (on lie la veine). . . 39,50 2 55 Duodénum où la circulation est gênée par suite des ligatures 39,30 3 2 Estomac où la circulation er;t libre 40, 2(» 3 10 On revient à l'aorle 39,60 B. Llul'ID. DE I.'onGAX. — I. 7 98 TEMPÉRATURE DU SANG. L;i encore il y avait eu des ligatures de troncs vei- neux qui avaient pu, en augmentant la pression dans l'aorte, modifier la température de l'aorte. Il faudrait toujours, après que toutes les ligatures ont été posées, revenir à tous les vaisseaux pour juger l'influence de la liizature. Exp. (19 juin 1850). — Jeune chien de taille moyenne en pleine digestion. On fit une plaie à l'ab- domen et on essaya d'enlever les ganglions du plexus solaire; maison blessa un rameau du tronc cœliaque et l'animal perdit du sang. On recousit alors la plaie du ventre, mais l'hémorrhagie continua et l'animal s'affai- blit graduellement. Avant l'opéralion on avait constaté que la température du rectum était de 39°, 40. Aussitôt après l'opération, on la trouva de nouveau 39", 40. Trois quarts d'heures après, l'animal perdant du sang, la tem- pérature du rectum était de 38'',40. Alors on mita découvert les vaisseaux abdominaux, et on fit sur ce chien affaibli et calme les observations suivantes : Aorle :iS,iO (On lie l'aorte.) Veine cave au niveau des \eiiies liépuliqucs. . . . ;!8,!K> (On lie la veine cave.) Veine porle du côlé du foie '.\^,uo (On lie la veine porle.) On revient ù l'aorte 38, "10 Cette expérience montre que, chez les animaux affai- blis, la température baisse, mais que les mêmes rap- ports semblent persistei" entre les températures relatives du sang des diirérentes parties. EXPÉRIENCES. 99 Eorp. (19 juin 1846). — Chien loulou vigoureux n'ayant subi aucune opération. Huit heures après le repas, par conséquent vers la fin de la digestion, on prit la température du rectum, 40^. On commença alors l'opération par les procédés ordinaires; l'animal était très-agité; les températures furent prises dans l'ordre suivant : Aorte 40,60 (On la lie.) Veine cave au niveau des veines hépatiques. . . . 40, SO (On lie la veine cave.) On revient à l'aorte 40,40 Veine porte à l'entrée du foie 41,t On revient à la veine cave au niveau des veines hépatiques Oscillations de 40,6 à 41 Veine porte du côté des intestins 40,9 Pendant toute cette partie de l'opération, l'animal fut très-agité; à ce moment il devint très-calme. On retourna à l'aorte 41 Veine cave au niveau des veines hépatiques 41,6 Veinecaveauniveauducœur.Oscillalionsde4t,02à 41,4 L'animal étant toujours calme et très- faible, on prit la température de reslomac 40,0 Pendant l'expérience, on fit sur l'animal, qui était très-indocile surtout au commencement, les observa- tions suivantes : r II y avait des oscillations dans la tempéi^afure du sang quand l'animal s'agitait violemment ; 2° Quand on bouchait les narines de ce chien et qu'il ne pouvait plus respirer, la température semblait s'a- baisser un peu, puis -elle paraissait remonter quand on 100 TEMPÉP.ATUnE DU SANG. le laissait respirer libremenl ; alors la respiration et les pulsations du cœur devenaient souvent accélérées ; 3° Quand l'animal était tranquille, ce qui arriva vers la tin de l'expérience, la lempéraluie du sang était, en général, plus élevée; mais il faut nolei" qu'alors la respiration était devenue haletante ; 4 "Toutefois on n'a pas pu constater le rapport con- stant entre l'élévation de la température et l'accéléra- tion des mouvements respiratoires seuls; car alors la rapidité de la circulation peut aussi être plus grande ; 5° Quand l'animal était calme, on constatait plus fa- cilement les différences de température que lorsqu'il s'agitait. Il en est de môme pour constater la tem- pérature moindre du sang à l'entrée du cœur qu'au niveau des veines sus-hépatiques; il faut pour cela que l'animal soit bien calme. Exp. (iO juillet 1S56). — Sur un très-gros chien ayant déjà, longtemps auparavant, servi à une expé- rience thermométrique avec un petit chien, el, plus récemment, à l'expérience sur les températures, on ht les expériences suivantes : (Le chien était en digestion, on prit les températures par les procédés ordinaires.) '1 11. 2;; m. Unilére 3S.2 "l :!.') Veino cave au nist'au du l'oie (non liée)... 3it,8 .) Veine cave ; on relire le tliermomèlre au- dessous du foie ;î9,7 » Veine porte, iinfe du cœ'ur s'arrondit (arrondissement déjà ob- servé par Sandifort et Biittner chez deux jeunes filles à ectopie du cœur). La grosseur du cœur alla toujours en augmentant, si bien qu'à l'autopsie il pesait 24 onces, double du poids ordinaire. Pour protéger le cœur contre l'air, il l'enveloppe avec des linges humectés avec du lait tiède ; le cœur se couvre d'un liquide trouble de mauvaise odeur. Par le resserrement de la plaie les gros vaisseaux semblaient comprimés et contribuer au grossissement du cœur. A l'autopsie on vit une couche lardacée de 2 lignes sur tout le cœur. La structure en- tière du cœur était normale. Trou ovale presque fermé n'admet lait que le petit doigt. Le conduit de Bolal admettait une sonde ; organes tho- raciques et abdominaux tirés vers la plaie et normaux; thorax rétréci. » Le cœur, dont la contraction et la dilatation étaient visibles, ne se mouvait pas dans la systole venlriculaire aussi fort qu'on pouvait le croire d'après ce qu'on voit chez les animaux à sang froid. Le mouve- ment de systole était plutôt ondulé et vermiculaire qu'un choc brus- que. La contraction du ventricule gauche était la plus forte et s'éten- dait presque à tout le cœ.ur. Le soulèvement de la pointe n'était pas AVANT ET APRÈS Ll^ POUMON. i 07 un excellent travail dans lequel il est arrivé à cette même conclusion, que le sang des cavités droites du cœur possède une température plus élevée que celui des cavités gauches. évident (l'animal debout); il y avait pendant la systole allongement du diamèlre perpendiculaire du cœur, qui pendait, et léger écarlement du corps. Les ventricules se contractaient peu et restaient toujours pleins de sang, de sorte qu'on ne pouvait pas voir une alternance entre la contraction des ventricules et des oreillettes. Le cœur était ferme, compressible par une force médiocre et devenait alors con- vulsif. Une pression de 3 livres n'cmpr'chait pas le mouvement, et à chaque diaslole le poids était soulevé. La surface du cœur parais- sait à peu près insensible (pareille insonsibililé déjà vue par Harvey et Mon(gomery). L'animal yécut ainsi jusqu'au dixième jour, et il commença alors ses expériences. » Première expérience. — 11 fil une ouverture avec une lancette sur la surface du ventricule droit. Il y fit pénétrer perpendiculairement un tube de verre de 4 pieds de long jusque dans la cavité. Le sang foncé monte à la hauteur de 18 pouces décimaux de Wurtemberg. — Même opération sur le ventricule gauche. Le sang rouge monte de 27 à 30 pouces. Il observa pendant 3 minutes des mouvements ascendants et descendants. Tube du côté droit à chaque contrac- tion = \ pouce 1/2 à 2 pouces. Maximum de la colonne : 21 pouces. — Tube gauche : i pouce 1/2 à 2 pouces; maximum : 33 p. ■^«- — Le rapport de la pression totale dans le ventricule droit est à celle du ventricule gauche, pour les minima :: 18 : 27 ou 30, pour les maxima :: 21 : 33 ^7,. C'est à peu près le résultat calculé de Valen- tin, c'est-à-dire :: 1:2. — Le mouvement pulsatile est simultané dans les deux colonnes et inégal en force, suivant les mouvements ou les cris de l'animal. La rapidité de la respiration rendait sou in- fluence difficile à apprécier. — 3'= tube dans l'oreillette droite. — Le sang monte d'abord à 7 pouces. — Oscillations de la colonne pen- dant la contraction, pluspeli te que pendant les ventricules=l/2 pouce à 1 pouce. — Une monte tout à coup au maximum de 13 pouces. La force des oreilletles peut donc agir pour pousser le sang dans le ven- tricule, qui ne l'uttirerail pas par aspiration. — Jamais évacuation complète des venlricules ni des oreilletles. » Après l'ablation des tubes, le doigt sur les plaies arrête le sang, qui bientôt se coagule, et au bout de 2 minutes il ne sortait plus de sang. Le sang reçu sur la boule d'un thermomètre au moment où il lOS TKM1»É15ATUI!E D(T SANG Poui' avoir la lempéiature du sanp avant et après l'appareil respiratoire, il esttout naturellement indiqué de prendre la température du sang dans le ventricule droit et dans le \entricule gauche du cœur. Il serait en effet impossible, sur l'animal vivant, de constater la température du sang dans l'artère pulmonaire qui con- duit ce liquide aux poumons, et dans les veines pulmo- naires qui le rapportent après qu'il a traversé ces or- ganes. Mais le sang du cœur droit est en réalité le sang qui va entrer dans le poumon, comme le sang du ven- tricule gauche représente bien celui qui vient âo tra- verser l'appareil respiratoire. Les premières expériences que j'ai pratiquées ont été faites sur des chiens, à l'aide du procédé opératoire suivant : L'animal était convenablement maintenu sur le dos, je fais une incision à la partie droite et inférieure du sortait par un tube court, d'abord du ventricule droit, donne 31° 1 ,'- Réaumur ; à gaucbe 31 degrés Kéaumur. (Le sang plus froid dans la veine que dans les artères pour le corps. Pour le poumon, il y a inversion, diminution de 1/2 degré dans l'oreillelle gauche. L'hé- morrbagie par le cœur donna CO onces en ton t (4 livres de sang total). » Chez ce veau, le nombre des pulsations était comme chez un veau sain du même âge. Elles se percevaient aussi facilement dans les artères. Les autres fonctioijs étaient régulières ; de sorte que les résul- tats qu'on a obtenus ne sont pas éloignés de l'état physiologique.— On voit par là l'influence des parois ducœurisolées des parois Ihoraciques. » Largeur du tube dans le ventricule gauche : 1 ligne ; diamètre : 9y/100'-* de Paris; en bas et en haut : '2 lignes. » Au ventricule droit, en bas : l''8,8o; en haut : l''8,90; dans l'oreillette droite : 1"6,,S2. >> Le pied de Wurtemberg = 0"i,-28(). » (lleriug, Archiv fi'ir jilnjsiolo'/., /Jci/k., iN.'iO.) AVANT ET APRÈS LE POUMON. i 09 COU, et j'isole successivement la veine juyulaire droite et l'artère carotide du même côté, aussi bas que cela est possible, sans pénétrer dans la poitrine. Je lie les deux vaisseaux.et je passe au-dessous un second fd d'attente ; alors, à l'aide d'une incision prati(iuée à l'artère ainsi qu'à la veine, j'introduis le thermomètre dans le ven- tricule gauche et dans le ventricule droit, en plaçant sur le vaisseau et autour du thermomètre une ligature médiocrement serrée et qui est seulement, destinée à empêcher l'entrée de l'air dans le cœur droit et la sortie du sang du cœur gauche. On sent qu'on a pénétré dans le ventricule à ce que le thermomètre ne peut plus avancer, et à ce qu'il est agité par les contractions du cœur. On entre facilement dans le ventricule dioit en descendant par la veine jugulaire et en passant par Foreillelte. Pour le ventricule gauche, il faut, sur les chiens, pénétrer par la carotide, puis par le tronc l)ra- chio-céphalique, et parvenir ensuite dans la crosse de l'aorte pour pénétrer directement par elle dans le ven - tricuîe gauche. Il arrive quelquefois que l'on déchire, dans cette manœuvre, les valvules sigmoïdes de l'aorte, et cet accident peut amener dans la circulation quelques troubles sur lesquels nous reviendrons plus tard quand nous étudierons les modilicalionsque les troubles de la circulation peuvent apporter à la température du sang. Pour le moment nous ne rapporterons que les résultats obtenus sur des animaux calmes, et chez lesquels les conditions de la circulation étaient aussi normales que possible. J'ajouterai encore qu'il faut opérer sur des chiens de forte taille si l'on veut pénétrer dans le ven- 110 TEMPÉRATURE DU SANG tricule gauche avec un thermomètre de la dimension de cehii que nous avons décrit dans nos premières expériences. Lorsque les chiens sont petits, il faut avoir des thermomètres très-fins qui offrent alors une fragilité telle, qu'au moindre mouvement de l'animal ils peuvent se briser. Les remarques précédentes ne s'appliquent pas au ventricule droit, dans lequel il est toujours très-facile de pénétrer. Dans ces expériences comme dans les au très, je me suis toujours servi d'un seul llieimomètre que j'introduisais successivement dans le ventricule droit et dans le ventricule gauche en alter- nant souvent les expériences pour vérifier toujours plu- sieurs fois les mêmes faits. J'ai groupé dans le tableau suivant les résultats que j'ai obtenus sur les chiens. Tempcraturc du sang, cotnjiarci', chez le chien, dans le cœur gauche et dans le ctiur droit [avant et après l'appareil respiratoire). C(*:i:k EUE un I) li o I T 1.. rM„u..r,l. GAI CIIE D IF Fie 11 L> Cl- Oll^ERN ATIONS. 1''' chioii. ;w,-> ;j,i,o — {),? Début de digestion, affaibli . •r chien. 1 — Oy! — 0,1 A Jeun. A jeun. S"-' chien. [ :i8,T 3H,(i 3K,.'> — (l,-2 A jeun, temp. amb., "JS. A jeun, temp. amb., .'S. i" chien. [ ■,i'J.-2 3S,(i — 0.1 A jeun, vigoureux. Le lendemain, i)leinc digest. :>" cliicn. 1 ;i.s,<) :!S,7 — (I.-2 A jeun, vigoureux. 0" chien. * 1 :is,s — 0,1 Digestion, vigoureux. Jje lendemain, fin digest. D'après les expériences rapportées .dans ce tableau, on voit Cœur gauche 38,8 Cœur droit 39,0 On bouche le nez 39 faible . On débouche le nez 30 îi 20 Cœur gauche 38,8 fur I . Le lendemain, le môme chien fut examiné. 1 h. iO m. Veine cave inférieure • • r> ( 39,4 1 42 Veine cave supérieure 38,8 i 4j Cœurdroit 38,0 ,, Quelques bulles d'air ont pénétré dans -t ,, le cœur et ont produit des battements ■''' ' ■ ' irréguliers. Veine cave inférieure 39,0 1 oO Cœurdroit 30 1 53 Aorte, en pénétrant par la carotide 39,2 Cœur gauche 39,2 B. LlQUlD. DK l/ORGAN. — I. 9 ' 114 TEMPÉRATURE DU SANG DANS LE CŒUR. 1 h. 53 m. Cœur droit 30,4 fort. (Battements du cœur rudes, non irréguliers.) 2 4 Cœur gauche 39,2 On change de thermomètre pour les observations suivantes : 2 h. 2a m. Veine rénale. i 40 2 30 Artère rénale 38,8 Veine cave au-dessus des rénales 39,4 Veine rénale 39,9 fort. 2 37 Artère rénale 39,7 Veine rénale 39,8 2 47 Veine porte 39,8 faib. Intestin 39,8 fort. Exp. — Autre chien, détaille moyenne, ayant servi la veille. Cœur gauche, en pénétrant par la carotide.. . 39,1 — droif,en pénétrant parla veine jugulaire. 39,2 Ejcp. — Autre chien. Cœur gauche, en pénétrant par la carotide. . . . 38,7 — droit, en pénétrant par la veine jugulaire. 38,9 Toutefois je ne m'en suis pas tenu à ces seules expé- riences sur des chiens; et comme il s'agit ici de résultats de la plus haute importance au point de vue de la théorie de la chaleur animale, j'ai voulu encore les vérifier sur d'autres animaux, enm'entourant de toutes les garanties d'exactitude possible : c'est pourquoij'aipriéM. Walfer- din, dont la compétence dans les questions thermomé- triques est si bien connue du monde savant et dont les instruments ont acquis une si grande précision, de vouloir bien m'assister dans la détermination de ces (empératures sur les animaux vivants. EXPÉRIENCES. 115 Nous avons fait ensemble à l'abattoir de Grenelle, sur des moutons, des expériences dont je vais actuellement donner les résultats qui concordent parfaitement avec ceux obtenus sur les chiens. Les températures étaient prises avec le thermomètre métastatique à mercure de M. Walferdin, divisé en un nombre arbitrairede parties dont chaque division réprésentait environ un deux- centième de degré qu'on pouvait ainsi lire directement sur l'instrument. Le procédé opératoire, pour pénétrer dans le cœur, offre une grande facilité chez le mouton. Cela tient à ce que ces animaux, ayant le cou relativement plus long, il est possible d'arriver très près de l'origine des vais- seaux au cœur sans ouvrir la poitrine. Je pratique une incision longitudinale sur la partie moyenne et inférieure du cou, qui doit se prolonger jusqu'au sternum. On écarte les muscles sterno-hyoïdien et sterno-thyroïdien du côté droit, et l'on trouve au-dessous immédiatement l'artère carotide droite à la naissance du tronc brachio- céphalique. La veine jugulaire se trouve placée plus en dehors et plus en avant. Quelquefois un prolongement du thy- mus qui se trouve dans la plaie masque un peu les vais- seaux ; on peut l'arracher sans inconvénient et sans pro- duire d'hémorrhagie. Le thermomètre a toujours été introduit dans le cœur gauche par le tronc brachio-cé- phalique, et dans le cœur droit par la veine jugulaire, en suivant des précautions qui seront indiquées plus loin. Les observations comparalives ont été faites avec le même tliermoaiètre qu'on introduisait successive- il(i TK.MrKItATUl'.K DU SANG DANS LE CŒUll. ment el alleinativeniont dans les veiitiiciili's droit et ^jjauche, en vérifiant toujoui's plusieurs fois les mêmes résultais. Nous avons déjà dit ailleurs que lorsque les animaux sont agités, il peut survenir di^s troubles circulatoires capables d'apporter des modifications dans la température du sang. Nous reviendrons encore j)lus lard sur ces faits. Les observations dont les résul- tats se trouvent groupés dans le tableau suivant ont été faites sur des aninnuix pendant (ju'ils étaient dans l'élat de calme et que leur circulation était aussi régu- lière que possible. onpivature du sang, comparée, chez le mo^iion, dnus Ir ravir droil cl dans le cœur r/auclie (acant cl après l'appareil rc^piratore). 9 juin IG juin mars .'>i. cuEun BU OIT. COEUR gauchi:. FFE . — . - — — ^ Theim. Wal fer- ci m. Dcj^rL's COl.téS. TluMin. Wiillor- Degrés ceulés. eu (Jegr. ceiilés. '10,37 i 307,5 40,1 -ri — 0,-25-2 307,0 iO,03;' :)0(!,4 9,9->f -0,1 OS :jOi,G 31»,(i00 :0l,5 39,. '..S -2 —0,018 30!), '.0,39v 30S,-2 iO -21 S -0 1 1 i 30(i,l 39,870 304,5 39,5S'2 — 0,-2s8 30i),5 iO,4SI 309,0 40,39-2 —0,089 300.5 iO,481 309,0 'iO,39-> — 0,0S9 309,0 iO,39-2 30S,0 u),vr> —0,180 30(;,.'> ,9,9 V.' 30S,0 39,85-.' — (),09;> )Bsi;in ATlo^s Tcmpt^r. anib. '24". Tenipér. anib. •2'2". Ti'iiipér. amb. do 13 à 14". (*) Thermomètre niêtaslatique à mercure ii" ï'i.ï, divisé en 340 parties. Au 20" deyré centigrade correspond la lO.S.R division du thermomètre. Au 3Sf degré ceutiuradc correspond la :'ii:i,7 division du thermomètre. 1° centigrade = 5,56 divisions du ihermomètre. 1 division du thornioniètrc = 00,17 985. Dans le tableau, les conversions ont èlé faites en parlant de la V)'\~ division cor- respondant an 38'- degré centigrade, et en ajoutant OfiliySS par division trouvée en pins. EXPERiENCES. i I / On voit que les expériences failes sui- les moutons conduisent aux mêmes conclusions que celles faites sur les chiens, àsavoir, que le sang du ventricule droit est plus chaud que celui du ventricule gauche. Nous verrous plus tard que l'excès de température est apporté au sang du ventricule droit par la veine cave inférieure et non parla veine cave supérieure dans laquelle il est plus froid ; mais nous voulons seulement constater pour aujourd'hui que ce mélange de tous les sangs veineux du corps qui se fait dans le ventricule droit est, au momentoij il va être lancé dans le poumon par l'artère pulmonaire, plus chaud que lorsqu'il sort de ces organes et arrive à l'état de sang artériel dans le ventricule gauche. Dès lors nous sommes bien forcé d'admettre que le sang se refroidit par son con- tact avec l'air à la surface du poumon, qui peut être considéré à ce point de vue comme une véritable sur- face extérieure. En résumé, d'après toutes nos expériences, qui ont été faites sur des animaux vivants, et, je crois, avec toute la ligueur dont ces sot tes de recherches sont au- jourd'hui susceptibles, je pense pouvoir légitimement conclure: [" Oue la circulation du sang à travers l'appareil pulmonaire est une cause de refroidissement pour ce li({(iide; '• 2° Qu'on ne peut pas dès lors considérer les pou- mons comme un foyer de la chaleur animale; 3" Oue la transformation du sanc: veineux eu san? artériel, chez l'animal vivant, necoïrjcide pas avec una 118 TEMPÉRATURE DU SANG DANS LE CŒUR. augmentation de chaleur dans ce liquide, mais au con- traire avec un abaissement de température. Voici maintenant le détail des expériences sur les- quelles sont établis les faits précédents, ainsi que le procédé opératoire employé. On emploie le procédé suivant pour prendre la tem- pérature du sanf( dans le co?ur droit et dans le cœur gauche : Le mouton étant maintenu couché sur le dos et le cou tendu, on fait une incision depuis la partie supé- rieure du sternum jusqu'au milieu du cou. La peau étant divisée, on incise entre le muscle sterno-thyroï- dien et la portion sternaledu muscle sterno-mastoïdien du côté droit. Les muscles étant écartés dans toute la longueur de la plaie et jusqu'à leur insertion sternale, après avoir lié ou tordu les petits vaisseaux ouverts, on rencontre le thymus qu'on énuclée avec les doigts en commen- çant par la partie inférieure. Alors ou trouve l'artère carotide à son émergence du tronc brachio-céphalique ; on sépare le tissu cellu- laire avec une sonde cannelée, ainsi que le nerf vague qui se trouve accolé au côté droit du tronc brachio- céphalique artériel, puis on passe, avec une aiguille de Cooper, un fil double au-dessous de ce môme tronc brachio-céphalique. La veinejugulaire se trouve placée ;i (h'oite dans la plaie ; on l'isole également avec la sonde cannelée à sa partie inférieure, c'est-à-dire à son abou- chement dans le tronc veineux brachio-céphalique, sous lequel on passe également un fil. EXPÉRIENCES. 119 L'expérience étant ainsi préparée, on fait la ligature du tronc brachio-céphalique artériel sur le point de sa bifurcation en artère carotide et axillaire,arin de laisser libre toute la longueur du tronc. On passe l'index delà main gauche au-dessous du tronc brachio-céphalique pour le soulever en môme temps qu'un aide tire sur l'anse de fil restée libre pour aplatir l'artère et empêcher l'écoulement du sang au moment oîi on l'ouvrira. L'ar- tère ouverte, on introduit l'extrémité du thermomètre en même temps qu'on lie légèrement l'artère sur lui pour empêcher le sang de s'écouler; puis, lorsque le thermomètre est parvenu dans le cœur, on serre la liga- ture. Dans toutes ces manœuvres on a eu soin de ne pas trop tirer sur le tronc brachio-céphalique qui se rompt très-facilement en travers. Pour faire pénétrer le thermomètre dans le cœur gauche, voici la direction qu'il convient de suivre : aussitôt qu'il est dans l'aorte, on dirige la cuvette du thermomètre en bas et à droite, à cause de l'inflexion dans ce sens que subit le cœur par suite de la position de l'animal. Ordinairement, en opérant de cette ma- nière, on entre sans difficulté dans le ventricule ; mais quelquefois on se trouve arrêté par les valvules sig- moïdes de l'aorte qui doivent nécessairement être brisées. Aussitôt qu'on est entré dans le ventricule, on s'en aperçoitau mouvement d'oscillation du thermomètre qui tend en même temps à être chassé du ventricule, si bien qu'on est obligé de l'y maintenir avec force. Pour pénétrer dans le ventricule droit, on arrive par la partie inférieure delà veine jugulaire; on pratique 120 ÏEMl'ÉRATUIil': DU SANG DANS LE CŒUH. (l'abord une ligature de cette veine; puis au-dessous de celle ligature on fait une ouverture pour introduire le lliermomètre en même temps qu'on applique le doigt sur le vaisseau pour empêcher l'introduclion de l'air. (Jii pousse d'abord le thermomètre directement en bas; [suis on l'incline àgaucheelunpeu en haut ou eu avant afin de l'introduire dans le ventricule (h^oit lui-même. On évite d'aller dans la veine cave inférieure eu n'enfon- çant pas le thermomèlre trop profondément, et l'on évite de rester dans l'oreillette droite en inclinant la cuvette à gauche. Quand on est dans le ventricule droit, on le reconnaît, comme pour le ventriculegauche, aux oscillations du thermomètre et à sa tendance à être chassé au dehors. Dans toutes les expériences qui vont suivre, et qui ont élé faites à l'abattoir de Grenelle, on a employé ce procédé, en ayant soin seulementd'intcrvertirrordre des observations, commençant tantôt par le ventricule gauche et tantôt par le ventricule droit. E.rp. (9 juin 1853). — La température ambiante (^st de 24 degrés. Le thermomètre employé est un ther- momèlre métastatique à mei'cure (u" 225), dont une division égale ()",1801. t h. !• m. On commence l'opération. :t 17 Odnir gauche 307, i» On avait laissé le thermomètre séjourner une minute dans le veniricule. On le retire. :i 18 On le place dans le ventricule droit. ;i 21 Ventricule droit 308,0 Difîérenceen faveur du cœur droit, l,i = (I""2:i2. EXPÉRIENCES. 12t (16 juin 1853). — Te lu pu rat Lire ambiante 22 degrés. iMoutons allemands, tous mâles, et ayant tous le l'oie malade. ' o ' Première expérience. 2 h. 43 m. On commence l'expérience. "2 52 Introduction du lliermomètre dans le cœur gauche; il y séjourne une minute -îo^ 2 ijfi Introduction dans le ventricule droit; séjour une minute -î*'*^ Diflerence nulle. Dciixiénu; e-rprrlrncc. '■ ■ -• :t h. :< m. On commence rexpéricnce. ;{ (i On place le thermomètre dans le cœur droit ; ii y séjourne une minute •**'" ;i '1 On place le lliermomètre dans le cœur gauciic; il y reste une minute :UHi,'i- Dillerence en faveur du cœur droit, 0,ti = 0°,lo8. Troisième expérience :\ h. 13 m. On commence l'expérience. :\ 23 On place le thermomètre dans le cœur gauche ; il y reste une minute ;io^,:i '■] 27 On place le thermomètre dans le cœur droit; il y reste une minutée :î(ii,(» Diilërence en faveur du ca>jr droit, 0,1 = iP,OlH. (Jualrièmc expérience. '\ h. :!0 m. On commence l'opération. 3 3 5- On place le Ihermomèli'e dans le cœur droit ; il y séjourne une minute 300 3 :t!l On place le thermomètre dans le cœuir gauche ; il y reste une minute 308,2 Dillerence en faveur du cœur droit, 0,8 = o, I t'i. Dans les daux dernières expériences il n'y a [)oint eu de perte de sang. 122 TEMPÉRATURE DU SANG DANS LE CŒUR. Cinquième expérience. ;! h. 47 m. On commence l'expérience. ;{ .'iO On introduit le lliermomètre dans le cœur gauche (les respirations sont très-accélérées). 310 :i 'M> On place le thermomètre dans le cœur droit... 30ii Différence en faveur du cœur gauche, 1 =0,180. A l'autopsie on a reconnu que le thermomètre, en pénétrant clans le ventricule gauche, avait brisé une valvule sigmoïde correspondant à l'orifice de l'artère coronaire ; qu'il y avait eu , par suite, décollement de la base de l'aorte et déchirure du tissu du cœur, infiltra- tion de sang dans ce tissu et jusqu'au-dessous du péri- carde ; ces désordres se rapportent avec l'accélération des mouvements respiratoires qui avait lieu pendant qu'on observait la température dans le cœur gauche. Sixième expérience. — Animal plus vigoureux que les précédents. i h. i m. On commence l'expérience. 'i 4 On place le thermomètre dans le cœur droit... 30(), 1 4 t'.) ;tO!> — I, animal fait des mouvements ol des etlbrls; les ^ :!()!), I pulsations s'accélèrent ( :UM1,2 — Il redevient calme '.!00 Qu'ilnc.nc cxpéiience. — Mouton femelle. ( ;ti(> ■i 11. :!(> m. Cœur gauche. L'animal s'agile et fait des elVorls) :tl(» aussitôt qu'on entre dans le ventricule ) :U(> { :!l(i — Animal plus calme ino o — l'^frorls nouveaux 310 ^ :!(m,!» — Kedevenu calme ;t(i!t,!> '- ;i(i!t,'> Toutes ces oltscrvalions ont duré (piatre minutes. .iV EXPÉRIEiNCES. " 125^ •îO'.t ;!0!> ■I h. ;>(> m. Cœur droit (animal calme) \ 39, 1 — Hfroris, mouvements. Ces o])servations ont duré trois miiiules. Cinquième expérience. — Mouton femelle. 308 SOS 3 h. 1 m. Cœur droit (animal calmej { 307,9' 308 i 308,2 On reconnut qu'on était dans l'oreillette, et l'on^ 309 enfonça le thermomètre dans le ventricule. .. j 309 f 309 Toutescesolisei^vationsoiitdiii'éiiiie minute et demie. 3 h. 4 m. Cœur gauclie 308 rixe pendant deux min.d'oljservation ; l'animal est calme» Sixième expérience. — Mouton mâle, un peu moins vigoureux que les autres. 3 11. Kîm. Cœur gauche (les battements du cœur sont très- lents; l'animal est calme; la cuvette du ther- ,)l[,jj; momètre n'appuie pas contre les parois du ven- tricule; la veine jugulaire du même côté avait été préalablement liée); on trouve 30(i Fixe pendant deux minutes et demie d'observation. 3 h. 20 m. Cœur droit (animal d'abord calme, et battements j 306 du cœur lents) ( 306 On était dans l'oreillette; on pousse le thermo-( 300,5 mètre dans le ventricule (animal calme) ( 306, 4r . / 300,5 On appuie sur la paroi du cœur; accélération^ 300,5 fV ■ du pouls et efforts » .... j 300, (> V 300,7 - Toutes ces observations ont duié ti-ois minutes. 12G TEMPÉRATURE DU SANG DANS LE CŒUR. Septième expérience. — Mouton mâle, très-vigoureux. :\ h. 35m. Cœur gauched'animals'agitependantropéralion). I 30ti,i I 30<>,2 3 37 Le thermomètre est expulsé au moment d'une forte conlraclion du cœur et lancé au loin; il s'est trouvé dérangé; néanmoins on a conti- nué l'observation et constaté ce qui suit. 3 39 Cœur gauche 304 Fixe pendant deux minutes d'observation. / 304 ( 304 1 303 'J 3 43 Cœur droit (animal calme) ^. -îa-^'o ( 303,9 V 303,9 On n'était qu'à l'entrée du ventricule ; on pousse /' 304 le thermomètre plus loin, et l'on appuie contre] 304 les parois du ventricule; les battements s'ac- i 304 celèrent. 304 Toutes ces observations ont duré trois minutes. Voici maintenant quelques expériences sur le même sujet, et qui ont été faites sur des chiens. Ea/j. (22 novembre 1848). — Chien adulte, ayant fait deux heures auparavant un repas de tête de mouton cuite. Le chien étant étendu sur le dos et attaché. On découvrit l'artère carotide et la veine jugulaire du côté droit, et on introduisit un thermomètre ordi- naire de Fastre. On trouva : Dans le cœur droit ou dans la veine cave inférieure 38,u0 Dans la ri'ine cave supérieure 38,00 Dans la porlion périphérique de la veine jugulaire. . . . 37,2a Le thermomètre fut ensuite poussé par l'artère carc- ■ EXPÉRIENCES. 127 tide jusque dans l'aorte et le cœur; on trouva 38 de- grés ; on cessa l'observation. Après avoir laissé l'animal en repos pendant un quart d'heure, on reprit la température : Dans le cœur gauche :_i8 Dans le cœur droit ;n,oO (Cette température était probablement celle de la veine cave supé- rieure.) Puis en descendant dans la veine cave inférieure 38,20 On délia alors le chien qu'on laissa reposer et digé- rer pendant environ trois ou quatre heures. Après quoi on reprit les températures : Cœur gauche 39,20 Cœur droit 39,20 Alors on fit la ligatui^e de la veine cave inférieure au-dessus des reins, et on eut : Cœur droit 39,10 Cœur gauche 39,10 Exp. {19 juillet 1856). — Chez un chien de taille moyenne, on fit sur la température du sang dans les différentes parties de l'appareil digestif les observations suivantes : (L'animal est à jeun. On fit usage d'un thermomètre à alcool). 1 i h. 2o m. Veine cave (le thermomètre étant poussé au ni- veau des veineshépatiques,e( la veine cave liée). 40, ti Aorte ventrale (aorteliée, animal agité), de 40,4à 40,t) Retour à la veine cave (au niveau des veines hé- patiques, animal calme) 4('),0 Retour à l'aorte (animal calme) 40,3 Retour à la veine cave (au niveau des veines hé- patiques, animal calme) 40, i à 40,0 II 3:j 11 40 il 50 tl 5o 128 tempi':ratup.e du sang dans le cœuk. II 11. .■;;; m. Veine porte, par en bas (veineliée, sang slagnanl). M!»,T l'i [1 Vein:^ porte, par en haiil, au-dessous du foie... >o,-i Inlesliu duodénum, -vers le pylore 41, 'i Intestin dans lequel lu circulation était gênée par la ligature de la veine porte (intestin noirâtre). 38, i On CDiisit la pluie abdoitiinalo et on fit une autie série d'ohservalions sur la lempéralure du sang- dans 1 cœur [)[\v les pi'océdés ordinaires : e 12 !i. l'J m. Cœur droit (animal calme) il \-l :î I Cœur gaucho 40 /J On fit alors la ligature dos doux nerfs vagues ; et, le thermomètre restant en place, la tempéra- ture monta, dans le cœur gauche, à 41 Puis redescendit bientôt à 40,'' On passa au cœur droit qui donna (fixe) 41 ,i Oii revint au cteur gaucho 41, :> Le bout périphérique des nerfs vagues étant gal- vanisé, le thermomètre resta à 4 1 ,:> Puis, après la galvanisation, remonta à 4! ,'i luo nouvelle galvanisation le fit descendre à. . . 'rl,.> 12 .lu On passa au cii'ur droit. 41,1 On galvanisa lo boni péri[ihôrique du nerf vague droit 41,l.> On voit d'après ces expériences que : 1" Li' duodénum est plus chaud (pie le sang; 2" Le sang a pris une lempératiiri' jilus élevée après la ligature de l'aorte, ce qui montre (ju'il faut toujours avoir soin de reprendre les tempéralui'es après la liga- liire des vaisseaux; 3" La température du sang dans 1(; cœur gauche a été trouvée plus élevée que dans l'aorte ; de même le cœur (h-oit a été trouvé plus chaud que la veine cave; 4" La température du sang dans le cœur a paru aug- EXPÉRIENCES. 129 menter sous riniluence de la ligature des vagues et di- minuer sous l'inlluence de leur galvanisation. Exp. (29 juillet 1856). — Chien de forte taille, à jeun depuis plusieurs jours, excessivement turbulent. L'animal n'a pas voulu manger depuis qu'il a été amené au laboiatoire. 11 a bu une assez grande quantité d'eau avant l'expérience. On lixa l'animal sur la table, puis on pratiqua l'in- cision dans l'hypochondre droit; mais il fît des efforts si violentsqu'ilyeutéventration considérable; et les intes- tins, n'ayant pu être réduits que difficilementà cause des efforts de l'animal, restèrent longtemps à l'air. Ce n'est qu'après toutes ces agitations que le chien, épuisé de fa- tigue, restacalme; on recousit alors laplaieabdominale. Après cela, on mit à nu l'artère carotide et la veine jugulaire droite pour observer la température du cœur. Les vaisseaux paraissaient peu remplis et l'aniaial très- affaibli; on prit les températures avec un thermomètre à alcool, par les procédés ordinaires et dans l'ordre suivant : 1 h. M m. Cœur droit (l'animal étant calme) 39, 'i ! ."io Cœur gauche (alTaibli; carotide liée) 39,3 Cœur droit , . , 30,4 On avait, avant l'expérience, pris la température du rectum 30,6 Elle est encore de , 30, (> Elle n'a donc pas varié pendant toute l'expérience; et il est intéressant de voir ici que la température du rectum est supérieure à celle du sang dans le cœur lui- mêm \ H. I.lnni) l.iE l.'oRG.W. — I. 9 130 T[=:.Ml'ÉnATUHE DU SANG DANS LE CŒUR. On revint alors an cœur. 2 ]i. I m. Cœur gauche 30", I 2 4 Cœur droit 30°,2 A ce moment, on ouvrit la plaie du centre; il se fit une nouvelle hernie; on prit la température de l'esto- mac, qui était de 39°, 4. L'estomac était donc, ici encore, plus chaud que le cœur. On cessa les observations. Exp. (25 mai lSo;5). — Chienne encore jeune, de taille moyenne, en dip^estion. La température du labo- ratoire étant de 26 degrés centig-rades. . On coupa le vague et le sympathique à gauche, dans la région moyenne du cou. Deux heures et demie envi- ron après l'opération, on observa la température du sang revenant des deux côtés de la tête, en plaçant lo thermomètre dans les veines jugulaires. Le thermo- mètre remplissait exactement le vaisseau, de sorte qu'il n'était en contact avec le sang que par la partie in- férieure de la cuvette. C'est une mauvaise condition pour l'expérience. T" observation faite avec le thermomètre métasta- tique (n^Oô), dont les indications sont converties en de- grés centigrades. Veine Jugulaire droite 38,282 — gauche 28,494 — droite 38,282 On trouve donc en plu?, du côté de la sec- lion du sympathique 0,212 Après ces observations, l'animal a été tué par la sec- lion du bulbe rachidien. On découvrit aussi vite que possible les gros troncs vasculaires à la partie inférieure EXPÉRIENCES. 131 du COU en enlevant la pièce supérieure du sternum. La veine cave supérieure et le tronc artériel brachio-cé- phalique furent mis à nu. On plongea alors successive- ment deux thermomètres dans les cavités du cœur. Le sang était en repos, c'est-à-dire que le cœur ne battait plus au moment oii l'on fit les observations dans l'ordre suivant : L'animal avait été tué à deux heures. 2' observation. Thermomètre métastatique (n° 92), plongé dans le ventricule pendant trois minutes. Les indications sont converties en degrés centigrades. 2 h. » m. Ventricule droit 38,706 2 3 — gauclic 38,07;; Différence en faveur du ventricule gauche. 0,031 3^ observation. Thermomètre métastatique (n° 226), plongé dans les ventricules pendant quatre minutes. 2 h. 10 m. Ventricule droit 38,402 2 14 — gauche 38,383 Différence en faveur du ventricule gauche. 0,079 Ce thermomètre resté dans le cœur gauche, donnait, à 2 heures 40 minutes 38 200 4*' observation. Thermomètre métastatique (u° 92). 2 h.3;j m. Plongé pendant dix minutes dans la veine cave inférieure pleine de sang, en entrant au ni- veau de la veine rénale et remontant jusqu'au niveau des veines hépatiques 38,070 2 4o Plongé pendant dix-sept minutes dans l'aorte pleine de sang, entrant au niveau de l'artère rénale etremontantau niveau du diaphragme. 37,012 Hifférence en faveur de la veine cave 1 ,0o8 2 51 On replongerinstrumentcomme précédemment dans la veine cave : on a 37,087 132 TEMPÉRATURE DU SANG. Cette dernièt'e observation donna encore sur l'aorte nn excès de chaleur de 0%G75. Elle montrait que rabaissement de température dans la veine cave en un quart d'heure avait 6\ô. de O^SSS. Voilà , ]/, veines pulmonaires droite et gauclKi se rendant dans l'oreillette gauche; — o, oreilletle gauche; — o', oreillette droite;— (/, ventricule droit; — g, ventricule gauche. TEMPE r.ATURE DU SAIN G. i 33 de côlé pour le moment toute explication; je ne nie même pas que le sang prenne de la chaleur eu passant dans les capillaires du poumon, chaleur que compense- raient et au delà les causes physiques de refroidisse- ment auxquelles il est soumis. Je constate simplement qu'il sort du poumon moins chaud qu'il n'y est entré. Nos expériences n'ont pas été inslituées directement sur les vaisseaux sanguins qui entrent dans le poumon ou qui en sortent. Mais on peut parfaitement admettre que le sang du cœur droit est le sang avant le poumon, et ]e sang du cœur gauche, le sang après le poumon (fig. 3). Il est un organe que nous devrons encore examiner ultérieurement à ce point de vue : c'est le rein. Nous- savons déjà que le sang y subit des modiiîcalions en rapport avec certaines conditions fonctionnelles; nous devrons examiner si la température du sang veineux en est influencée. Nous aurons à examiner aussi les autres organes sécréteurs dans leur période d'aclivifé et dans leur période de repos ; c'est surtout pour ces sortes de recherches, dont nous vous entretiendrons ultérieure- ment, que le thermomètre mélastalique à alcool nous sera utiie. SIXIEME LEÇON 30 DÉCEMr.RE 1857. SOMMAIRE : Les foyers de oalorificalion résident dans tous les tis- sus de l'organisme. — Le sang ne fait que répartir la chaleur. — Lachaleurse produit dans les tissus. — Les organes sont plus chauds que le sang qui en sort. — Expériences. Messieurs, Nous avons consacré les dernières séances à examinei' quelle était la température du sang dans les différents points de son parcours. Les études que nous avons faites sur ce sujet nous ont amené h renoncer aux idées qui localiseraient dans le poumon la production de chaleur destinée à compenser la déperdition qui s'en fait conti- nuellement, et à maintenir l'organisme à une tempéra- ture à peu près fixe dans un milieu plus froid et très- variable. Nous avons vu encore que c'était dans l'ab- domen, au niveau de l'embouchure des veines sus- hépatiques dans la veine cave que le sang présentait la température la plus élevée. Si la source de la chaleur animale devait être circonscrite en un foyer unique, ce n'est plus dans le poumon, mais dans le foie, qu'on de- vrait être tenté de le localiser. Mais peut-on admettre l'existence d'un foyer unique, ou faut-il comprendre autrement les phénomènes de calorification chez les êtres vivants? Devons-nous continuer à admettre que la calo- rification est produite par des organes spéciaux et accor- FOYERS DE CALORIFICATION. 1 3a der aux organes abdominaux la propriété que l'on avait attribuée au poumon? Je ne le crois pas. Je pense que ce serait se tromper que de croire qu'il y a des organes spécialement producteurs de chaleur à l'exclusion des autres; le phénomèneestplus général. Lacalorification se fait partout, aussi bien dans le poumon et dans les extrémités que dans le t'oie; mais pour que ce calorique- fût partout manifeste, il faudrait que l'organe dans lequel il se produit ne fût pas exposé à le perdre. Le refroidissement du sang qui a traversé un organe prouve simplement qu'en traversant cet organe, le sang a perdu plus qu'il n'a gagné. Pour vous rendre celte vue sensible par un exemple, je vous citerai l'observation suivante. J'avais inslitué celle expérience pour montrer l'insuffisance d'une explication qui avait été donnée sur réchauffement de la tête et de la suite de la section du giand sym- pathique. On a prétendu en effet que, si le côté cor- respondant à la section est plus chaud, cela tient à ce que les vaisseaux, très-évidemment dilatés donnent passage à une quantité de sang beaucoup plus considé- rable; dès lors, les causes de refroidissement restant les mêmes et agissant sur une plus grande masse de sang doivent produire des effets moins prononcés, d'où l'élévation relative de température des parties qui sont le siège de cette exagération des phénomènes mécaniques de la circulation. La différence de tem- pérature des deux oreilles, dans ce cas, tiendrait alors, non à une production plus forte de chaleur dans l'oreille plus chaude, mais à ce qu'elle se refroidirait 136 TEMPÉRATURE DU SANG. moins, étant parcourue pai* une plus grande quantité do sang chaud venant du cœui'. Pour voir s'il en était ainsi, il fallait expérimenter. Or, l'expérience monti-e qu'il y a bien de la chaleur produite sur place; que l'accéléiation mécanique de la circulation a pour conséquence une activité plus grandiî des plîénomènes physiques ou chimiques locaux qu'elle détermine, et auxquels on doit, je crois, rapporter la proiluction de calorique. Voici ces expériences : Exp. (18 janvier 1854). — Sur un gros chien, on ht la section (Ui pneumogastrique et du grand sympa- thique du côté gauche dans la région du cou. Avant l'opération, la température était de 38 degrés dans l'oreille gauche et dans l'oreille droite. Après l'opéra- tion, la température était de iO degrés dans l'oreille droite et 44 degrés dans l'oreille gauche. (Le ther- momètre dont on se servait avait le zéro tro]» élevé et donnait des chiiïres trop forts; mois cela n'a pas d'im- portance dans les observations essentiellement com- paratives dont il s'agit ici.) On remarqua chez cet animal tous les symptômes (pii, du côté de l'œil, succèdent à la section du sympa- thique. Après l'opération, on enveloppa avec un bonnet de ouate la tête de l'animal, de manière qu'il n'y eût pas dépeidition de chaleur par contact de l'air extérieur. Une heure et demie après, on examina la tempéra- ture du sang dans les veines jugulaires et dans l'artère carotide. (Les observations suivantes furent faites avec EXPÉRIEiNCI-:S. 137 un autre thermomètre, le précédent ayant été brisé par un mouvement brusque de l'animal. En plongeant le thermomètre dans la veine jugulaire externe, et l'iutroduisant de manière que le cours du sangne tût pas interrompu, on trouva, pour la veine jugulaire droite, 38 degrés ; pour la veine jugulaire gauche, 39 degrés. On reprit ensuite la tempéi'ature dans les mêmes \eines, ce qui donna : Pour la veine jugulaire droite, 38 degrés. Pour la veine jugulaire gauche, 38%25. On réitéra cette observation plusieurs fois avec ces derniers résultats. Ensuite on découvrit l'artère carotide et on intro- duisit le thermomètre dans ce vaisseau du côté du cœur. On obtint 38 degrés pour le sangur'ériel. Conséquem- ment une température un peu inférieure à celle du sang veineux. Exp. (24 janvier 1854). — Sur un cheval vieux, usé, un peu poussif, on appliqua d'abord le cardiomètre sur l'artère coronaire de la face du côté droit ; on ob- tint une pression oscillant de 95 à 140. L'animal était calme; les pulsations au nombre de 48 ; les respirations de 12 par minute. On découvrit ensuite du côté droit la veine jugu- laire, l'artère carotide et le pneumogastrique. Le thermomètre, introduit dans la jugulaire droite, marquait 34 degrés faible ; puis, introduit dans la caro- tide droite, il marquait 38 degrés faible. On enveloppa ensuite la tête du cheval avec de la 138 TEMPÉr.ATURE DU SANG ouate, une couverture recouvrait la ouate : les naseaux seuls restaient libres. Une demi-heure après l'application de la ouate, la température, prise dans la veine jugulaire gauche, était de 38 degrés. Alors, on coupa le filet sympathique de ce côté du cou, et on remarqua bientôt après que la chaleur de l'animal avait augmenté, car l'air expiré par la narine produisait une espèce de brouillard par la condensation de la vapeur d'eau, ce qui n'avait pas lieu pour d'autres chevaux placés dans le même lieu. La circulation n'avait pas été arrêtée dans la veine jugulaire gauche, dont l'ouverture avait été simplement réunie par une épingle. Une demi-heure après la section du sympathique, on appliqua le cardiomètre sur l'artère coronaire droite de la face déjà expérimentée. Elle donna des oscillations de 60 à 80 pendant l'inspiration et de 80 à 100 pen- dant l'expiration. La différence de ce résultat avec celui qu'on avait précédemment obtenu (de 95 à 140) ne peut s'expliquer que par la ligature de l'artère carotide droite pratiquée pour prendre la température du sang. On observa en outre que les respirations de l'animai étaient devenues plus profondes et restaient toujours au même nombre. On reprit alors la température dans la veine jugu- laire gauche et on remarqua que le sang veineux, qui avant la section du grand sympathique était noir, était devenu rouge comme du sang artériel depuis la section du grand sympathique. La lempératui-e de ce sang vei- neux était aloi'sde 38 degrés fort. ET DES ORGANES. 139 A ce moment on prit la température du sang dans l'artère carotide correspondante (droite) ; elle donna 37°, 5; sa température était par conséquent inférieure à celle du sang veineux. On enleva ensuite la ouate qui recouvrait la tête de l'animal et on trouva toute la tête en transpiration. Les expériences précédemment rapportées semblent donc montrer que si, normalement, la température du sang est plus élevée dans l'artère carotide que dans la veine jugulaire, on peut, en empêcliantau tant quepossible la déperdition de caloiique, rendre la température du sang veineux au moins égale à celle du sang artériel ; ces expériences apprennent enoutreque, après la section du sympathique, le sang veineux, dans certaines circon- stances, peut devenir plus chaud que le sang artériel. On ne peut donc pas, dans les observations ordi- naires, qui montrent la température moindre dans le sang veineux, en inférer qu'il ne s'est pas produit de chaleur dans les parties. Il faut admettre au contraire que les extrémités sont, comme les organes splanch- niques, le siège de phénomènes de calorification ; seu- lement, en vertu de conditions physiques spéciales, ces phénomènes n'y sont pas apparents. D'autres faits viennent nous apprendre en même temps que le sangest simplement, dans lesphénomènes calorifiques, un liquideéquilibrateur qui opère une ré- partition aussi égale que possibledu calorique prochiit. Des expériences ont prouvé, en effet, qu'il existe, entre les organes et le sang qui les traverse, une différence de température nu pi-ofit dcsorganns. Los pliéiioinèiios de 140 TlùMPÉRATURE DU SANG calorifîcalior. ne paraissent donc pas se produire dans le liquide sanqiiin lui-même, mais dans les vaisseaux capillaires, soit par le frollement au passage du sang- des artères dans les veines, soit par le contact du sang et du tissu de l'organe, lorsque se produisent les phé- nomènes chimiques de la nutrition. La production de ces phénomènes chimiques exige un certain temps; elle serait impossible avec une cir- culation trop rapide. D'un autre côté, il est nécessaire que la circulation générale ne soit pas interiompue par ces exigences locales: aussi ya-t-il, comme je vous l'ai dit souvent, deux circulations décrites déjà dans beaucoiip d'organes. L'une est locale, lente; l'autre rapide et générale; à chaque ondée de la dernière, la circulation capillaire cède et prend une petite quantité de sang, renouvelant ainsi petit à petit les matériaux sur lesquels elle opère. Le sang qu'abandonne la cir- culation locale générale à la circulation lente lui cède un excès de chaleur ; mais comme ce sang- de l'oriiane n'est pas renouvelé tout à la fois, il reste plus chaud lorsque les parlies sont bien protégées contre le rel'roi- dissement. II est un organe dans lequel on prend très-souvent la température, c'est le rectum. Or, dans beaucoup de cas, la tompéraluredu rectum es! plus élevée que celle du cœur droit ou gauche. Un certain nombre d'expé- riences faites comparativement sur d'autres parties de l'intestin et sur le cœur vont vous montrer ce fait que nous avons déjà signalé : Exp. (24 juilb't 18:i0). — Chien de petite taille, ET DES ORGANES. 141 jeune, à jeun depuis deux ou trois jours, n'ayant pas voulu manger depuis qu'il est arrivé dans Je labora- toire. On fit l'expérience commeà l'ordinaire. Le chien, d'abord turbulent, se calma bient(M et parut alTaibli. Tliei'iiioiii. incrcuc. ;! 11. :! m. Veine cave liée ; on remonte au niveau des veines hépatiques 39,20 3 !i Veine porte liée au-dessous de l'abou- chement de la veine splénique et duodénale. Température prise par en haut (animal agité) :{9,30 L'animal devient plus calme. A ri Aorte ventrale liée :{9,'fO ;' 17 Diioflennm, estomac :i9,8i> '.i 'il On revient à la veine cave, au niveau des veines hépatiques 39,60 3 ■}:] On revient à la veine porte au-dessous du foie 39, iO 3 ■.>:; ():) revient à l'aorte 39, ."iO 3 27 On revient au duodénum 39,00 Dans cette expérience les températures prises après la ligature de l'aorte se sont montrées plus élevées que celles qui avaient été prises avant. Cela s'expliquerait- il par l'augmentation de pression qui a dû en résulter dans le système sanguin; c'est un fait que nous avons déjà observé et dont l'explication sera ultérieurement à vérifie!'. Ë:rp. (2 juillet 1856). — Chien de taille moyenne, ayant t'ait un repas de tripes une heure avant. La tem- pérature ambiante était de vingt-cinq degrés. On fitles observations suivantes : Rectum 390,3 39%2 142 TEMPÉRATURE DU SANG On ouvrit l'abdomen parle procédé ordinaire et on examina : Duodénum à rembouclitire de l'estomac 'il",! ([/animal était très-calme.) Estomac 39", 8 (Le chien était très-agité ; le ihermomètre resta peu de temps dans l'estomac plein d'aliments.) Veine porte, sous le foie :!0,:;(» Veine porte, bout périphérique. ;VJ,.j() On revient au duodénum 40,09 I au niveau du cœur 40,07 Veine cave inférieure < au niveau du foie 40,20 f au niveau des veines rénales. 39,80 Veine cave inférieure du côté du bassin 30,70 Aorte ventrale du côté du cœur 40,00 faible Aorte, par en bas, le vaisseau est presque vide 38,00 Foie, incision faite dans le tissu 40,01 Veine cave, au niveau des veines hépatiques 40,00 Tissu du foie » 40,(10 fort Rectum 38,(10 Toutes ces observations ont été faites dans l'ordre d'inscription; elles ont duré environ une heure et de- mie. Alois on a voulu voir l'influence de l'obstruction des naseaux, mais l'animal est mort presque instanta- nément, sans qu'on pût bien s'en rendre compte, car il n'avait pas perdu beaucoup de sang, et il semblait encore assez vigoureux. Chez ce chien en digestion, le sang des veines hépa- tiques était donc moins chaud quel'intestinduodenum. Exp. (2 juillet 1856). — Chien de forte taille, à joun, ayant déjà subi d'autres expériences. La tempé- rature andjiante étant de 25 degrés. On commen(;a les i:t des organes. 143 expériences à 2 heures 35 minutes; on les pratiqua par les procédés ordinaires. 2 h. 3":> m. Veine jugulaire du côté du cœur 38,6 — du côté de la tète o 38,6 2 4;j Artère carotide 39,3 4 20 Veine cave au niveau des veines hépa- tiques 40,7 Veine cave inférieure, près du cœur. . . . 40,3 Veine cave au niveau de la veine rénale. 40,5 3 4"» Duodénum 41,1 4 » Veine porte 40,2 4 10 Aorte abdominale 40,0 Dans le milieu des observations on prit du sang des veines rénales, qui avait une couleur rutilante très- belle. Chez ce chien à jeun, l'intestin était plus chaud que le sang de la veine porte. C'est ce que montrent encore les expériences ci-après. Exp. — Sur un chien ou introduisit, par la veine duodénale, un thermomètre que l'on poussa jusque dans le tronc de la veine porte, dont la circulation n'était pas interrompue. i 38,0 3 h. 25 m. Veine porte .,,^ , 3 27 Duodénum vers lo pylore 30,8 . . . r- ( 39,4 3 20 Duodénum vers 1 extrémité inte-\ ^^ „ rieure du duodénum i o^^'^ ' 39 4 3 32 Intestin dans sa portion inférieure., j .^f^',. 3 34 Cavité périt., au-dessous de l'eslom. ( 38,9 (arrière- cav. des épiplo.) ( 39,0 . . 1 ! ^'^''^ 3 35 Cavité peritoneale | .jq ;; Mi TEMPÉnATuni-: du sang ;i h. ;i(i m. On pousse le tlierinomètre dans la ca- j :!!»,i- vile abomiiuile du côlédu bassin... i :!'.*, ."i ( •'•','•• .{ îo Estomac 1 :i'.»,!i ( :!ii,'.t :v.»,;( :\ iS Aorle venlrale ) 31), 4 I 39,4 3 ."iO Veine cave au ni\eau des veines hépa- tiques 3!i,7 3 ;i2 3i),;i I 3!i,;; 3 ."i:; Aorte 30, i- i 3 On revient à la veine cave supérieure. 3!),0 l 39 4 4 7 Crosse de l'aorte .,„' , /:J.rp. — Chien à jeuii. il, -2 '.1,1 i(>,9 40,9 \0,li îO,() ÎO,;; (.liez le chien on a trouvé pour la température du sang dans l'aorte 3,0 Chez ce chien, on trouva 39'', 5 paiir l'aorte. L'expérience suivante a été instituée pour recher- cher si le système nerveux sympathique peut modilier la température du sang et de l'intestin. ET DES OFîGANES. 145 Eûcp. {{" août 1856). — Sur un chien de taille moyenne, à jeun depuis vingt-quatre heures, on fit une incision sur la ligne blanche et on attira une anse d'in- testin qui répondait à peu près (ainsi que l'a fait voir l'autopsie plus tard) au milieu du jéjunum. On fit une ligature sur cette anseintestinalepourla maintenir fixée à la plaie. Mais avantde rentrer l'intestin , on décortiqua les vaisseaux d'un côté de laligature, et on détruisit dans toute l'étendue d'un décimètre environ les m.'rfs qui les accompagnent. Enexaminantcomparativemenf l'intestin privé de ses nerfs et celui qui les avait conservés, on voyait dans ce dernier les artères mésentériques battre avec force, et il semblait que, dans la portion de l'in- testin 011 les nerfs avaient été enlevés, ces battements étaient bien plus faibles. Dans l'intestin sain, les artères formaient, à chaque pulsation, une courbure pulsatile considérable; cette courbure était à peine visible du côté où les nerfs manquaient, et on pouvait se demander si la faible pulsation qu'on voyait ne dépendait pas des anastomoses artérielles voisines. Après cet examen, pendant lequellesdeuxportionsdel'intestinétaient dans les mêmes conditions, c'est-à-dire exposées à l'air, on rentra l'intestin dans le ventre; on recousit la plaie en maintenant entre ses lèvres la partie de l'intestin sur laquelle avait été placée la ligature. On fit de chaque côté de cette ligature une petite poncîion avec la pointe d'un bistouri, afin depouvoir introduire le thermomètre dans les deux portions de l'intestin et voir ainsi les modifications qu'y éprouverait la température. En- fonçant le thermomètre d'une égale profondeur dans B. LlQUlD. DE l'orGAN. — I. 10 140 TEMPÉRATURE DU SANG les deux côtés, on prit la température de ces deux bouts ^ de l'intestin dix minutes après que la plaie abdominale fut fermée ; on obtint : Dans le bout privé de nerfs o . . 38,8 Dans le bout sain 38,8 Il n'y avait donc pas de différence. On observa, en outre, que la portion de l'intestin qui sortait de la plaie et était immédiatement h. côté de la ligature, du côté opéré, était animée de mouvements péristaltiques, tandis que l'autre portion ne l'était pas; il sortait également du liquide par le bout opéré, que l'autopsie montra être le bout inférieur. Ensuite on laissa ie chien en repos pendant environ une heure et demie. Il fit des efforts de vomissement et était comme affaissé. L'animal avait été très-agité pen- dant l'opération. Après une heure et demie on reprit les températures dans les deux bouts de l'intestin, et on trouva : Intestin opéré (insensible au contact du thermomù(re). . 38,8 fort Intestin non opéré (Irùs-sensible au contact du thermom.) 38,0 On reprit la température des deux bouts avec un autre thermomètre à mercure plus sensible, et on trouva : Intestin opéré (insensible) 30,5 Intestin non opéré (trùs-sensible) 30,4 Rectum 30,3 On fit alors, sur ce môme chien, des observations sur le cœur, en entrant, comme à l'ordinaire, par la veine jugulaire et l'artère carotide droites. Les observations ET DES ORGANES. 147 furent faites avec le thermomètre à alcool et dans l'ordre suivant : _ Cœur droit 38,8 fort. Cœur gauclift 38,6 fort Cœur droit 38,7 Cœur gauche 38,5 Alors on revint à l'intestin et on trouva : Intestin opéré (insensible) 38,6 — non opéré (sensible) 38,7 <:,... ( 38,4 ' r - ^P*^^^ (38,6 .! ■'' — non opéré (animal calme) 38,7 ; ij'j — opéré 38,7 ,. — non opéré 38,7 Estomac 38,0 Eo'/j. (,1856). — Sur un petit chien à jeun depuis trois jours, on prit les températures parles procédés ordinaires, dans l'ordre qui suit : Duodénum 41,2 Côlon 41,1 Rectum = 40,9 Veine cave, au niveau des veines hépati- ques (veine non liée) 40,9 Veine cave, bout périphérique 40, S :■!; ; Cavité péritonéale, sous le foie 40,6 Cavité péritonéale, dans le bassin 40,5 Alors on tenta de détruire les ganglions du plexus so- laire, mais on n'y parvint pas complètement. On recou- sit la plaie abdominale et on laissa l'animal en repos pendant une heure environ. Au bout de ce temps on l'examina de nouveau; mais il était très-affaissé, restant couché sur le flanc. On ouvrit de nouveau la plaie ; du liquide qui s'était échappé par les piqûres fai(es à 148 TEMPÉRATURE DU SANG l'intestin était répandu dans le péritoine. On reprit néanmoins les températures suivantes : Duodénum 38,6 Côlon 37,0 Rectum 37,1 Veine cave au niveau des veines liépatiques. 38,4 Veine cave, bout périphérique 37,3 On voulut prendre la température dans l'aorte; mais aussitôt qu'on l'incisapoury mettre le thermomètre, le chien mourut. On trouva alors dans l'aorte 37°,3. Enfin on plongea le thermomètre dans le tissu du foie et on eut 37%7. Exp. (1856). — Sur un chien de petite taille, en di- gestion, les températures furent prises par les procédés ordinaires et dans l'ordre suivant : Duodénum 40,0 Cœcum 30,8 Rectum 39,8 Veine cave, au niveau dos veines hépa- tiques 40,0 Veine cave un peu au-dessus du foie 40,2 — bout périphérique 40,0 On tenta alors l'ablation desganglions du plexus so- laire, mais on n'y parvint pas. On recousit la plaie et on laissa l'animal tranquille pendant une heure et demie environ ; après quoi on décousit la plaie pour reprendre les températures. L'animal était affaibli, mais beaucoup moins que celui de l'expérience précédente. Voici les résultats obtenus : Duodénum 30,2 Rectum 39,4 Veine cave un peu au-dessus du foie 39,6 — bout inférieur 30,3 Aorte 39,:> ET DES ORGANES. 149 Cette expérience est surtout comparative avec la précédente. 11 en résulterait que chez le chien en digestion la température a été moins élevée dans le duodénum et que le chien a mieux résisté à l'opération. Un grand nombre d'épreuves nous ont constamment donné ces résultats; toujours nous avons trouvé l'intes- tin plus chaud que les gros vaisseaux. On trouverait là, s'il était nécessaire, une nouvelle preuve que les phé- nomènes de calorification se produisent dans les or- ganes eux-mêmes et non dans le sang seul. Je dois maintenant vous rappeler le point de vue d'après lequel nous envisagerons les questions qui sont l'objet de nos études de cette année; non-seulement mon intention est de vous tracer l'histoire physiolo- gique des liquides organiques, mais je me suis proposé d'insister particulièrement sur la dépendance dans la- quelle leurs propriétés se trouvent avec les manileslations fonctionnelles du sylème nerveux, système harmonisa- teur par excellence. Je me suis expliqué déjà sur le genre d'influence qu'on doit accorder au système ner- veux sur les phénomènes chimiques de la vie. Cette in- fluence ne s'exerce pas sur les liquides directement, mais par l'intermédiaire des solides. Le mode d'action des nerfs vous a déjà été indiqué; ils déterminent une modification chimique en agissant mécaniquement, en rapprochant, en mettant en contact les éléments qui réagissent les uns sur les autres. Le système nerveux a aussi une influence sur la température. A ce sujet, je vous rappellerai une expérience déjà faite devant vous, 150 TEiMPÉRATURE DU SANG expérience que nous aurons plus tard à discuter, à analyser. Voici un lapin sur lequel le filet cervical da grand sympathique a été coupé; de quel côté? je l'i- gnorerais que, pour le savoir, il suffirait de toucher les oreilles ; et l'élévation de température de l'oreille gauche m'indique suffisamment que c'est à gauche qu'a été opérée la section. Cette expérience est nette et parfaite- ment décisive; rien ne saurait être plus comparable à l'oreille gauche de cet animal que son oreille droite ; on n'irapasprétendrequ'ilrespireaulrement pour l'une que pour l'autre, et pourtant la différence de température peut être considérable. Si nous coupions d'autres nerfs, la cinquième paire par exemple, nous obtiendrions un résultat inverse; mais, dans l'un et l'autre cas, ce n'est pas sur les liquides, c'est sur les tissus que le système nerveux aura agi. Pcul-on admettre que c'est dans le sang même que se produisent les modilications de température? Évi- demment non. L'élévation de température ne se pro- duit pas dans le sang, mais dans les tissus au contact desquels ce liquide s'échauffe. Les expériences précé- dentes nous en ont fourni la preuve. L'expérience qui nous montre le sang artériel tantôt plus chaud que le sang veineux et tantôt plus froid, fait résulter la conslance de la température d'une sorte d'équilibre entre les acquisitions et les pertes. Cet équi- libre entre la production et la déperdition est réglé par le système nerveux. Nous voyons, en effet, quetoutesles fois qu'il se produit moins de chaleur d'un côté, il s'en produit davantage d'un autre; quand il y a un refroi- ET DES ORGANES. 151 dissement extérieur, un surcroît de chaleur est produit à l'intérieur. Ce fait noté par les pathologistes, qui ont donné le nom de réaction aux phénomènes par lesquels se manifeste le retour à l'équilibre, peut être observé dans l'expérience, que j'ai si souvent occasion de vous rappeler, de la section du grand sympathique. Bien que cette observation n'ait encore été faite que sur la tête, nous pouvons cependant en chercher la portée et la si- gnification. Sur un lapin dont les oreilles accusent toutes deux une température de 35 degrés, on coupe d'un côté le filet cervical du grand sympathique; quelques instants après la section, l'oreille corespondante accuse 38 de- grés, tandis que l'autre donne seulement 33 degrés. En élevant la température d'une oreille, on a donc abaissé celle de l'autre. Ce fait est constant. Si, après avoir coupé le sympathique, on galvanise le bout supérieur, on produit l'effet inverse. Immédiate- ment, la température baisse dans l'oreille correspon- dante; avec les phénomènes physiques de la circulation, on voit diminuer les effets chimiques et calorifiques. Mais en même temps que la galvanisation du bout supé- rieur du sympathique fait baisser la température de l'oreille correspondante, on voit s'élever la température de l'autre oreille. C'est encore un fait constant, observé très-souvent sur des lapins. Il semblerait d'après cela que la quantité de sang que prend un organe lui soit donnée aux dépens d'un autre organe, et que l'excès de calorique qui résulte de l'activité plus grande d'une cir- culation locale soit ainsi compensé par une diminution équivalente de la circulation de quelque autre partie. 152 TEMPÉRATURE DU SANG 11 faut voir là comme toujours une action mécanique du nerf qui indirectement agit sur les phénomènes chi- miques. Toutefois, ces actions du système nerveux pa- raissent différentes dans d'autres points, car si nous \oyons la section du sympathique, par exemple, pro- duire de la chaleur dans certaines parties extérieures telles que la tète, nous voyons au contraire qu'elle pro- duit un refroidissementdans certains organes intérieurs tels que dans certaines parties de l'intestin. Exp. (12 juin 1856). — Gros chien de Terre-Neuve ayant fait son repas depuis six heures. Le temps est chaud, orageux; la température ambiante est de 25 de- grés. Rectum (on place le thermomètre dans le rectum ; ou l'y laissa et on observa les températures suivantes) : 2h. I.i m 39,0 2 30 40,2 3 27 39,9 3 30 40,1 On fit la section des filets sympathiques qui se ren- dent dans le rectum et on y prit la température après cette opération : 3 h, 40 m 39,9 3 iiO 39,7 4 10 39,8 On voit que la section des filets nerveux n'avait pas augmenté la température dans le rectum; sur d'autres animaux, j'ai noté également plutôt un abaissement. A 2 heures 30 minutes on avait pris la température dans la gueule, elle était de 39", 4. ET DES ORGANES. 153 On prit aussi les températures dans les vaisseaux. 3 h .30 m., carotide droite 30,9 3 30 38,9 4 10 38,7 Dans la veine jugulaire droite, en poussant le ther- momètre vers le cœur : 2 h. 30 m 39,9 3 35 39, la 4 15 39,2 Dans la veine porte : 3 h. 20 m 40,2 3 55 39,5 4 30 après que l'aorte avait été liée 39,8 (Là aussi la température a monté par suite delà ligature.) Dans la veine cave inférieure, au niveau des veines hépatiques : 4 h. » m 39,9 30 (après aorte liée) 39,9 Dans la veine cave inférieure, du côté des membres inférieurs : 4 h. » m 39,45 4 15 aorle abdominale 39, GO 4 15 côlon descendant 39,30 On avait préalablement fait la section des nerfs qui se rendent dans cette portion du côlon. Le chien sur lequel ces observations ont été faites avait été agité; il avait très-chaud et était parfois tout haletant. Exp. (8 août 1856). — Sur un gros chien, à jeun ^54 TEMPÉRATURE DU SANG. depuis vingt-quatre heures, on fit les expériences suivantes : Par une incision pratiquée sur la ligne lilanche, ou tira une anse intestinale appartenant au jéjunum. On enleva les nerfs dans une partie du bout supérieur, puis, après avoir rentré l'intestin, on le fixa à la plaie de manière à pouvoir prendre la température dans le bout supé- rieur opéré et dans le bout inférieur non opéré. Voici ce qu'on observa aussitôt après la rentrée de l'intestin. 3 b. 2(1 m. Bout supérieur, opéré 38,4 d 28 Boul iulérieur, nou opéré 30,0 Alors on découvrit la veine jugulaire et l'artère carotide droites : 3 11. 40 m. Veiue jugulaire (à l'entrée de l'oreillette). 38, ii fort — Artère carotide (on atteint la crosse de l'aorte) 3S,8 :î 4:> Veine jugulaire 38, li Un retourna à l'iuteslin : 3 11. î.'i m. l?out opéré (llicrmomètre à mercur( — Bout non opéré, id. — Bout opéré (llicrraomùtre à alcoolj. — Bout non opéré, id. ■i h. » (Irurale, id. — Crurale, excitée avec une plume. . . On revint à l'intestin : 3'.), 2 3!.,2 3!.,(> 3".t,0 38,7 fort 38,7 ■i 11. 10 m. liout non opéré (thermomètre à alcool). 30,0 — Bout opéré, id. . 30,0 — Boul non opéré (tliernioni. à mercure). 39,2 — lîout opéré, id. . 39,2 Alors on lit nue incision dans le liane droit pour INFLUENCES DIVERSES. 153 prendre la température des vaisseaux abdominaux ; on entra par l'artère et la veine rénales droites. Veine caveau-dessus du foie 38,9 'd'iï • Artère rénale (aorte) 38,7 ...,,^., Veine pancréatique (porte) 38,8 On revint aux intestins avec le thermomètre à alcool. oh. Bout non opéré. 39,2 — Bout opéré 39,2 Pendant toute l'expérience le chien conserva un calme parfait. - Nous allonsenfin vous citer, pour terminer, un certain nombre de circonstances qui peuvent avoir de l'in- fluence sur la teiTipérature du sang, telles que la dou- leur, l'asphyxie ou la compression des organes dans les vaisseaux desquels on observe la température. Exp. (25 juin 1850). — Sur un chien adulte, de taille moyenne, assez vigoureux, amené le matin, ou découvrit la veine jugulaire et l'artère carotide du côté droit; on tenta sur la pi^ession du sang quelques expé- riences qui ne réussirent pas; puis on fit sur les tem- pératures les observations suivantes : Un thermomètre à mercure fut introduit dans l'ar- tère carotide en même temps qu'on mit à découvert un rameau nerveux du plexus cervical ; et on galvanisa le bout central de ce nerf avec la pince électrique. 11 en résulta de la douleur, de l'agitation; et on observa qu'au moment de cette douleur et de cette agitation, la température avait monté assez vite, mais non instanta- nément, puis elle avait baissé. Quand on recommença, les mêmes effets se reproduisirent. 156 TEMPÉRATURE DU SANG. Le thermomètre restait toujours dans l'artère, en- foncé aussi profondément que possiijle, et jusque dans le tronc brachio-céphalique, on fit les expériences sui- vantes : Artère carotide 39,4 On bouche les narines de l'animal pendant une demi- minute environ, et un peu après le thermomèlre monte à 40,0 Onlaisse alors la respiration se faire librement, et le thermomètre redescend bientôt et reste fixe à 39,3 On bouche de nouveau le nez, le thermomètre monte à 39,6 On laisse ensuite respirer librement; il redescend à 39,1 où il reste fixe. On continua la même observation en notant très- exactement le temps. 3 h. 47 m., le thermomètre étant à 39,1 on boucha les narines; aussitôt la tempé- rature descendit à 39,0 Mais, continuant à tenir les narines bou- chées pendant une demi-minute, le Ihcrmomètre monta ;i 39,3 3h. 47m., on laissa respirer librement; le thermo- mèlre continua encore à monter jusqu'à 39,4 3 48 39,4 Alors le chien haletant; respiration rapide; la température baissa. 3 49 38,8 3 ."iO 38,6 La température resta fixe à ce point. On eut donc pour les oscillations de température le tableau comparatif suivant : Respiration Respiration libre. f;ènéo. 30,4 40,0 39.3 39,6 39,1 ,, INFLUENCES DIVERSES. 157 ïspirati gênée. 39,3 Respiration Respiration libre. gênée. 39,0 ' ' 39,4 38,8 i 38,6 / ^^^'^ On voit d'après les nombres que, à mesure que l'animal est plus fatigué par la durée de l'expérience, la température baisse d'une façon absolue, tant pour les maxima que pour les minima, mais que néanmoins ces indications extrêmes restent entre elles dans les mêmes rapports. On fit une seconde série d'observations à l'aide d'un thermomètre à mercure plus grand placé dans la veine jugulaire et plongé jusqu'au niveau de l'oreillette. 3 h. o7 m 39,2 fixe. (39,3 3 o8 On bouche les narines -J 39,4 (39,5 3 o9 On débouche le nez ; le Ihermo- ( 39,fi ■ ' ' mètre continue à monter encore, i 39,7 f 39 G 4 » Le chien devient haletant ; alors le 1 ^' thermomètre descend successive- < „",', ment à ^ 3^^^^ 4 1 39,2lfixe. 4 i On bouche le nez de nouveau ; le ( 39,4 thermomètre monte aussitôt à.. . . | 39,4 fixe. 4 5 On bouche encore le nez, le ther-l 39,6 momètre monte à ( 39,6 4 7 Le chien devient haletant; respira- tion rapide; le thermomètre des- \ cend à 39,4 On cessa les observations. 158 TEMPÉRATURE DU SANG. Voici les oscillations de cette série d'observa- tions : Rcspiratiou Kespiratiou libre. gênée. 39,2 39,7 39,2 39, (i 11 a semblé, dans cette série d'observations sur la veine, que l'élévation de température avait lieu aussitôt (ju'on bouchait le nez, tandis que, pourl'artèrejil y avait au premier moment un léger abaissement; l'élévation ne venait qu'un peu plus tard. Exp. (11 juillet 1856). —Sur un très-gros chien, en digestion, bien portant, on mit à découvert l'artère et la veine crurales du côté droit. On prit b's vaisseaux au-dessous des branches crurales profondes pour ne pas interrompre tout à fait la circuhition. On introduisit d'abord le thermomètre à nicool dans l'artère et on le poussa jusque dans le bassin (le nerl' crural était à découvert à côté des vaisseaux). On fit alors les expériences dans l'ordre suivant : 12 h. 30 m. Artère crurale, bout central 39,3 12 32 Arli're crurale, l'artc-re liée sur le llier- momctre , 39, i 12 39 Veine crurale, bout périphérique 38,.") 12 il Veine crurale, on lie la veine; bout cen- tral jusque dans le bassin 39,4 12 43 Veine crurale, en enfonçant aussi loin que possible dans la veine iliaque 39,5 12 47 On se remet dans l'arlére crurale 39,3 12 34 Alorson excile le nerf crural avec la pince électrique ; le cliien éprouve de la dou- leur et s'agile ; l'arlére crurale donne. 39,8 12 30 On cesse rexcitation, la chien se calme, le thermomètre descend à 39,6 INFLUENCES DIVERSES. 159 12 h. 57 m. On excite le chien en irritant par le nerf; le thermomC'tre monte 30,8 12 o9 On cesse l'excitation 39, (J On revient alors à la veine crurale : 1 3 Bout central de la veine iliaque 39, o I o On excite le nerf 39,6 1 8 On excite encore 39,8 On cesse l'excitation et la température re- tombe peu à peu à 39,6 On cessa aloi's l'observalion. Chez cet animal on fit encoi^e robservation qui est la suivante : on a noté que, lorsqu'on excitaitl'animal, qu'il se mouvait, s'agitait, il se manifestait une élévation de tempéi'alui'c qui était assez généi'alement de O^S. Cette augmentation de tempéi'atui'e ne se manifestait pas aussitôt, mais se montrait seulement vers la fin de l'ex- citation et continuait après que l'excitation avait cessé. Ensuite, la température revenait peu à peu à son point de départ; peut-être même restait-elle un peu supé- rieure. Exp. (15 juillet 1856). — Chien de taille moyenne, adulte et en digestion. On fit les observations avec le thermomètre à alcool. '? • ; : ■■ r^;' , -tiq ; ^ On pratiqua l'incision dans l'hypochondre droit sui- vant le procédé ordinaire; on attira le rein droit, et par la veine rénale le thermomètre fut introduit dans la veine cave inférieure. On observa les températures dans l'ordre suivant : 1 h. o7 m. V'eine cave inférieure, au-dessus des \ rénales, au niveau des veines sus- ( 40,4 hépatiques, circulation non inter- ( 40,5 rompue i jQQ TEMPÉRATURE DU SANG. ( 40,4 1 h. 58 m. Oscillations; pendant tout ce temps 40,3 le chien gémit , ) 40,4 l 40,3 ^ -^ç) 40,4 faible. 2 » On retire le thermomètre en bas jus- qu'au niveau du rein 30, .> Veine rénale . 39,4 Veine rénale (chien agité) 39,3 -2 I 39,4 Alors on lie la veine rénale d roi te et on prendraorleabdominale,parcequ'on n'apaspu entrer parTarlcre rénale. I 40,2 2 14 Aorte abdominale | 40,0 ( 40,2 I 40,3 2 i"y { 40,4 f 40,5 2 10 40,6 2 20 On revient par la veine rénale dans/ 40, o la veine cave au niveau des veines | 40,8 hépatiques ( 40,0 2 21 40,9 Alors le thermomètre se casse tians un mouvement (le l'animal. D'après les nombres qui précèdent, on voit qu'après la ligature de l'aorte la température a monté dans la veine cave. Alors, avec un autre thermomètre à alcool, on se place dans la veine porte. f 39,.-; 2 h. 32 m. \emc porte, sous le foie \ ' l 39,G ( 39,7 On comprime les parois du ventre.. | 39,8 ' 39,6 INFLUENCES DIVERSES. 161 / 30,8 2 h. 34 m. On cesse de comprimer I 39,6 1 39,C / 40,0 Alors on comprime de nouveau 40,2 \ 40,3 ( 40,2 On cesse la compression < 40,0 l 39,9 /39,3 i 39 9 L'animal respire très-rapidement; on j ' comprime ) ^^'^^ 40,3 ' 40,4 2 h. 32 m. Compression continuée. . ^ 40,3 40,6 (Il restera à vérifier dans d'autres expériences si la compression du ventre n'augmentera pas la tempéra- ture dans le cœur ou dans d'autres vaisseaux,) (On verra également si la ligature de l'aorte, des ca- rotides ou des artères brachiales agira de même.) !40,8 40,9 40,8 • , 40,9 2 37 41,0 ( 40,9 2 45 On revient à l'aorle 41,0 ( 40,9 Veine cave au niveau des veines hépa- tiques i 1 ,3 La veine n'est pas liée 41 ,4 ( il, a On comprime l'abdomen | ^ . . ( 41 2 h. 49 m. On cessela compression ^. 41,5 5'> D'après toutes ces expériences, il faudra donc recher- K. Liguiu. DE l'organ. — i, '1 162 TEMPERATURE DU SANG. cher si la ligature des vaisseaux et la compression des organes sont une cause d'élévation de la température dans toutes les parties du système circulatoire, ou bien si cette augmentation ne s'étend pas partout également. Nous aurons plus tard à examiner la température du sang dans les organes musculaires ou glandulaires à l'état de repos ou à l'étal fonctionnel. Ces recherches devront porter successivement sur chaque organe en particulier; et, à propos des sécrétions, nous examine* rons ces phénomènes dans les différentes glandes et dans le i-ein. •rai SEPTIEME LEÇON. 13 JANVIER 1858 SOMMAIRE : Phénomènes physiques de lach'culation. — De la pres- sion dans les voies circulatoires. — Moyens employés pour la mesu- rer. — Hémodynamométre. — Cardiomèf re. — Comparaison de ces deuxinslruments. — Pressionarlérielleet impulsion cardiaque.— La pression constante estnulle dans les ventricules. — Expériences. Messieurs, Jusqu'ici je vous ai entretenus de la température qui est une propriété importante du sang. Mais le sang doit se mouvoir pour remplir ses fonctions dans l'économie; et, à ce propos, il nous offre à considérer encore des phénomènesphysiques du plus haut intérêt. Nous voyons dans la fonclion circulatoire le mécanisme par lequel il se trouve mis en contact avec les organes, et les condi- tions dynamiques de ce contact. C'est à cet ordre de faits que nous passerons aujourd'hui; leur étude nous est nécessaire si nous voulons arriver à faire entrer dans l'explication des phénomènes de formation des liquides toutes les données qui peuvent conduire à leur con- naissance. Le sangj dans le système vasculaire, circule soumis à une certaine pression. La pression du sang a élé l'objet d'études multipliées et déjà fort aucienneSi Dans le siècle dernier, Haies jugeait delà pression du sang par la hauteur à laquelle ce liquide s'élevait dans un tube de verre verticalement appliqué sur une artère. On s'est peu écarté depuis de ce procédé qu'on a seule- 164 CIRCULATION DU SANG. ment perfectionné au point de vue instrumental, évitant à chaque modification quelqu'une des causes d'erreurs qui, dans l'expérience de Haies, enlevaient au résultat obtenu une partie de la précision qu'on en attendait. En 1828 furent publiées les expériences de M. Poi- seuille. L'instrument (fip^. 4) dont fait usage M. Poi- seuille est un tube à double courbure, dont le coude GKCDH est rempli de mercure. Une des branches ABde ce tube, coudée et horizontale, s'applique sur une ar- tère; l'autre, verticale HE, portant une graduation LM, communiqueavecl'air extérieur. On lit sur cette branche l'élévation de la colonne mercurielle, qui, ajoutée à sa dépression correspondante dans l'autre branche gra- duée RS, donne en hauteur de mercure la pression du sang dans le vaisseau .Cet instrument n'est donc pas autre chose qu'un manomètre à air libre traduisantla pression du sangdanslevaisseausurlequelilestappliqué. Laplus grande partie des observations que nous possédons sur la pi'ession du sang ont été faites avec cet appareil simple et d'un usage facile. Uneprécaution est toutefois nécessaire pour qu'il soit possible d'en faire usage; il est néces- saire de remplir d'une solution saturée de carbonate de soude la brandie sur laquelle se fixe l'artère; sans cela le sang se coagulerait et l'observation serait impossible. M. Poiseuille a trouvé ainsi que la pression sous la- quelle le sang circule dans le système artériel est me- surée par 150 millimètres de mercure environ; l'ob- servation donne des écarts quelquefois assez grands; ce chiffre n'est donc qu'une moyenne. Indépendamment des variations qu'elle éprouve lors- INSTRUMENTS HÉMOMÉTRIQUES. 165 qu'on passe d'une espèce à une autre espèce animale, ou même simplement d'un individu ù un autre, cette pression est modifiée par des variations en rapport avec diverses circonstances physiologiques :1a respiration, les efforts, l'impulsion cardiaque, etc. Pour aujourd'hui je ne veux que fixer vos idées sur la valeur des instruments dont ont fait usage les divers expérimen- tateurs. Nous retrouvons l'instrument de M. Poiseuille dans les appareils dont ont fait usage Ludwig, Volkmann, etc. C'est toujours essentiellement le manomètre à air libre de M. Poiseuille; la modification ne porte que sur le procédé de lecture, qui se trouve précisé par l'addi- tion à l'appareil d'un mécanisme enregistreurdonnantà chaque instant une représentation graphique de la hau- teur de la colonne. Dans la branche ouverte du mano- mètre, le mercure porte un flotteur de fer formant, avec une tige munie d'un pinceau ou d'un stylet, un système mobile qui suit les oscillations delà colonne mercurielle. L'extrémité du stylet est en rapport avec un cylindre animé d'un mouvement de rotation uniforme sur lequel elle enregistre la hauteur à observer. Il en résulte une ligne continue qui donne cette hauteur, et, par suite, la pression, pour chaque instant, de l'expé- rience, en traduisant aux yeux d'une façon nette et facilement intelligible la marche du phénomène. Dans le manomètre, tout le mercure employé étant déplacé à la fois, il en résulte des frottements con- sidérables, et la perte partielle d'une force qui doit d'abord mettre en mouvement une certaine masse de 166 CIRCULxVTlON DU SANG. mercure. 11 en résulte que, très-propre à accuser une pression conslanie, cet appareil ne traduit qu'aveclen- teur et dil'liculté les variations qui peuvent survenir dans l'intensité do cette pression. Le cardiomètre (fig. 5) n'ofîreplus le même incon- vénient; le mercure y remplit un flacon d'un diamètre très-large, et recevant par le tube latéral c, plein d'une solution saturéedecarbouate B (1) Cet instrumeiil esl un tube de verre présentant une base horizontale AB, une branche \erlicale descendante BC, el une IroisiL'mebranch.e ascendante DE. courbée de manière à offrir en B un quart de cercle, cl en CD un demi-cercle. Quand on met du mercure danslaparlie GCDII,le tube étant Y ffi] dansuneposilion verticale, IcsniveauxGet 11 du mercure sont à la même hauteur dans les deux branches. Si le sang s'introduit danslaparlie ABGpar l'orifice A, abouché à une artère, il pressera sur la surface Cdu mercure; le métal sera déprimé dans la branche BCde G en K,par exemple lorsqu'il s'élèvera dans la branche DE en I. Or, d'a- Yif^ u{) " I près les lois de l'hydrostatique, la force to- tale avec laquelle le sang se meut dans l'ar- tère sera mes urée par le iiûidsd'uucylindre de mercure dont la base est un cercle qui a pour diamètre celui de l'arlèie, et dont la différence est la hau- teur llv desdeux niveaux de mercure, déduction faite de la hauteur de la petite colonne de métal qui peut faire équilibre à la coloniu! sanguine BK. Pour [jrévenirla coagulation du sang au moment de sa pénétration dansla branche horizontale, celte partie du tube eslrem- plie avant rinlroduclion du mercure d'une dissolulidu de sous-car- bonate de soude (| ni a la pro] nié lé de main tenir l'état liquide du sang. INSTRUMENTS HÉMOMÉTRIQUES. 167 •de soude, la pression du sang- artériel. Lorsqu'on applique le tube c à une artère, on voit le mercure monter dans le tube ma- nométrique T, et, arrivé à une certaine hauteur, y éprouver des oscillations bien marquées et iso- chrones aux pulsations (I) Lecurdiomùtre se compose d'un flacon en verre épais etso- lide.Ce flacon esllraverséparun tube en fer solidement scellé. Ce tube porte une ouverture en T par laquelle entre le mercure qui remplit le flacon de verre. Une extrémité du tubedefer est bouchée, l'autre sort du flacon et se recourbe en haut de ma- nière à recevoir en n' un tube en verre T qui est gradué, et qui a tout au plus 2 cà 3 milli- mètres de diamètre intérieur. Pur sa partie supérieure, le flacon est fermé hermétiquement par un bouchon percé d'un tube t de verre ou de fer, au bout duquel se trouve ajusté un tube en métal c, destiné à entrer dans le vaisseau dans lequel on veut me- surer la pression. Le tube C est réuni au tube T par un tube de caoutchouc vulcanisé c qui esftrès-court. Quand l'instrument est en action, toute la portion supérieure de l'appareil Cet est remplie de carbonate de soude pour empêcher la coagulation du sang. Le niveau du mercure est en n dans le flacon, et n' en dehors. Ce niveau correspond au zéro, et quand le sang presse sur la surface mercurielle m du mercure, la pression se communique par l'ouverture T du tube en fer, et le mercure monte dans le tube en verre gradué. La longueur du tube T doit aller jusqu'à 250 pour les fortes pressions. 168 CIRCULATION DU SANG, y cardiaques. Ces oscillations, qui répondent aux con-. tractions du cœur, sont très-marquées dans cet instru- ment, qui est éminemment propre à les mettre en évi- dence; de là le nom de cardiomètre que nous devons lui donner. Nous l'avons expérimenté à ce point de vue comparativement avec le manomètre ordinaire. Les résultats obtenus offrent des différences fort remar- quables. Ainsi, on avait appliqué sur le bout central de l'artère carotide d'un cbien rbémodynamomètre de M. Poiseuille; le mercure monta dans le tube, puis se mit à osciller; l'examen des points extrêmes de sa course donna pour : - : - , ^ Pression maximum liO millimètres. Et pour pression minimum 134 — Difîérence représentant la pulsation 12 — Sur la même artère on appliqua aussitôt après le car- diomètre donl le diamètre du tube était le môme, et on trouva l'animal calme comme piécédemment : ' Maximum I7i millimètres. ;,. Minimum 1 30 nillereace TT _ En comparant ces résultats, on voit immédiatement que la pression minimum, c'est-à-dire que la pression constanle du sang dans les artères, est accusée sen- siblement la même dans les deux appareils; mais il n'en est plus de même de la poussée intermittente imprimée par la pulsation cardiaque à la colonne licjuide ; tandis que rbémodynamomètre indique une impulsion de 12 millimètres seulement, l'appareil cardiométrique en donne 44. C'est donc au cardiomètre qu'on devra re- INSTRUMENTS HÉMOMÉTRIQUES, 169 courir lorsqu'on voudra juger de l'intensité des modi- fications qui surviennent brusquement dans la pression cardiaque. Voici, du reste, des expériences qui ont été faites dans le but de comparer le cardiomètre avec un hémodyna-^ momètre du même diamètre. On verra par cette compa- raisonquelapression constante est accusée sensiblement la même dans les deux instruments, tandis que la pul- sation est presque triple en étendue dans le cardiomètre. COMPARAISON DES INDICATIONS DE l'hÉMODYNAMOMÈTRE ET DU CARDIOMÈTRE. I. Comparaison de la pression. 11. Comparaison des oscillations. HÉM03YNAM0MÈTRE. CARDIÛMÈTRE. IIÉMODYNAMÛMÈTRE. CARDIOMÈTRE millimètres. millimètres. millimètres. millimètres. 1 1 ,04 1 2,8 5 5,2 5 14,0 10 10,4 6 16,8 15 10,6 7 19,6 20 20,8 8 22,4 2o 26 9 25,2 30 31,2 10 28,0 40 41,6 15 42,0 50 52,0 20 56,0 60 62,4 25 70,0 70 72,8 30 84,0 80 83,2 35 » 90 93,6 40 112,0 100 104,0 50 140,0 105 109,2 60 168,0 110 114,4 70 196,0 120 124,8 80 224,0 140 145,6 100 280,0 150 156,0 155 161,-i 160 166,4 165 171,6 170 176,8 180 187,2 190 197,2 200 208,0 17(1 • CIRCULATION DU SANG. '! Nous devons donc dès à présent distinguer deux phé- nomènes dans le fait de la pression à laquelle est soumis le sani? dans le système artériel : une pression à peu près constante et des oscillations inconstantes ; la pres- sion constante étant le fait de l'élasticité et de la résis- tance des parois artérielles, les oscillations variables traduisant l'impulsion du cœur. Il est important de bien distinguer les phénomènes et de se mettre à même de les étudier séparément, parce qu'ils ne sont pas liés dans leurs variations par un rapport constant; le pre- mier paraît surtout mécanique; le second est essentiel- lement physiologique. Mais un exemple vous fera mieux saisir la nature des rapports de ces deux phénomènes et la nécessité de les envisager isolément. M. Poiseuille avait pensé «/>n>>/'i que la pression devait varier chez les animaux de volume difTérent, et être en rapport avec leur taille. Ayant fait faire, pour expéri- menter sur deschiens, un appareil du volumedecelui-ci (fig. 4), il crut devoir, se disposant à expérimenter sur des chevaux, faire construire un appareil beaucoup plus grand. Mais l'essai montra que cet appareil nouveau était inutile, celui qui servait pour les chiens étant suffisant; la différence sigrandoqu'onavaitsupposéen'existaitpas. H y a cependant une différence entre la pression du sang chez les animaux de grande et de petite taille, dif- férence qu'il sera facile de saisir maintenant que nous distinguons deux phénomènes dans les pressions qui peuvent être indiquées par le manomètre. Dans ses observations, M. Poiseuille prenait la moyenne entre l'indication maximum et l'Indication minimum; cette INSTRUMENTS HÉMOMÉTRIQUES. 171 moyenne, nous l'avons dit, différait peu de la hauteur minimum en raison du peu d'aptitude de l'instrument à indiquer les variations brusques de pressions. Mais là où M. Poiseuille n'a cru devoir noter qu'une pression, le cardiomètre en accusera deux, l'une fixe, l'autre mo- bile; la première sensiblement égale chez les animaux, la seconde variant d'un animal à un autre en raison d'une foule de conditions, parmi lesquelles il faut te- nir grand compte de la taille. L'appareil cardiométri- que est donc un grand perfectionnement dans les moyens d'observation. Nous venons de voir dans l'appareil circulatoire un système clos dans lequel un liquide se meut dans des tuyaux élastiques, les artères suivant des lois physiques incessamment modifiées dans leur manifestation par l'iofluence des mouvements du cœur, influence qui vient à chaque instant en changer les conditions. 11 en est d'ailleurs ainsi de tous les appareils organiques qui cccomplissent des actes chimiques ou physiques, mais dans lesquels ces actes sont incessamment mobiles en raison des changements que l'élément nerveux apporte à chaque instant dans les conditions mécaniques de leur production. 11 y a donc là, dans tout acte physiolo- gique, deux éléments dont il faut tenir compte si l'on veut arriver à une saine interprétation des faits. Nous avons vu que les organes qui constituent l'ap- pareil chargé de porter le sang à toutes les parties du coi'ps étaient les artères, tubes élastiques, capables d'une certaine résistance à la distension, et le creur, organe musculaire, actif. Aux artères appartient le rôle 172 ClRCIJLATrON DU SANG. plus spécialement mécanique; au cœur, le rôle physio- loiiique, bien qu'il manifeste aussi son activité par des actes mécaniques. Ces deux conditions, l'une physique, fixe, l'autre physiologique, mobile, peuvent, comme vous l'avez vu, être distinguées et étudiées séparément lorsqu'on fait usage d'un appareil approprié à ce genre d'observations. On voit alors une pression minimum fixe, répondant à la résistance élastique des parois ar- térielles, et un maximum répondant à la pression que vient y ajouter la contraction physiologique du cœur. J'ai insisté sur la nécessité de tenir compte séparément de ces deux états, parce qu'ils ne varient pas dans le même sens. C'est ainsi qu'étudiant la pression dans diverses espèces anitnales, nous avons vu varier les os- cillations suivant la grosseur des animaux ou l'éloigné - ment du cœur, tandis que la pression minimum ne va- riait que dans des limites très-étroites. Voici des chiffres obtenus avec le cardiomètre, qui nous en donnent une nouvelle preuve : Jliuimuni. Maximum. DilKrence. Carotide d'un cheval Iio 175 65 — d'un diicn 103 llu 12 — d'un lapin !i;i 100 :j Lesminimaà peu près semblables ne sont pas en rap- port avec la taille des animaux; mais les différences des oscillations 65, 12, 5, représentent assez bien les rap- ports de taille des animaux. Examinons donc aujourd'hui ce que deviennent ces deux éléments de la pression artérielle lorsqu'on les suit dans les différentes parties de l'appareil circulatoire. l'^l d'abord la pression fixe, pression artérielle, PRESSIONS ARTÉRIELLE ET CARDIAQUE. 173 n'existe que dans les artères. Si l'on prend la pression du sang dans l'artère ou dans le ventricule du cœur, on a des résultats tout différents. Nous avons \u le mercure du cardiomètre appliqué sur une artère s'élever immé- diatement à une certaine hauteur, puis y osciller sans jamais retomber à son point de départ, c'est-à-dire au zéro de l'instrument. Les choses ne se passent plus de même lorsqu'on prend la pression dans le cœur à l'aide d'une sonde introduite dans le ventricule droit ou gau- che ; on trouve que le maximum d'élévation est très- sensiblement uniforme ; mais il n'est plus décomposa- bleen deux pressions de nature différente ; il appartient tout entier à la pulsation et le mercure retombe après chaque oscillation à son point de départ, c'est-à-dire au zéro de l'instrument. L'oscillation est dans ce cas plus forte, parce que la transmission n'apas àvaincre la résistance que luioppose dans les artères la tension du système. Dansle cœur il n'y a donc pas de pression constante ; si dans quelques cir- constances le mercure ne retombe pas au zéro de l'instru- ment à chaque oscillation, cela tient à leur rapidité et à ce qu'une impulsion nouvelle vient le faire monter avant que l'effet de l'impulsion précédente soit épuisé. Mais chez les gros animaux dont les pulsations sont plus rares , chez les chevaux par exemple, le mercure a tou- jours le temps de retomber. On constate donc très-net- tement chez eux la différence qu'offre la pression envi- sagée dans le système artériel et dans le cœur. Dans le système artériel, la pression reconnaît deux éléments, l'un fixe, l'autre mobile, en rapport avec l'impulsion 174 CIRCtJLATION DU SANG. cardiaque; dans le cœur cette dernière force se ren- contre seule et se manifeste au manomètre avec toute son intensité. C'est ce que prouve l'expérience suivante : Exp. (1 2 novembre 1847). — Sur un chiend'une taille un peu au-dessus de la moyenne, à jeun, on introduisit dans le ventricule droit un tube de verre qui communi- quait avec le cardiomètre. On obtint ainsi l'impulsion du ventricule sans pression constante. Cette impulsion était forte, plus forte que la pulsation artérielle. Cette pulsation était excessivement sèche et brusque, tandis que la pulsation des artères est ondulante et souple. Le cardiomètre donna les indications suivantes : Min. Max. — (iO — .Kl (» — fO — (■>;; — (;;; — (i(» (t — î(i — (10 Mil). M;ix, — 4;i — :;;; — m (t — (i;; (» — (iii (» — 70 (t — (iO Après chaque pulsation le manomètre retombait. comme on le voit, à 0. On observait très-peu de petiles pulsations ; cependant on en voyait qui étaient quelque- fois assez difticiles à caractériser. On avait parfois la succession suivante : Mill. .M:i\. l'ulsa. Kl ;V 77 = (w ■j(» à ;;(i = 30 10 il 70 = Xy a 70 ~ 70 A l'autopsie de l'animal on trouva que le ventricule avait été blessé par le bout du tube, d'où était résulté l'épanchement d'une petite quantité de sang dans le péricarde* PRESSIONS ARTÉRIELLE ET CARDIAQUE. 175 Voici maintenant quelques expériences qui ont été faites comparativement avec le manomètre et le cardio- mètre, expériences dans lesquelles on peut vérifier ce qui a été avancé précédemment, c'est-à-dire que les im- pulsions cardiaques sont distinctes de la pression constante artérielle dans les indications du cardiomètre où elles peuvent facilement être étudiées. Exp. (15 octobre 1847). — Sur un chien déjà opéré le 12 octobre 1847, on appliqua d'abord au bout central de l'artère carotide droite l'hémodynamomètre. On ob- tint une oscillation entre 70 m. et 75 m., l'animal étant calme; ce qui représentait des pressions de 140 à 150 m, m. Les pulsations n'étaient que de 2 à 3 m. m. dans chaque branche, soit, en tout, de 4 à 6 millimètres. Sur le même bout artériel on appliqua ensuite le car- diomètre et on obtint ce qui suit : 10 Minimum. no Maximum. 140 Pulsations. 50 '1° 100 loO, IfiO, 1 70 oO, 10, 10 3° !•;; 100 7.') 40 00 loi) 10 0° y:j 140 4u fi» 00 loO fiO Jusqu'alors l'animal avait toujours été calme. Il avait 20 respirations et 108 pulsations par minute. On eut, quand il commença à gémir et à faire des efforts : 7" 120 150 30 8" 120 140 30 (»» 1 -20 150 30 1 0» ii:; 145 30 11" ilO 145 35 120 120 150 30 13° 10:; 140 35 76 GIHCULATION DU SANG. Alors l'animal, devenu un peu plus calme, on eut : J 4° io;i 150 45 lii» lo;; 140 . .,, , ,3S,<,. l(i» 110 130 40 17° KM) 145 ' ' ' '4à > '•^•■' Des indications précédentes il résulte : l* Quel'animal étant calme, l'impulsion cardiaqueest plus forte et qu'elle diminue pendant les cris ou lesefforts en même temps que la pression conslante augmente. 2° On voit aussi que l'hémodynomamètre et le car- diomètre ont donné des résultats très -différents. Avec le cardiomètre, on a obtenu, pour la pression artérielle, de 90 à 100, l'animal étant calme; et, pour les pulsations, 10 à 50. Avecriiémodynomomètre, les pulsations cardiaques et la pression artérielle étaient à peu près confondues dans une même indication. Après les observations qui précèdent, on laissa le cardiomètre en place sur l'artère carotide et on saigna l'animal à la veine jugulaire droite. Pendant l'écoule- ment de la saignée, qui dura environ dix minutes, on fit les observations suivantes : iVIininiiiiii. MHxiiiiiuii. PulsiUioliS 1° 110 140 30 2» 105 14a 40 3» 110 140 30 4» 110 140 30 5° 110 13;; 25 60 110 130 20 70 110 125 10 8» lO.i 1 1 ;; 10 9» MO 11;; 5 10° 9o 100 5 11° 90 1 00 10 12» 80 90 10 13» 80 90 10 14» 8H 90 5 PRESSIONS ARTÉRIELLE ET CARDIAQUE. 177 Pendant tout ce temps, l'animal était resté calme ; mais pendant la saignée, les respirations s'étaient accé- lérées peu à peu et étaient arrivées au nombre de 66 par minute. Alors on arrêta la saignée ; les respirations devinrent moins fréquentes, à mesureque l'animal revenait à lui; elles descendirent au chiffre de 24, et les pulsations à 140 par minute. L'animal était affaibli; le cardiomètre était toujours en place, et voici ce qu'on observa après l'arrêt de la saignée : [iiiinnim. Maximum. Pul sations, 100 liO 10 110 ii:j 5 105 115 10 110 120 10 110 125 lo A mesure que l'animal se rétablissait de l'affaiblisse- ment dû à à la saignée, la pression cardiaque devenait plus énergique. Elle resta quelquefois inférieure à ce qu'elle était avant. Le 9 novembre, sur le même animal, on découvrit les racines rachidiennes lombaires. Après l'opération, on appliqua le cardiomètre à l'ar- tèro crurale et on obtint : Minimum. Maximum. Pulsations. ''y 100 120 20 . . . 100 115 15 Alors on constata la sensibilité récurrente dans la septième racine lombaire antérieure; puis on coupa la racine postérieure correspondante ; après quoi le pin- cement de la racine antérieure ne donnait aucune varia- tion dans les indications de l'instrument, ni aucune manifestation de douleur de la part de l'animal. B. LiQUID. DE l'ORGAN. — I. 12 nS CIRCULATION DU SANG. On attendit environ nne demi-tieure pour laisser reposer l'animal, et on examina de nouveau la racine antérieure, qui ne donna encore aucune indication à l'instrument. Exp. — Sur un lapin on appliqua le cardiomètre à l'artère carotide et on obtint : Pression minimum. Maximum. o;i 100 Ce qui donna 5 millimètres d'oscillation. Exp. — Sur un chien, on appliqua à la carotide gauche le môme instrument, muni de la même embou- chure dont la lumière avait environ 1 milimètre de diamètre. On obtint : Pression miniamm. Maximum. 110 105 Ce qui donne 55 millimètres d'oscillation. Cette difFèrence de 55 millimètres n'est pas cons- tituée par une seule pulsation, parce que chez le chien les oscillations du pouls sont très-irrégulières. Voici ce qu'on observait : 11 y avait de petites pulsations qui faisaient monter la colonne de 7 àlOmilliniMres, etensuitede grandes pul- sationsquiarrivaientd'unemanièreintermittente et fai- saient monter d'un coup lacolonnede 55 millimètres. Par l'addition successivedecespulsations, l'élévation du mer- cure ari'ivajusqu'à 190, pour ensuite redescendre à 135. On lia la carotide droite pendant que l'instrument était appliqué à la carotide gauche, et on eut : Miuinuim. Maximum. Ki;; 200 Toutefois, ou voit ici que, si la pression a augmenté PRESSI0>'S AUTÉniELLE ET CARDIAQUE. 179 d'une manière absolue, la pression mobile avait dimi- nué, car elle ne montait pas au delà de 85 millimètres, et on voyait alors les petites pulsations marquer seu- lement 6à 7 millimètres, tandis que les grandes pul- sations n'étaient plus que de 20 millimètres. On délia ensuite la carotide droite et la pression redevint exactement ce qu'elle était auparavant. On aspira ensuite par la carotide droile, à l'aide d'une seringue, de 80 à 100 grammes de sang artériel, le cardiomètre étant toujours en place. La pression se trouva diminuée et on obtint : Miuiimim. Maximum. 110 13o On voit ici que tout a diminué, pression constante et pulsation. On observa alors quelespeti tes pulsations ont surtout diminué; elles ne sont plus que de 2 à 3 millimètres. Sans avoir quitté l'artère carotide droite, on y repousse alors le sang qu'on avait aspiré avec la seringue. Par cette injection la pression augmente et on trouve : Jliaimum. Maximum. 140 190 ; . L'oscillation est donc de 50. La réintroduction du sang, quoiqu'elle ait été faite lentement, a été nuisible à l'animal. Quelques instants après, il a été trouvé dans un état très-grave. Cepen- dant, à l'autopsie, il n'y avait pas d'ecchymose dans le tissu du cœur, comme cela a été observé dans cer- tains autres cas analogues. Exp. (15 septembre 1817). — Sur un chien de taille 180 CIRCULATION DU SANG. moyenne on appliqua le cardiomctre à la carotide gauche et on obtint : Minimum : 95, se montrant toutes les fois qu'après quelques petites pulsations il y avait intermittence. Maximum : 140 à 150, produit par pulsations grandes et petites. Voici, à ce propos, ce qu'on observait : aussitôt après l'intermittence, l'instrument donnant l'indication la plus basse, 95, il y avait une grande pulsation qui mon- tait de 95 à 130, puis deux ou trois petites pulsations qui se succédaient, ayant, les premières, de 8 à 10, les secondes, 4 à G millimètres. Pendant toute celte observation, l'animal était très- calme, et, dans ces conditions, on ne constatait pas de variation du pouls en rapport avec la respiration; mais l'animal s'élant mis à gémir, la pression constante monta à 130, et elle montait d'autant plus haut que le gémis- sement (expiration) était plus prolongé. A ce moment, pendant l'expiration, on ne voyait plusles grandes pul- sations précédemment notées ; il n'y en avait plus que des petites de 8 millimèlres environ. Alors on comprima l'artère carotide droite et on obtint : Minimum. Maximum. 130 150 L'animal faisant des efforts, le maximum monta de \ 50 à 100 ; et on voyait alors très-bien la colonne mer- • iiriellc baisser dans l'inspiration tandis qu'elle mon- tait dans l'expiration. On appliqua le cardiomètre, toujours muni du même PRESSIONS ARTÉRIELLE ET CARDIAQUE. 181 tube, d'environ 1 millimètre de diamètre intérieur, à l'artère crurale gauche, l'artère carotide du même côté ayant été liée. On obtint : . ; ' I' ' Miiiimiim. Maximum. !^:" i 12;; i:](j On comprima la carotide droite et on eut de 140 à 160. On tira une seringue de sang par la carotide gauche et on eut un abaissement: iMiiiimum. Maximum. lO.J ■ 130 On réintroduisit lentement le sang et la pression re- monta à 140 millimètres comme maximum. L'artère ayant été lâchée, l'animal perdit beaucoup de sang et la pression constante descendit à 30 milli- mètres, puis remonta peu à peu à 50 et 60, oîi elle se maintint. Alors les pulsations devinrent plus grandes et elles étaient toutes égales; de 10 millimètres environ. On appliqua l'instrumenta la carotide droite, et la pression se comporta sensiblement de même. L'animal ne paraissait pas malade \ers la fin de l'ex- périence, quoiqu'on lui eût réinjecté du sang. Cela tiendrait-il à la saignée ? Nous ajouterons encore ici quelques expériences relatives à l'influence que peut avoir sur les résultats hémométriques le diamètre des tubes employés. Exp. (13 octobre 1847). — Sur un chien de taille moyenne, à peu près à jeun, on appliqua le cardio- mètre au bout central de la carotide et on obtint les résultats suivants : niiuimuiii. ■■ ■' ' ■ 140 182 CIRCULATION UU SANG. Puis, élévation d'un seul coup à 180 millimètres, c'ew;t_à-clire en une seule pulsation : 40 millimètres. La colonne retombait à 1 40 et remontait de même à 1 80. L'animal était calme et avait28 respirations par minute. Quelquefois arrivaient de petites pulsations de 10 millimètres, qui venaient se surajouter aux grandes pulsations en produisant l'etfet suivant : Ou avait d'abord : 1° 140 millimètres. Point de départ ; 2" 180 millimètres d'un seul coup, par l'efTet d'une pulsation de 40 millimètres; 3° 190 millimètres, c'est-à-dire pulsations de 10 mil- limètres; 4'^ 200 millimètres, nouvelle pulsation de 10 milli- mètres. Alors la colonne retombait tout d'un coup à 1 40 mil- limètres, c'est-à-dire à la pression minimun constante, tandis que les 40--|-10+10, qui s'étaient ajoutés suc- cessivement à celte pressioLi, étaient dus à l'impulsion cardiaque. Les résultats précédents lurent constatés un grand nombre de fois, l'animal étant cahne. Après cela on appliqua le cardiomètre au bout péri- phérique de la même artèie carotide. On obtint : I" 1 1(1 millimètres. 1 3° l'.!;; millimètre?. ■1" rjo — I i" i:io — Cette succession est ici produite d'abord par une pul- sation de 10 millimètres, puis [)ar deux pulsations de 5 millimètres, qui ont fait monter successivement la colouuemercuriellc de 1 10 à 130. Après quoi la co- PRESSIONS ARTÉRIELLE ET CARDIAQUE. 183 lonnemercurielle retombaità HO, qui était son point de départ. Il arrivait quelquefois cependant que la colonne mercurielleneretombaitpasjusqu'à 1 10, mais seulement à 120 ou 115, d'où elle remontait ensuite par le fait d'une ou deux pulsations qui survenaient à ce moment. Voici d'ailleurs des chiffres observés à ce sujet : oint de départ. Tiilsat ous successives. 110 120 125 130 110 120 12o 130 120 130 13o » 116 120 12o 130 110 h;; 120 1 2 a 110 ii:; » >: Alors on ouvrit le canal vertébral de ce chien, et, comme nous l'avons dit ailleurs, les phénomènes de la pression furent troublés et on n'avait plus que 110 comme pression artérielle dans le bout central. Des pulsations très-faibles la faisaient seulement monter à 112, 114. Exp. (28 septembre 1847). — Un cheval, à l'absti- nence d'eau depuis plusieurs jours, ayant bu avant l'expérience 29 kilogrammes d'eau froide, fut pris d'un tremblement général qui tenait sans doute au refroidissement produit par l'eau ingérée. Ce cheval fut abattu sur la paille et couché sur le côté droit. L'artère carotide gauche fut mise à décou- vert dans le milieu du cou, et elle possédait dans cette région un assez grand nombre de branches collatérales delà grosseur d'une plume de corbeau. On fit avec le cardiumètre les observations suivantes : 1° On appliqua le cardiomètre, muni d'un tube ayant 184 CIRCULATION DU SANG. 1 millimètre de diamètre intérieur, sur un petit rameau collatéral delà carotide et on obtint: .Aliuimiim. Maximum. Dilférence. i:{:{ 170 37 130 170 40 Dans cette observation la carotide n'était pas liée. 2'' On appliqua le même tube sur le tronc même de la carotide liée, et on obtint : Minimum. Maximum. Différence. 130 170 40 L'animal étant toujours très-calme. L'animal fit subitement un effort pendant lequel le mercure monta successivement à 140, 130, 160, 200. 3" L'animal s'étant calmé, on appliqua sur la même carotide le cardiomètre, muni cette fois d'un tube de 1 centimètre de diamètre. On eut : Minimum. Maximum. 130 180 L'animal fit alors un effort, et le mercure monta subitement à 240. Alors on appliqua le même tube sur le bout supé- rieur de l'artère divisée, et on obtint, Tanimal étant calme, la série d'observations suivantes : Minimum. 1 10 Maximum. 135 Pu satious. 25 110 140 30 110 150 40 110 140 30 110 140 30 110 loO 40 Au point minimum, on remarquaittoujours, au mo- ment delà chute de la colonne mercurielle, une petite oscillation de 3 à 4 millimètres, due sans doute à la PRESSIONS ARTÉRIELLE ET CARDIAQUE. 185 réaction passive des parois artérielles, perceptibles chez le cheval à cause de la lenteur du pouls. Il sem- blait, en efTet, au doigt, y avoir un doublechoc quand on palpait l'artère carotide. i" On appliqua au bout inférieur de la même caro- tide gauche un tube de 6 millimètres de diamètre in- térieur, et on obtint : Jlinimiiiii. Maximum. Pulsations 130 180 56 130 190 60 iâo 188 50 130 190 60 130 100 30 130 180 50 L'animal était calme et donnait 42 pulsations à la minute. 6^ Le même tube, de 6 millimètres de diamètre, fut replacé dans le bout inférieur de l'artère carotide. L'animal fit de violents efforts et le mercure monta jusqu'à 230 millimètres, puis se maintint. iuimum. Maximum. Pulsations. 160 180 20 160 180 20 160 170 10 Ce qui prouverait qu'après un violent effort, la pres- sion constante setrouverait plus élevée sansquetoutefois lemaximum fût porté plus haut, d'oii résulte nécessaire- ment une diminution delà pulsation. On pourrait con- clure de là que les efforts augmentent la pression con- stante et diminuent la pulsation. A ce moment un violent effort survint de nouveau; le mercure monta à_ 210; puis, aussitôt après l'effort, il descendit à 160. C:,VjHi([ -■■■ --'-v'"'-:- f/r>'\ 186 CIRCULATION DU SANG. 1" Le même tube, loiijoursde6 millimètres, fut placé sur le bout périphérique de la veine jugulaire gauche. Ou arriva à une pression fixe de 40 millimèlros, l'ani- mal étant calme. L'animal faisant un effort, la colonne monta à 90. (Chez le cheval, on avait la sensation au doigt d'une double pulsation.) E.rjK (26 janvier 1854). — Sur un chien atfaibli par diverses expériences, on découvrit l'artère carotide gauche et on y appliqua deux manomètres unis par une embouchure commune en communication avec l'artère. L'un des tubes manométriques avait 3 millimètres, l'autre 1 7 millimètres de diamètre intérieur. Tous deux renfermaient du mercure, s'élevant, dans les deux, à la même hauteur. Les deux tubes manométriques étani soudés l'un à l'autre, on pouvait facilement observer comparativement l'élévation et l'abaissement des co- lonnes mercurielles. 11 fut facile d'observer que la hauteur était de 130 millimètres, et exactement la môme dans les deux branches d'inégal diamètre. Les pulsations mêmes, qui n'étaient que Animal un peu plus calme, 45 ) Alors, laissant le cardiomètre appliquée l'artère, on lit à l'animal une saignée de 100 grammes environ h la Obspi'v. Minimum. Maxiiiiuiii 1 90 140 2 100 150( 3 95 1 fiO 4 90 i 00 5 93 140 6 90 150 7 120 150 8 110 140 9 120 150 10 113 145 11 110 145 12 120 150 13 lOo 140 15 103 140 16 110 150 17 100 145 DANS LES ARTÈRES. 197 veine jugulaire di'oite. Pendant cette saignée, quiduraà peuprèsquinzeminuteSjOnfitlesobservationssuivanles: bserv. Minimum. Maximum. Pulsations. 1 110 140 30 1 2 103 143 40 3 110 140 30 4 110 140 30 , S 110 133 23/, 6 110 130 20f' 7 110 123 13 f 10; 8 105 115 9 110 113 n 10 9o 100 \ 11 90 100 10 \ 12 80 00 10 13 80 90 10 14 83 90 L'animal est calme; la res- piration s'accélère, et l'on compte 66 respira- tions par minute pen- dant la saignée. Minimum. Maximum. Pulsation 100 110 10 \ ilO 113 5 i 103 113 10 > 110 120 10 \ 110 123 13 J On arrêta la saignée, qni avait donné 100 grammes de sang. L'animal était affaibli. Le cardiomètre étant toujours en place, on obtint après cette saignée : IS. Aussitôt après la saignée, il y a 24 respirations par minute, et 140 pulsations dans le même temps. En revenant un peu de son affaiblissement dû à la saignée, l'animal reprit donc des forces, se réveilla, etson cœur battit avec son énergie habituelle ; mais si hi pres- sion artérielle était revenue à 1 10, la pression cardiaque avait diminué, et les oscillations qui correspondent aux pulsations étaient encore plus petites qu'avant. E.rp. (27 octobre 1847). — Sur un chien adulte, de taille moyenne, vigoureux, en digestion, on appliqua le cardiomètre sur le bout central de la carotide gauche 198 PRESSION DU SANG (danslopérationlevaguedroitavaitétépincc); on obtint: Minimum. Maximum. Pu salions. lo liO 150 10 l.iO k;;; 15 i:;o loO 10 14(t 1 ;;:i 15 Ki.) 170 5 Pendant tout ce temps l'animal poussait des gémis- sements. On lia la carotide du côté opposé et l'on obtint : Minimum. Jhixinium. Pulsations 190 •200 10 180 190 10 190 200 10 180 190 10 Alors, l'instrument étant toujours en place, on lit par la carotide droite une aspiration de sang artériel à l'aide d'une seringue. On vit, pendant cette soustraction, la colonne mer- curiclle baisser : 140, 13;;, 130, 12;;. et les pulsations devinrent à peine appréciables. Puis on léinjecta le sang soustrait par la seringue; pendant l'injection, la pression resta fixe à 150, sans aucune apparence de pulsation. Puis, aussitôt après que l'injection eut été faite, les pulsations commencèrent à se manilester, et la colonne oscilla aloi's entre 100 et 180 millimètres. Toutefois, cette oscillation était pro- duite par une série de petites pulsations qui n'avaient pas plus de 4 à 5 millimètres chacune. Au moment de la réintroduction du sang, l'animal manifesta une grande agitation. Alors on aspira de I DANS LES ARTÈRES. 199 nouveau deux pleines seringues de sang artériel, que l'on enleva à l'animal; pendant la soustraction de la deuxième seringue, la pression baissa successivement: ItiO, loO, lio, JiO, 130, 12o, 100, !)■), 00, 80, (10, 50, ili. Les pulsations étaient devenues à peine appréciables. Quelques instants après cette soustraction de sang, l'animal était toujours très-affaibli; mais la colonne mer- curielle oscillait entre 80 et 100, par une série de petites pulsations qui n'avaient pas plus de 2 à 3 millimètres chacune. Maintenant, Messieurs, nous avons à vous signaler encore quelques expériences relatives à des moditica- tions de circulation qui peuvent survenir dans le cœur sous diverses influences. Lorsque sur un chien on vient, avec une sonde in- troduitejusquedansle ventricule droit, àaspirer le sang de ce ventricule, on peut amener la syncope, et même la mort peut être produite ainsi très-facilement chez les lapins. 11 suffit pour cela d'aspirer à un lapin de taille moyenne (1 kilogr), 60 grammes de sang pour amener la mort. La respiration s'accélère quand la soustraction du sang commence à être notable, et il est probable alors que, si un instrument hémométrique était appli- qué sur une artère, on verrait la pression baisser consi- dérablement à ce moment. Quand on fait mourir ainsi les animaux par hémorrhagie, il survient des convul- sions dans les membres paralysés. C'est un fait que j'ai observé depuis bien longtemps, et que j'ai constamment retrouvé. Le fait a lieu non-seulement quand on aspire 200 PRESSION DU SANG le sang avec une seringue, et quand on en a aspiré une quanlilé qui doit être dans un rapport constant avec la quantité totale du sang de l'animal ; mais le même phé- nomène s'observe aussi quand on faitpérir l'animal par liémorrhagie en ouvrant les vaisseaux, comme le mon- tre l'expérience suivante: Exp. (25 décembre 1844). — Sur un chien j'ai coupé la moelle épinière dans la région dorsale, ce qui détermina la paralysie du train postérieur. Le lendemain, l'animal fut tué par hémorrhagie. Au moment de la morl, il veut émission abondante d'urine et mouvements très-forts dans le train postérieur, au- dessous de la section de la moelle. Lorsqu'on applique, chez l'animal récemment mort, une seringue sur l'artère pulmonaire, de manière à aspirer le sang du ventricule droit, on voit que l'aspira- tion se prolonge au loin dans les veines. 11 en est de même lorsque le poumon se dilate dans l'inspiralion ; il y a aspiration dans le cœur droit et dans les sinus vei- neux. Il doit y avoir également aspiration de sang de l'oreilletle gauche, ce qui probablement est la raison qui fait diminuerlapressionartériellependant l'inspiration. Eœp. (19 novembre 1847). — Sur un chien ayant un tic général, et ayant eu le canal vertébral ouvert, on apph'qua le cardiomètre sur la carotide, et on observa le lait singulier que le mercure montait sans aucune pul- sation, de 135 à 150, apiès quoi il descendait, remon- tait, etc., sans présenter de pulsations. Alors on coupa la moelle épinière à l'animal dans la l'L'gion moyenne du cou. Après la section delà moelle, DANS LES ARTÈRES. 201 le lie disparut, mais non subitement; il persista encore pendant un certain temps, surtout dans les muscles ab- dominaux. On nota ce fait singulier que les pulsations du cœur, qui n'étaient pas sensibles au cardiomètre, le devin- rent après la section de la moelle et se montrèrent d'abord très-fortes. Bientôt elles devinrent plus faibles et la pression diminua considérablement. Alors on excita les racines lombaires postérieures, ce qui détermina des mouvements réllexes violents dans le tronc et dans la patte du côté correspondant ; mais aucune action sur le cœur ne fut manifestée pai- l'in- strument. Tandis que, si on irritait la moelle elle-même dans la région lombaire, les mouvements du cœur étaient excités. Il en était de même quand on irritait le bout inférieur de la section de la moelle au cou; mais si on irritait au contraire le bout supérieur, il ne se manifestait aucune action sur le cœur. Toutefois, il faut noter que, lorsqu'on fit ces dernières observations, l'animal était déjà très-affaibli. Si le résultat signalé de ral)sence d'influence de l'ex- citation des racines sur le cœur, tandis que l'excitation de la moL'Ue serait efficace, se reproduisait, il faudrait admettre que peut-être l'excitation des racines se trans- met au cœur par le pneumogastrique, tandis que l'ex- citation de la moelle se transmettrait par le grand sym- pathique. Exp. — ■ Sur un chien encore jeune, probablement à la fin de la digestion, on lit la section des deux pneumogastriques dans la région moyenne du cou. Le 202 PRESSION DU SANG cardiomMrc avait été placé sur le bout central de l'ar- tère carotide droite, et les deux nerfs vagues avaient été préalablement mis à nu afin d'en opérer larésection ; avant la section des vagues, le nombre des respira- tions était de 25 à 27, les pulsations de 100 à 1 10. Le cardiomètre donnait 115, comme pression constante, puis montait jusqu'à 1 35 par des pulsations successives et inégales. Aussitôt après la section du nerf vague droit il y eut une augmentation de la pression et de grandes oscillations dans la colonne cardiométrique. Le nerf vague gauche fut alors coupé. Après la section des deux vagues, le nombre des res- pirations diminua et celui des pulsations augmenta; l'animal resta calme; les indications cardiomélriques alors changèrent Gomplétement ; la pression constante augmenta, et atteignit 145 millim. et plus, tandis que les pulsations n'étaient plus que de 3 à 5 millimètres. La pression des organes thoraciques est-elle pour quelque chose dans cette augmentation de la pression constante? Toutes les circonstances qui peuvent modifier la cir- culation artérielle agissent sur la pulsation cardiaque. J'ai, l'année dernière, insisté déjà sur les modifications qu'amènent dans les mouvements du cœur certaines inthiences nerveuses. Vous avez vu que toute excitation normale périphérique a un retentissement sur le cœur. Le canal vertébral étant ouvert et le cardiomètre étant appn(|ué surrarlèrecarotide,il nous a suffi de pincer une racine postérieure, assez légèrement pour ne dé- terminer ni mouvements ni cris, pour voir cependant de DANS LES ARTÈRES. 203 suite les pulsations augmenter de nombre et d'intensité. Il y a des cas aussi oii la pression constante seule est augmentée. . ' Dans l'opération de la transfusion, par exemple, dans la pléthore, dans les efforts, on observe que la pression constante augmente, tandis que la pulsation cardiaque diminue. Nous avons observé qu'il n'en est pas de même dans la saignée, car dans celle-ci la pression variable diminue, mais la pression constante n'augmente pas absolument. 11 peut arriver encore que, sous l'influence de modifications, la pression constante et la pression intermittente varient en sens contraire chez les animaux à jeun et en digestion ; toutefois on ne peut pas tou- jours déterminer la relation nécessaire entre toutes ces variations. Dans le système veineux, il faut considérer autrement les conditions de la pression à laquelle est soumis le liquide sanguin ; elle y est produite et modifiée par de tout autres causes. La pression dans le système veineux est liée à la dilatabilité des parois des veines et surtout aux mouvements musculaires; on le voit très-bien lorsque chez un même animal on observe comparative- ment une môme veine lorsque le système musculaire est en repos et lorsqu'il est en mouvement. ' Appliquant le cardiomètre sur la veine jugulaire d'un cheval, nous avons obtenu, l'animal étant calme, les pressions : lOo, 100, 9o, 90. Alors on donna à manger à l'animal ; des mouvements, de la mâchoire furent exécutés, et la pression monta de 204 PRESSION DU SANG 90 à 130. Ici l'élévation de la pression a été déterminée simplement par les mouvements des parties d'où vien- nent les veines. Sur un autre cheval, la pression étant descendue à 35 millimètres dans la veine jugulaire, elle remonta à 130 millimètres, parce qu'on fit relever la tête de l'animal. L'expérience suivante semblerait indiquer qu'il n'en est pas de même chez les oiseaux. Exp. (22 octobre 1847). — On appliqua le cardio- mètre sur le bout périphérique de la veine jugulaire d'un dindon; on avait 17 à 18 millimètres, sans aucune oscillation. Quand on élevait la tête de l'animal et qu'il exécutait des mouvements de déglutition ou autres, on n'obtenait pas de changement dans la pression. Alors on appliqua l'instrument sur le bout central de la carotide dans le cou et on obtint les indications sui- vantes : 110, \Ti, 13:;, 150, li;;, i;;o, i:i8. On observa que dans l'inspiration le mercure baissait, puis, qu'il montait dans l'expiration; c'est ce qui a dé- terminé les variations notées plus haut. Les pulsations n'étaient que de 1 à 2 millimètres. Un point intéressant à examiner est la question des rapports ({ui unissent la pression veineuse à la pression artérielle et de l'influence que ces deux circulations peuvent avoir l'une sur l'autre. Lorsqu'on considère le sang dans le système artériel, on le voit renfermé dans ses canaux, pressé, ne pouvant reculer, et n'ayant DANS LES VEINES. 205 pour s'échapper qu'une voie ouverte, voie étroite : son abouchement avec le système veineux. La difficulté que le sang artériel éprouve de ce côté h traverser le sys- tème capillaire est la cause de la tension du système artériel. Que cet obstacle vienne à diminuer ou à aug- menter, la pression diminuera ou augmentera dans le système artériel. Lorsque, pressant une veine, on ygêne l'écoulement du sang, on augmente la difficulté que le système artériel éprouve à se désemplir et on y aug- mente la pression. C'est ce que nous avons constaté sur un cheval. Chez l'animal, un cardiomèlre appliqué à l'artère carotide accusait les pressions : imum. Maximum. Pulsations. 10 lo;; 8j On a alors comprimé la veine jugulaire de manière à l'empêcher de se vider facilement. A l'instant même la pression a changé dans l'artère et on a trouvé : nimum. Maximum. Pulsations. 120 100 70 La pression constante offrait une légère élévation ; la pression maximum, au contraire, était moindre; l'in- tensité delà pulsation avait diminué. Ce résultat a été produit souvent dans nos expériences. Il montre très- nettement que, loin de varier dans le même sens, la pression constante et la pression cardiaque varieraient plutôt en sens inverse. En général, on peut dire que, toutes choses égales d'ailleurs, lorsque la pression con- stante augmente, la pulsation cardiaque diminue et ré- ciproquement. On le voit encore parfaitement chez les animaux qui meurent d'hémorrhagie. 206 PRESSION DU SANG DANS LES VEINES. D'abord le jet n'est pas saccadé parce que la pression constante est relativement plus forte que la pulsation; le jet ne devient ensuite saccadé que par la prédomi- nance que tend à prendre l'action de la pulsation. Le système capillaire ne permet pas au sang de ré- trograder. En résumé, il y a donc lieu de distinguer dans la pres- sion à laquelle le sang est soumis deux éléments qui varient par des influences qui ne sont pas les mêmes. Celte question se représentera dans le programme de nos études de cette année. Nous aurons à voir quelle influence ont ces pressions sur la formation des liquides organiques ? Cette influence varie pour les différents liquides; nous l'examinerons à propos de chacun d'eux. NEUVIEME LEÇON. 20 JANVIER 1858. '■ SOMMAIRE : De la pression du sang dans les différentes parties du système arlériel. — Résultats différents en opérant avec divers instruments. — La pression artérielle est constante ; l'impulsion cardiaque varie d'intensité. ~ Observation comparée de la pres- sion dans les deux bouts d'une même artère coupée. — De la pression artérielle chez des animaux de taille diiférente. — Du pouls, sa fréquence, ses variations physiologiques en rapportavec l'état des fonctions digesfives. — Rapports de la fréquence du pouls avec la production de chaleur, avec les mouvements, avec l'acti- vité de la respiration. — Effets de la section des pneumogastri- ques sur la pression artérielle, et l'impulsion cardiaque. Messieui^s, Que conclure des indications obtenues par les difTé- rents procédés de mesure de la pression que je viens de vous exposer dans les dernières leçons? Que peut-on opposer aux résultats que nous avons obtenus avec les instruments dont je vous ai parlé? On pourrait d'abord objecter que cette pression a été observée dans des conditions qui difTèrent des conditions normales. Ici, en effet, on agit sur une artère coupée, et, tandis que le bout central est fixé au manomètre, le bout périphé- rique est lié. Acceptons donc pour ce qu'ils sont les ré- sultats qui précèdent : mais gardons-nous de dépasser les faits dans nos conclusions ; car nous verrons bientôt que le procédé expérimental peut apporter dans les ré- sultats obtenus des différences notables. Une autre question se présente ici, question qui a été 208 PRESSION DU SANG déjà posée et éliuHée par les expérimeiilateurs. La pres- sion est- elle identique dans tout le système artériel? — ■ M. Poiseuille l'admettait et pensait qu'elle ne variait pas suivant les régions; l'observation faite sur les moyennes l'avait conduit à cette conclusion. Avec d'au- tres instruments et en considérant les faits d'une ma- nière absolue et dans des conditions déterminées, serait- on conduit à une conclusion différente? — C'était au moins une chose à voir. Il paraissait, en eiYet, difficile d'admettre que l'impulsion centrale au moins ne variât pas. D'autre part, l'expéiimentation présentait une diffi- culté très-S('rieuse. Comme il est très- difficile d'appli- quer siniullanément sur l'artère carotide et sur l'artère crurale deux manomètres comparables, on agissait ordi- nairement sur les deux artères l'une après l'autre. Les faitr^> (d)(enus ainsi avaient l'inconvénient de n'être nul- lement comparables entre eux, d'abord parce que l'ani- mal pouvait faire dos efforts et se trouver dans des con- ditions de pression différentes dans les deux expériences, et ensuite parce qu'il y avait rétrécissement du cercle cii'cnlaireet augniient;diondelapression,danslas(!conde épreuve, par suite de la ligature de l'artère pratiquée pour la première observation. L'observation de l'artère eriirale, par exemple, donnera, lorsqu'on l'examinera la première, des chiffres difïérents de ceux qu'on ob- tiendra lorsqu'on l'examinera ou simultanément avec l'artère carotide, ou simplement après elle. iJans le but de faire disparaître ce genre de causes d erreurs, qui rendent impossible les expériencescompa- PRESSIONS COMPARÉES. 209 ratives faites avec les instruments usuels, j'ai imaginé un autre instrument, manomètre difTérentiel (fig. 6) qui, en communi- epi!/. ^oipii cation par cha- (I) Cet instru- ment se compose d'un tube recourbé à branches paral- lèles. Entre les deux branches pa- rallèles se trouve une échelle gra- duée: 0,1,2,3, etc. Chaque tube porte à son extrémité li- bre un robinet h, fi; une pièce a, a permet de fixer sur ce robinet, à l'aide de quelques tours de vis, l'ajutage b, b, portant un tube de gutta-per- cha c, c, terminé lui-même par une pièce de cuivre d, d, sur laquelle peut se placer une canule e, e desti- née à c!tre intro- duite dansdeuxar- tères, après qu'on a rempli d'une so- lution de carbo- nate de soude la partie de l'appareil ne renfermant pas de mercure. Voyez f f, i i, pièce formée de deux canules soudées, qui peut être reçue en /, i par les deux pièces d, d. Elle est destinée, par les deux tubes ados- sés (/",/"), à être mise en rapport avec les deux extrémités d'une artère coupée, afin de connaître la pression du sang dans ces deux bouts. B. LiQUID. DE l'oUGAN. — I. 14 (■> (1). 210 CIRCULATION DU SANG. cune de ses branches avec un vaisseau différent, rend sensiljle, par le déplacement du mercure, l'excès de la pression de l'un des vaisseaux sur l'autre. Nous avons appliqué cet instrument sur différentes artères, et voici ce que nous avons observé : Lorsqueles deux branchessontencommunication avec deux artères également distantes du cœur, il y a égalité de pression, et le mercure reste immobile en équilibre dans l'appareil. C'est ce qu'on voit en opérant sur les deux artères carotides ou sur les deux artères crurales. Lorsqu'au contraire on expérimente sur des artères inégalement éloignées du cœur, sur l'artère carotide et l'artère crurale, par exemple, on trouve une différence de pression à l'avantage de l'artère la plus rapprochée du cœur, c'est-à-dire que le mercure baisse dans la branche qui communique avec elle. Mais, en examinant ce qui a lieu dans ce cas, on voit encore que celte différence de pression est en rapport avec la pulsation du cœur. Ce n'est pas la pression constante qui est moindre dans l'artère plus éloignée, mais seule- ment la pulsation; la pression constante restantla môme. Vous voyez, messieurs, ce qu'on peut demander à chacun des moyens d'exploration qui ont été successi- vement essayés. Passer en revue les (Hvers instruments, c'est faire l'histoire des phases qu'a parcourues la ques- tion de la pression du sang. D'abord elle a été prise en masse; ensuite nous y distinguons deux éléments, l'un continu, pression élastique, l'aulre intermittent, con- stitué par les pulsations; ces deux éléments sont indé- pendants l'un de l'autre. Passant de celte observation isolée, prise sur un seul vaisseau., à des épreuves com- PRESSIONS COMPARÉES. 2H paratives, nous avons vu que la pression constante reste sensiblement la même quand on compare un animal à un autre, et que chez un même animal elle ne varie pas suivant les régions. 11 n'en est pas de même de la poussée intermittente qui traduit la pulsation du cœur; on la voit en effet varier suivant la taille des sujets, et, chez un même animal, suivant la distance du cœur à laquelle on rexamine= Nous ne pouvons d'ailleurs mieux faire que de vous exposer les expériences qui ont été faites avec notre instrument que nous avons appelé hémomètre diffé- rentiel (fig. 6); les résultats que nous venons de vous indiquer ressortiront de cette revue des faits. Exp. — Sur un chien vigoureux et très-gras, à jeun, on fit les expériences suivantes : r On appliqua les deux branches de l'instrument différentiel, l'une sur le bout central de l'artère carotide gauche, et l'autre sur le bout central de l'artère cru- rale gauche, en ayant soin, autant que possible, de ne pas tirailler les vaisseaux. On obtint une différence de : limum. ' •- '■ - ' Maximum. 20 30 au profit de l'artère carotide. 2"* On appliqua ensuite les deux bouts de l'instru- ment sur les deux bou tspériphériques des mêmes artères crurale et carotide, et l'on obtint une différence de : aimum. ' Maximum. 20 30 toujours au profit de la carotide ; seulement les va- riations se faisaient dans ce dernier cas par oscillations 212 CIRCULATION DU SANG. de 2 n 3 millimèlrcs, tandis que pour les bouts cen- traux c'était par des oscillations de 8 à 10 millimètres. 3° On appliqua ensuite l'instrument par une seule branche (comme un liémomètre simple), sur le bout périphérique de l'artère crurale gauche. et l'on obtint : Minimum. Maximum. Oscillaliuus. 110 140 30 4" On appliqua l'instrument sur le bout central delà même artère (crurale gauche), et l'on eut une pression qui monta jusqu'à 200, avec des excursions de 70 à 85 millimètres. Cette piession paraît exceptionnelle; on ne saitàquoi l'attribuer. 5" On appliqua par comparaison le cardiomètre sur le bout central de l'artère crurale gauche, et l'on obtint des pulsations plus fortes. Miniumiu. .Miiximum. Oscillalioiis. 110 l'.IO 80 Eccp. — Sur un autre chien de môme taille et en di- gestion comme le précédent, mais en apparence plus vigoureux, on découvrit l'artère carotide droite ; on la divisa, et l'on plaça sur ses deux bouts le manomètre dif- férentiel. On observa un excès de pression de 88 à 90 millimètres en faveur du bout central. L'animal était calme. On détacha alors un bout artériel de manière à avoir un manomètre simple appliqué sur le bout péri- phérique, et l'on obtint 120 millimètres de pression. On appliqua ensuite l'instrument simple sur le l)Out central, et l'on eut de 148 à 152. Les pulsations étaient de 4 à 5 millimètres, l'animal étant toujours calme. On appliqua alors sur le bout central un double ma- PRESSIONS COMPARÉES. 213 nomèlre à diamètres différents, et l'on observa, comme pression constante égale dans les deux tubes, 160 à 1 70 millimètres. Toutefois îespulsations donnaient dans le petit tube une excursion de 4 millimètres, et, dans le grand, une oscillation de 2 millimètres seulement. On appliqua ensuite le cardiomèfre sur le bout cen- tral, et Ton eut une pression de 130 à 1 40 millimètres, avec des oscillations de 20 à 25 millimètres. Dans toutes ces opérations, l'animal avait perdu une certaine quantité de sang. Maintenant peut-on juger de la pression qui pousse le sangdans les vaisseaux parcelle qu'accuse le manomètre? Dans une artère, la pression qui vient du centre trouve un obstacle dans la pression qui vient de la péri- phérie : si ces deux pressions étaient égales, le sang ne circulerait pas; mais il n'en est pas ainsi. La pression centrale est la plus forte et pousse le sang; la pression périphériquen'est qu'un retour de la pression centrale, que de larges anastomoses viennent en quelque sorte mettre en opposition avec elle-même. Voici d'ailleurs ce que l'expéi'ience nous a appris à cet égard. Exp. — Sur un chien vigoureux on introduisitdans le bout central de l'artère carotide un manomètre simple dont le tube avait 1 """,5 dediamètre intérieur. On obtint : Minimum. Maximum. Oscillations. 134 lf(j 12 On appliqua ensuite le cardiomètre de 1 millimètre de diamètre intérieur sur la môme artère, et l'on obtint : Minimum. Maximum. Oscillations. 130 174 44 214 CIRCULATION DU SANG- On appliqua ensuite, le chien élant agité, le mano- mètre ditrcrentiel qui avait 3 millimètres de diamètre : r Sur le Jjout central de la carotide : .Miiiiiiuim. .M^iMMiiim. Oscillations. i;;-i l'.td 38 2° Sur le bout périphérique, et l'on eut : .Miiiiuiiiiii. Maxiiiuiin. Oscillati(_>ns. 110 130 "20 Sur le même chien, affaibli par ces expériences et ayant subi îa ligature de l'artère carotide d'un côté, on fit, deux jours après, l'expérience suivante : r On introduisit successivement dans le bout central et périphérique de l'artère carotide droite un seul bout du manomètre difTérentiel, et l'on l'ohint : .'Miiiiauiin. Bout central l.'io Bout périphérique.. Khi Diller. iiia\. i i- 2° Le même instrument, appliqué alors sur les deux bouts à la fois, donna une dillerence de pression .Miiiiirmiii. .Maviimiin. Dscillations. :!S îi- G en faveur du bout central. Dans cette expérience, on peut voir cette coïncidence singulière que lesditl'érences 44, 38,6, calculées d'après la comparaison des pressions observées isolément sur les bouts central et périphérique, sont celles que donne l'in- strument différentiel appliquésurcesdeux bouts àla fois, 3" On introduisit de nouveau le manomètre simple dans le bout central, et l'on obtint : .Miiiiiimm. .Maviiiuiin. OscillatiuiJS. liH loi 10 Jlaxiniiim. (.)scillations 100 10 122 Kl Dillér. min. Dillor, ose il 1 3 S II PRESSIONS COMPARÉES. 215 4° On plaça ensuite le cardiomètre sur le même bout central, et l'on observa une oscillation plus grande : Minimum. Maximum. Oscillations. 130 158 -28 L'animal resta calme pendant les quatre observations. Exp. (8 février 1854). — Sur un chien affaibli, ayant eu le nerf pneumogastrique coupé quinze jours aupa- ravant, on fit les expériences suivantes : r On appliqua l'hémodynamomètre différentiel sur les bouts centraux des deux artères crurales, et l'on obtint un équilibre à avec des oscillations de 3 à 4 mil- limètres. 2° On appliqua ensuite l'instrument, d'une part, un boutsur le bord supérieur ou central de l'artère crurale droite, et l'autre sur le bout périphérique de l'artère crurale gauche. On obtint une différence de : Minimum. Maximum. 20 ■ 30 en faveur du bout central. Ensuite on prit la pression dans chacun de ces deux bouts pris isolément, on obtint : Minimum. Maximum. Oscillations. Bout central 80 8o 3 Bout périphérique. oO <)o la Différ. ma.x. Liirér. min. Différ, oscill. 30 „ ^^9 . .^^ La différence que donnerait le calcul est encore ici de 20 et 30, c'est-à-dire les chiffres préalablement ob- tenus par l'expérience directe. Seulement, la différence !210 CIRCULATION DU SANG. minimum observée répondrait à la différence calculée des maxiina, et réciproquement. Plusieurs observations directes nous ont donné ce résultat sur lequel nous devons nous arrêter un instant. Dans ces expériehces, on opérait dans deux conditions différentes qui, cependant, ne l'étaient pas tellement que les résultats ne fussent cependant comparables. Dans un cas, en effet, on a appliqué le manomètre séparément sur chacun des bouts de la carotide cou- pée, l'autre Ijout étant lié. Dans l'autre cas on a ap- pliqué l'instrument à la fois sur les deux branches de la même artère. Ces conditions diffèrent toutes deux cependant du fonctionnement normal en ce qu'elles apportent un obstacle absolu au passage du sang à travers le tronc carotidien. Toutefois elles sont comparables entre elles, parce que, le manomètre étant appliqué surun des bouts, la pression qui tendrait à faire refluer le sang par l'autre bout trouve un obstacle également insurmontable dans la ligature et dans la résistance de la colonne mercurielle. Comparons donc les résultats obtenus dans ces deux conditions, ne perdant cependant pas de vue qu'ils sont artificiels et ne sauraient représenter le méca- nisme normal de la circulation. L'expérience nous montre que la pression totale, soit quel'onneconsidèrequelapressionconstante, soit qu'on lui ajoute la pression variable, est toujours plus consi- dérable dans le bout central que dans le bout périphé- rique. Il en résulte que, si réellement l'application du manomètre différentiel ne change rien aux conditions PRESSIONS COMPARÉES'. 217 mécaniques du phénomène, il devra loujoiirsaccuserim excès de pression au profit du bout central. De plus, nous voyons qu'en examinant séparément les deux bouts, la difTérence entre les pressions constantes est plus grande qu'entre les pressions constantes aug- mentées des pulsations ; en d'autres termes, que la dif- férence la plus grande réponde la diastole, et la diffé- rence la moins grande à la systole. Le manomètre différentiel devrait donc donner, tou- jours au profit du bout central, un excès dépression ayant son maximum pendant la diastole, alors qu'il re- présente la différence entre les pressions constantes, et son minimum pendant la systole, alors qu'il représente la différence entre les pressions variables. C'est en effet ce qui a eu lieu, et nous voyons {exp. p. 214) que, tandis que les bouts artériels examinés séparément donnent leur pression constante, pression minimum, le manoraètredififérentiel accusela différence maxiuium 44 : , Pression consfanle. Pression constante. Bout central. Bout périphérique. Différcuce. Pressions minima. l.io — KMi =: 4i Pendant que les bouts examinés séparément donnent leur pression maximum, répondant à la systole, le ma- nomètre différentiel accuse au contraire au piofit du bout central un excès de pression minimum, 38. Pression totale. Pression totale. Bout central. Bout périphérique. DilVérciico. Pressions maxima. KiO — 122 = :J8 On voit ainsi clairement que le maximum de la pression différentielle correspond aux pressions con- stantes minima, et qu'au contraire le minimum de la pression différentielle correspond aux pressions totales 218 CIRCULATION DU SANG. maxima. Déplus, la concordance parfaite des conclu- sions auxquelles vient de nous conduire le calcul basé sur celte appréciation à posteriori, avec les résultats de l'observation directe, établit que dans les deux circon- stances où nous nous sommes placé, c'est-à-dire dans l'examen séparé des bouts artériels et dans leur examen comparatif, nous opérions dans des conditions iden- tiques. Mais, je dois encore vous le répéter ici, on ne saurait en conclure que la pression physiologique est seulement la différence. Nous savons que la pression constante est à peu près la même dans le système artériel de tous les ani- maux, quelle que soit leur taille, pourvu qu'ils soient dans les mêmes conditions de digestion et de nutrition, tandis que la pression cardiaque est toujours en rap- port avec le volume du cœur, et par conséquent le vo- lume de l'animal. La preuve de ce fait peut être donnée par l'expérience directe, qui montre qu'en agissant sur les mêmes artères d'animaux de taille diirérente, on obtient comme ditférence l'excès de pression car- diaque du plus grand animal sur le plus petit. Voici une expérience qui met ce fait en évidence. Exp. — Gros chien pesant 33'''^, 200, long, du bout du nez à la racine de la queue, de 1", 22. La distance de l'ouverture faite cà l'artère au cœur est de 24 centim. On opposa un petit chien pesant 1'''', 870, d'une longueur de 43 centimètres. La distance de la plaie ar- térielle au cœur était de 9 centim. Le gros chien avait 1 12 pulsations par minute, et le petit chien 150. A l'aidcdu manomètre dilîérentiel appliqué succcssi- PRESSIONS COMPARÉES. 219 vement sur le bout central d'une artère carotide chez chacun des chiens, on trouva : Gros chien. Petit chien. Miiiiimini. Maximum. Pulsations co 80 20 '■ï.i 00 Dans un effort chez ce dernier animal, la pression maximum avait monté jusqu'à 65. On appliqua alors le manomètre différentiel simul- tanément sur le bout central de Tarière carotide homo- logue des deux chiens, qui avaient été disposés sur la table de manière que leurs deux artères fussent à la même hauteur. On obtint une pression de 15 à 20 millimètres en fa- veur du gros chien, pression qui présentait des oscilla- tions au nombre de 112 par minute, nombre égala celui des pulsations observées priaiitivement chez le gros chien. Ce qui prouve que la différence observée se rapporte à la pression variable ou cardiaque des chiens, et nullement à la pression constante, qui ne paraît pas différer chez ces animaux, malgré la grande inégalité de leur taille. On observa, en outre, lorsque le petit chien faisait des efforts spontanément, ou alors qu'on l'excitait, et qu'en même temps le gros chien restait calme, qu'il n'y avait pas de changement sensible dans l'indication différen- tielle de l'instrument ; tandis que, si l'on provoquait des efforts chez legros chien pendant que lepetit chien restait calme, ladifférence accusée par l'instrument augmentait. Cette expérience nous confirme dans notre opinion que les pressions cardiaques seules varient en général 220 CIRCULATION DU SANG, chez les animaux d'une même espèce, tandis que chez eux la pression constante est sensiblement la même. Si, au lieu d'agir sur un li'ès-gros et un très-petit chien, on agissait sur d'autres animaux de taille très- différente, tels qu'un cheval et un lapin, on obtiendrait sans doute le même résultat. Seulement la différence serait encore plus considérable en raison de l'inégalité plus grande du volume des cœurs. Messieurs, j'ai voulu surtout, au sujet de la circula- tion, vous indiquer la distinction que j'ai établie dans la pression observée dans le système artériel entre la pul- sation du cœur, le pouls et la pression propre au sys- tème artériel lui-même. Cette distinction est fort im- portante, etjenesacliepas qu'elle ait été faite jusqu'ici. Mais la pulsation cardiaqueoffre h. considérer d'autres éléments que son intensité, que la pression qui la mesure; sa fréquence a de tout temps offert au médecin des signes auxquels on a attaché uuq grande importance : c'est d'elle que nous allons vous entretenir. Y a-t-il des rappoils entre cette fréquence de la pul- sation et les autres conditions mécaniques de la circula- tion ? Considérée d'une manière absolue, la fréquence des puisât ionsestexcessivementvariable.Beaucoupd'auteurs ont réuni en tableau un grandnombredechiffresdonnant la fréquence moyenne du pouls chez différentes espèce» animules ; ces chiffres sont très-différents, mais sans grand intérêt. C'est chez le même individu qu'il im- porte au physiologiste de suivre les variations de fré- quence (ki pouls ; or elles peuvent être considérables. On PRESSIONS COMPARÉES. 221 trouve, même à l'état normal, en parfaite santé, des différences notables chez un même animal ; c'est ainsi que chez le cheval le pouls donne de 30 à 40 battements par minute, que le chien en donne de JOO à 120 ; l'homme tient à peu près le milieu et en présente de 60 à 70, et même 80. Nous aurons à examiner à quelles conditions organiques sont liés ces écarts chez un indi- vidu sain. Et d'abord, je dois vous signaler un fait assez singulier encore inexpliqué. Tandis que la légularité du pouls est regardée comme seule compatible avec l'état de santé, il est des animaux qui, à l'état de santé, ont le pouls irrégulier. Le pouls du cheval est normale- ment régulier; il n'en est plus de mime chez le chien, oià normalement les temps qui séparent deux pulsations ne sont pas égaux. On pourrait croire que ce fait, qui chez l'homme serait considéré comme morbide, tient chez le chien à l'appréhension de l'expérience; mais la même chose a lieu chez des chiens parfaitement appri- voisés qu'on examine en dehors de l'influence que peut exercer l'appareil du laboratoire; il est donc bien nor- mal chez le chien. Le nombre des pulsations varie suivant certaines cir- constances relatives à l'état du système nerveux et à des conditions fonctionnelles normales. A l'état physiologique, le nombre des pulsations varie avec l'état des fonctions digestives et se trouve en rap- port avec les diverses phases de l'alimentation ; il baisse . quand les animaux sont à jeun et augmente pendant la période digestive. Nous avons constaté également que la pression du cœur augmente pendant l'état de digestion 222 CIRCULATION DU SANG. et diminue pendant l'ô'at d'abstinence. Les rapports que je vous signale ont été souvent observés par les mé- decins ; ils ont de plus été rol)jet d'études physiologiques spéciales. Liclitenfels et Fiôhlich, qui ont observé sur l'homme, ont vu que, toutescouditions égales d'ailleurs, le pouls est plus fréquent après le repas. La fréquence moyenne étant de 60 pulsations par minute, ou voit quune heure après le repas elle s'est accrue de 7 ; que jusqu'à la deuxième heure le nombre des pulsations augmente, et qu'à ce moment il a atteint son maximum. Alors il commence à décroître, mais l'effet se soutient pendant cinq heures, c'est-à-dire que ce n'est qu'au l)0ut de cinq heures que le pouls est revenu à son état normal. La iàéquence du pouls atteint donc son sum- mum une heure ou deux après l'ingestion des aliments; c'est là un fait constant. Messieurs, aucun phénomène n'est isolé, indépendant des autres, dans un organisme vivant : etje ne puis vous parler du pouls et de sa fréquence sans examiner s'il n'existe pas un rapport entre la fréquence du pouls et la production de chaleur, et quel peut être ce rapport. On ne peut douter que la production de chaleur soit en rapport avec la fréquence des pulsations, et surtout avec la pression, lorsque l'on compare la rareté du pouls des animaux à sang froid avec sa fréquence chez les animaux à sang chaud, chez les mammifères, et surtout chez les oiseaux. Sans sortir des mammifères, on voit chez les animaux hibernants un abaissement notable de température coïncider avec un abaissement du pouls et une diniiuution de la pression, comme nous l'avons DU POULS. 223 depuis longtemps constaté sur des animaux auxquels nous avions coupé la moelle épinière. Le nombre des pulsations semble donc croître avec la chaleur. Les auteurs que nous avons cités plus haut ont exa- miné chez l'homme ce qu'il fallait penser de ce rapport, et ont pris la température dans les circonstances variées où le pouls avait été examiné. Comme le pouls, la tem- pérature est sujette à des oscillations; mais ces augmen- tations et diminutions se correspondent-elles? Pour le savoir, on prit la température dans la bouche, sous la langue, en ayant la précaution de faire respirer par le nez le sujet de l'observation. On a trouvé ainsi dans un grand nombre d'expériences que la température est plus élevée après le repas que pendant l'état d'abstinence. Les élévations de température sont de 0% 5 à 0°, 6. Mais le fait intéressant est l'absence d'accord entre les changements qui surviennent dans le pouls et les mo- difications qu'éprouve la température. Tous deux aug- mentent pendant la période digestive, mais non si- multanément. Tandis que le pouls atteint son maximum de fré- quence de la première à la deuxième heure, la chaleur croît plus lentement et n'atteint son maximum que vers la quatrième heure après l'ingestion des aliments, pour se maintenir pendant cinq ou six heures. Il y a donc, non pas simultanéité, mais succession de ces deux phé- nomènes : augmentation de fréquence du pouls, éléva- tion de la température; et c'est là un fait extrêmement intéressant, parce qu'il emprunte une grande autorité à des observations faites par une autre voie. 224 CIRCULATION DU SANG. Nous savons, en effet, qu'il y a deux actes à distin- truer dans la digestion. La digestion intestinale, qui dure quatre ou cinq heures, détennine l'absorption des ali- ments; après quoi commence une nouvelle digestion, la digestion par le foie, dont le tour arrive quatre ou cinq heures après l'ingestion des aliments, alors que la diges- tion intestinale s'achève. Or, nous avons vu, d'une part, que le sang qui sort du foieest plus chaud que celui qui y entre ; d'autre part, qu'au moment oii tinit la diges- tion intestinale et commence la digestion hépatique, la circulation est plus active dans le système de la veine porte et des veines sus-hépatiques. Pour toutes ces rai- sons, nous sommes très-disposé à admettre que la cha- leur plus grande qui apparaît quelques heures après le repas est due à la suractivité de la circulation hépa- tique. Les deux phénomènes sur lesquels j'ai appelé aujourd'hui votre attention, l'accélération du pouls et l'augmentation de chaleur, correspondent donc, le pre- mier à la digestion intestinale, le second à la digestion hépatique. Si donc ces phénomènes sont tous deux con- sécutifs à la digestion, ils ne sont pas pour cela ni simultanés ni en rapport l'un avec l'autre ; mais ils apparaissent successivement et à des temps différents de l'accomplissement de la fonction. Une cause qui agit très-efficacement pour acccélé- rer le pouls et produire la chaleur, c'est le mouve- ment. INous avons fait autrefois avec Magendie des expé- riences qui ne laissent aucun doute à cet égard. On observait des chevaux à jeun, dont on prenait la tem- POULS ET CHALEUR ANIMALE. 225 péralure pendant qu'ils étaient tranquilles et reposés ; puis on les faisait courir et on les observait de nouveau. Le nombre des pulsations avait augmenté et la tempé- rature était plus élevée. Le mouvement est donc une cause d'accélération du pouls et de production de cha- leur, qui, indépendante des précédentes, peut venir s'y ajouter. Si maintenant nous voulons expliquer comment le mouvement peut produire ces effets, il nous faut évidemment rechercher la cause prochaine dans des phénomènes d'un autre ordre que ceux qui nous occupaient tout à l'heure. Lorsque nous avons examiné ici les conditions de la production de chaleur chez les animaux, nous sommes arrivé à cette conclusion, que la chaleur se produisait partoutetnon pas danstelou lelorgane délerminé. Or, il est prouvé par des observations faites avec l'aide d'ap- pareils thermo-électriques, que la contraction muscu- laire produit de la chaleur ; nous pouvons dès lors nous rendre compte très-simplement d'une élévation do tem- pérature qui reconnaît une cause et un mécanisme tout autre que celui qui accompagne la seconde période de la digestion. J'aurai à vous signaler des différences de co- loration du sang en rapport avec l'état de repos ou d'action du système musculaire, différences qui dépen- dent d'actions moléculaires accompagnées d'un dégage- ment de chaleur ; il n'est pas étonnant que, ces condi- tions se trouvant réalisées dans l'effort musculaire, les muscles d'un animal en mouvement fournissent tous du sang plus chaud, d'où élévation de la température générale. B. LlQUlD. DE l'oRGAN, — I. 15 226 CIRCULATION DU SANG. Comment se fait-il que dans ces conditions les pui- sai ions du cœur soient plus fréquentes ? J'ai déjà eu l'occasion de vous dire que l'élévation de température fait contracter le cœur plus souvent. Si l'élévation de température est sous la dépendance des contractions cardiaques, elle peut aussi être primitive et déterminer une plus grande fréquence des pulsations. Dans le cas particulier oi^i l'animal se livre à des mouvements généraux, l'augmentation des pulsations paraît être une conséquence de l'élévation de tempéra- ture. Ces deux manifestations semblent donc avoir l'une sur l'autre une influence réciproque, qui, dans les con- ditions physiologiques, établit entre elles un rapport direct. Elle dépend aussi de la respiration. En général, à l'état pathologique, et mêmeà l'état normal, le nombre des respirations et celui des pulsations augmentent et diminuent ensemble. Mais il est des cas dans lesquels cet accord cesse d'exister, c'est quand on vient à agir sur les nerfs qui règlent les phénomènes circulatoires ou respiratoires. Ainsi, quand on agit sur le piieumo- gastrique, on change complètement les rapports fonc- tionnels normaux qui unissent le cœur et le poumon. Nous avons publié sur ce sujet un grand nombre d'ex- périences, qui toutes ont donné les mêmes résultats. D'abord, lorsqu'on expérimente sur les chiens, la première conséquence de la section des nerfs vagues est de rendre régulier le pouls qui, normalement, est irré- gulier. Chez un chien auquel on a coupé les pneumo- gastriques, non-seulement le pouls est devenu régulier, l'OULS ET CHALEUR ANIMALE. 227 mais il a perdu toute aptitude à devenir irréguliei- sous l'influence des modifications qui, d'ordinaire, produi- sent ce résultat. La section des pneumogastriques nous donne encore à observer des faits qui sont en complet désaccord avec les phénomènes observés àl'état physiologique. Je vous disais que dans les conditions normales il existe une re- lation nécessaire et constante entre le pouls, la respira- tion et la production de chaleur; que ces trois ordres de faits éprouvaient ensemble des variations en plus ou en moins. Après la section du pneumogastrique, cette relation disparaît ; la solidarité qui existe entre ces phé- nomènes a été détruite. La section des pneumogas- triques dans le cou efface chez le chien l'intermittence des pulsations, diminue le nombre des respirations ; mais, si on tâte le pouls, on voit que les pulsations, loin de suivre dans leur abaissement le chiffre des res- pirations, ont, au contraire, considérablement aug- menté de fréquence ; leur nombre a à peu près doublé, en même temps que la pression cardiaque a considéra- blement diminué. L'ordre de ces deux phénomènes est donc complètement renversé. La température baisse, contrairement à ce que pourrait faire croire l'accrois- sement seul du nombre des pulsations. Vous voyez par cet exemple combien il importe d'établir la distinction que je vous signalais entre la pression des artères et l'intensité delà pulsation. On a dit, et cela est vrai, que la section du pneumogastrique augmente la pression artérielle, et on s'en est tenu à cette indication du phénomène considéré en masse. 228 CIRCULATION DU SANG. Mais l'observation prend une signification plus com- plète, plus physiologique quand on fait la distinction que nous avons établie. En effet, si la pression totale était de 150 millimètres, elle sera peut-être après l'o- pération de 160 ou 170 millimètres; mais si l'on avait tenu d'abord compte des oscillations, on verrait que la pression artérielle a augmenté et qu'en même temps les oscillations ont diminué d'étendue et augmenté en nombre; par conséquent, l'impulsion cardiaque a réel- lement diminué, et tout semble montrer que c'est l'iu- tensité de cette impulsion qui est en rapport avec la température de l'animal. Ce fait est d'accord avec la loi de \ariation inverse de la pression constante et de l'impulsion cardiaque. Dans ce cas, on peut dire que l'action du cœur a diminué d'énergie, bien que la pres- sion soit plus grande dans le système artériel. A l'état physiologique, il y a donc entre les manifes- tations de la pi'ession constante, de la pulsation car- diaque et de la production de chaleur, des liens que détruit complètement la section du pneumogastrique. On peut se faire, par cet exemple, une idée de l'impor- tance du système nerveux dans des phénomènes qu'on a pu croire soustraits à son influence. Les considéra- tions dans lesquelles nous entrerons dans la prochaine leçon viendront à l'appui de ^cette idée, sur laquelle je ne saurais trop insister. DIXIEME LEÇON. 22 JANVIER 1858. SOMMAIRE : Influence des nerfs sur les phénomènes mécaniques de la circulation. — Expériences. Messieurs, Nous allons poursuivre nos expériences à l'aide de l'instrument dont nous vous avons parlé dans la dernière séance (fig. 6) ; nous allons nous en servir pour étudier une des questions les plus intéressantes à notre point de vue : celle de l'influence des nerfs sur les phénomènes mécaniques de la circulation. Les nerfs, en agissant sur le cœur, peuvent certainement apporter de grandes modifications dans les phénomènes mécaniques de la circulation; mais ces phénomènes peuvent aussi s'ob- server par suite de l'action du système nerveux portant exclusivement sur le système capillaire. Cette contractilifé des vaisseaux sous Tinfluence ner- veuse a été contestée pendant longtemps, et l'élasticité purement physique des parois artérielles paraissait tel- lement établie comme propriété spéciale du système artériel, qu'en invoquant une propriété contractile, on semblait s'appuyer sur une hypothèse sans aucun fon- dement. Dès 1843 je pus me convaincre de la contrac- lilité des artères sous l'influence du système nerveux; ce n'est que plus tard que j'ai fait les expériences sur le grand sympathique qui mettent ces faits en évidence et sont aujourd'hui parfaitement connues des physio^ légistes. 230 PRESSION DU SANG. IMais on a considéré que le rétrécissement des ar- tères était dû à l'action des nerfs sur l'élément mus- culaire de ces vaisseaux, tandis que la dilatation serait le résultat de l'élasticité physique que possèdent leurs pa- rois. JNous verrons même plus tard que cette dilatation active, que l'on repousse comme antirationnelle, est ce- pendant une réalité; et, à ce propos, je vous ferai remar- quer qu'on ne doit jamais, en physiologie, repousser un fait démontré parce que son explication paraît contraire aux lois physiques les mieux établies, quoiquej'admette parfaitement que les lois physiques ou mécaniques ne peuvent jamais être violées dans les phénomènes de la vie . Nous verrons, à l'aide des instruments dont je vous ai parlé, qu'indépendamment de la pression générale due à l'action du cœur, il peut survenir localement des modifications de pression qu'on n'eût certainement pas pu prévoir à priori dans un système continu de canaux en rajjport avec un propulseur unique. Ce sont là des questions que nous examinerons sur- tout, parce qu'elles rentrent plus spécialement dans le programme que nous trace le sujet de nos études de cette année, en nous montrant le lien qui unit les phénomènes nerveux aux phénomènes physico-chimi- ques de l'organisme. Je viens de vous dire qu'on pouvait remarquer des modifications dans les pressions circulatoires locales, indépendantes des contractions du cœur. Nous l'avons reconnu dans un grand nombre d'expériences faites sur deux artères avec notre manomètre différentiel. Dans ces expériences nous avons pu, en coupant des nerfs ou en INFLUENCE DES NERFS. 231 les galvanisant, amener dans des circulations locales des perturlmtions très-remarquables. Appliquant cet instrument aux deux artères coro- naires (branches de la faciale) chez des chevaux, il était dans un état parfait d'équilibre. On coupait alors le grand sympathique d'un côté dans la région du cou ; à l'instant même la pression augmentait du côté où le sympathique avait été coupé. Si, ensuite, on prenait le bout périphérique du sympathique coupé et qu'on le galvanisât, la pression cardiaque y diminuait au point de devenir beaucoup moindre que la pression du côté sain. Et cependant, pendant toutes ces épreuves, le cœur restait parfaitement le même. Ce fait est très-important, parce qu'il nous montre clairement que les phénomènes hémodynamiques ne sont pas réglés dans l'organisme par une cause unique, et qu'ils peuvent varier dans les appareils particuliers et se montrer différents dans chaque organe dont le système nerveux modifie le fonctionnement. Nous allons vous rapporter des expériences dans les- quelles vous trouverez, dans les faits de détail, la jus- tification des propositions qui précèdent. Exp. (1 9 mars 1 854). — Sur un cheval de six à sept ans, usé, ayant mangé pendant la nuit précédente, on fit les expériences suivantes : 12 h. 20 tu. On coupe le grand sympathique dans la région du cou, du côté gauche. Aussitôt après on recueille une demi-éprouvelte de la veine jugulaire de ce côté (n° I). 2 h. 3o m. On en retire encore une autre éprouvette (n"2), en même temps qu'on en prend une du côté droit (n" 3). 232 CIRCULATION CAPILLAIRE. On avait observé les phénomènes decalorification qui suivent ordinairement la section du grand sympathi- que : le naseau du côté gauclie donnait une vapeur plus abondante après l'opération. (La température ambiante était de 1% 5.) Après quatre heures on examina les trois sangs : Le n» j n'était pas encore coagulé et il offrait une couenne blanche considérable. Le n° 2 et le n° 3 s'étaient rapidement coagulés ; ils n'avaient de couenne ni l'un ni l'autre; seulement le sang n" 2 était plus rouge que les autres. On découvrit alors sur ce cheval les deux artères co- ronaires de la face et on appliqua sur elles le mano- mètre différentiel. On obtint un excès de pression de 40 millimètres en faveur du côté gauche (nerf coupé). Alors ou appliqua une des branches de l'instrument sur le bout central d'un rameau musculaire de l'artère carotide gauche, au-dessous de la section du sympa- thique; l'autre branche resta sur le bout central de l'artère coronaire du mèaie côté. On obtint alors l'in- dication d'un excès de pression de 60 millimètres eu faveur du rameau musculaire. Alors on mesura les pressions absolues dans cha- cune do ces artères, et on obtint pour la branche de l'artère carotide '-^O Pour l'artère coronaire de la face 30 Difl'érence 00 ainsi que l'instrument l'indiquait. Exp. — Sur un autre cheval, plus vieux, n'ayant pas mangé depuis longtemps, on découvrit des deux cotés de la face deux branches artérielles; mais, soit que INFLUENCE DES NERFS. 233 ces artères ne fussent pas exactement symétriques, soit que l'on eût pris d'un côté un bout central et de l'autre un bout périphérique, l'instrument donna en faveur de l'artère du côté gauche une pression de 40 à 60 millimètres. On fit ensuite la section du grand sympathique du côté droit; puis, deux heures après, on appliqua les deux bouts de l'instrument sur les artères préalable- ment examinées et on trouva que la pression n'était plus, eu faveur du côté gauche, que de 18 millimètres. Ce qui prouvait que l'opération avait augmenté à droite la pression de 22 millimètres à 42 millimètres, puisque la différence, au préjudice de ce côté, qui était d'abord de 40 à 60 millimètres, était réduite à 18 mil- limètres. On fit ensuite sur la coagulation du sang les obser- vations suivantes : I h. 20 m. On coupa le grand sympathique du côté droit. 1 2o On prit de ce même côté une éprouvette de sang (n° 1). J 27 On prit en même temps une éprouvette de sang du coté gauche (n° 2). 4 15 Le sang (n" 1) de la veine jugulaire droite n'é- tait pas encore coagulé. Le sang (n» 2) du côté gauche, recueilli pres- que en même temps, était déjà coagulé . A quatre heures on recueillit de nouveau du sang des deux veines jugulaires. Du côté droit le sang était plus rouge, et, lorsqu'il fut coagulé, la couenne blanche n'avait pas plus d'un centimètre d'épaisseur. 234 CIRCULATION CAPILLAIRE. Un côté gauche, le sang élait noir et la couenne for- mait environ la moitiô du caillot. E.ïp. (23 mars 1854). — Sur un vieux cheval (quatorze ans environ), très-affaibli, ayant fait un repas après être resté plusieurs jours sans manger, on fit les expériences suivantes : r On découvrit l'artère coronaire faciale du côté gauche, et on prit, avec le manomètre différentiel, la pression des deux bouts, central et périphérique. On obtint un excès de pression de 50 millimètres à l'a- vantage du bout central. En prenant séparément la pression dans le bout périphérique, on la trouva de 34 millimètres. Ce qui donnait, par le calcul, 84 millimètres pour la pression du bout central. 2" On découvrit l'artère coronaire du côté droit pour la comparer avec celle du côté opposé. On trouva, en examinant séparément la pression des deux artères, une pression de 100 millimètres pour le côté gauche et de 100 à 120 pour le côté droit. 3" On fil alors la section du grand sympathique du côté gauche. 35 minutes après, on prit la pression différentielle des deux artères coronaires et on obtint un excès de pression de 31 millimètres en faveur de l'artère coro- naire gauche, en môme temps qu'on observa de ce côté (les pulsations plus fortes. On constata du côté des narines les phénomènes suivants : Le jet (le vapeur d'eau sortait avec beaucoup moins INFLUENCE DES NERFS. 235 de force par la narine gauche que par la narine droite, quoiqu'il semblât que la quantité de cette vapeur fût plus considérable du côté gauche, oii le sympathique avait été coupé. ■ ^ ! ■ ,. . ^ .;'i:iiw;:' Cette diminution de la force d'expulsion de l'air pai- la narine gauche était bien ici le fait de la section du grand sympathique, car le nerf vague avait été parfai- tement ménagé. On observa de plus que l'aile supérieure de la narine gauche était plus abaissée, ce qui produisait un rétré- cissement de l'orifice nasal. Toutefois il n'y avait pas de paralysie de la narine, qui se mouvait très-bien dans les mouvements respiratoires. 4° Une heure après la section du sympathique, on appliqua le manomètre différentiel sur l'artère faciale droite et sur un rameau musculaire de l'artère carotide gauche à la partie inférieure du cou. On obtint un excès de pression de 60 à 80 millimètres à l'avantage du rameau de l'artère carotide. La pression absolue dans ce rameau était de 110 millimètres. 5" On avait retiré du sang de la jugulaire à 2 heures 25 minutes, avant la section du sympathique à gauche. Il se coagula en 40 minutes avec une couenne blanche considérable. Trois quarts d'heure après la section du nerf, ou fit du même côté, c'est-à-dire du côté gauche, une nouvelle saignée. Le sang était plus rouge, et il se coagula en 11 minutes avec une couenne blanche très-faible. Après toutes ces opérations le cheval était si faible 23G CIRCULATION CAPILLAIRE. qu'il tomba épuisé, ce qui empêcha de continuer les expériences. Exp. (30 mars 1854). — (Température ambiante : 18 degrés.) Sur un grand cheval à jeun : 1** On prit, à midi, la pression des deux artères coro- naires de la face en expérimentant bien exactement sur les mêmes branches : le manomètre différentiel resta dans un équilibre parfait. Alors on prit les pressions absolues et on obtint une pression égale de 120 millimètres de chaque côté. 2° A 12 heures 34 minutes, on coupa le nerf grand sympathique du côté droit, et à 2 heures 10 minutes on reprit la pression différentielle dans les mêmes ar- tères coronaires, après que les phénomènes de la calo- rification se furent montrés comme à l'ordinaire. On obtint un excès de pression de 60 millimètres en fa- veur du côté droit. On prit alors les pressions absolues et on trouva : à droite, 180; à gauche, 120. La différence 60 était précisément celle qui était donnée par l'expérience. 3" A 3 heuies 25 minutes, c'est-à-dire trois heures après la section du nerf, on prit encore les pressions comparées et on obtint un excès de pression de 10 mil- limètres en faveur du côté droit; alors on prit les pres- sions absolues: on trouva, à gauche, de 70 à 130; à droite, de 80 ta 160. Ce qui donnait, pour le côté gauche, une oscillation de 00 millimètres et une de 80 pour le côté droit. El p. — Sur un cheval de petite taille, à jeun : INFLUENCE DES NERFS. 237 1° On fit une saignée à 12 heures 11 minutes à la veine jugulaire droite. Le sang était noir et il était coa- gulé à 2 heures 40 minutes. 2° On prit la pression comparativement dans les ar- tères coronaires de la face à 12 heures 37 minutes. On trouva que la pression était la même des deux côtés et que l'appareil restait en équilibre au 0. 3" A 12 heures 41 minutes on coupa le nerf sympa- thique du côté droit dans la région du cou. 4^ On fit une seconde saignée à la veine jugulaire droite à 1 2 heures 47 minutes, par conséquent cinq mi- nutes après la section du nerf sympathique. Le sang, qui s'écoula par une petite ouverture et en bavant, était plus rouge que celui de la première saignée et était coagulé au bout de une minute. o» A 2 heures 15 minutes, on reprit les pressions des deux artères coronaires séparément, et on obtint : du côté droit, 120 à 130; du côté gauche, 110 à 120. 6° A 2 heures 22 minutes, on fit une saignée à la veine jugulaire du côté gauche, et à 2 heures 25 mi- nutes on reprit du sang à la veine jugulaire du côté droit. Le sang de la jugulaire gauche, plus noir, se coagula très- lentement et présenta un caillot blanc qui tenait la moitié de la hauteur de i'éprouvette. Le sang du côté droit était plus rouge et il forma un caillot blanc qui n'occupait que le cinquième supérieur de I'éprouvette (le sang avait dans les deux saignées coulé par une large ouverture). 7° A 3 heures 45 minutes, trois heures après la sec- 238 CIPxCULATION CAriLLAIRE. lion du sympathique, on reprit les pressions des artères et on obtint séparément les pressions : du côté droit, 100 à 130; du côté gauche, 80 à 100. Après quoi on appliqua l'instrument différentiel sur les deux artères à la fois et on obtint excès de pression de 25 millimètres pour le côté droit. £xp. — Sur un autre cheval, à 2 heures 40 mi- nutes : r on fit une saignée à la veine jugulaire droite. Le sang se coagula et donna un caillot blanc qui occu- pait environ le quart supérieur de l'éprouvette. 2° On découvrit les artères carotides des deux côtés, à la partie inférieure du cou, et on prit un rameau musculaire au même niveau des deux côtés. On y con- stata les pressions absolues : à gauche, 140 à 260; à droite, 140 à 260. On appliqua alors l'instrument différentiel sur les deux côtés à la fois et on obtint un équilibre de pres- sion sans pulsation sensilde. 3° A 3 heures 6 minutes on coupa le nerf sym- pathique du côté gauche. 4° A 3 heures 9 minutes on fit une saignée à la veine jugulaire droite; et, à 3heures 11 minutes, une saignée à la veine jugulaire gauche. Le sang retiré du côté droit ne donna pas de caillot blanc, ou à peine. Pour le côté gauche, le caillot blana occupait environ le tiers supé- rieur de l'éprouvette. A 4 heures 9 minutes, c'est-à-dire une heure après la section du sympathique, on fit à l'animal une nou- velle saignée des deux côtés. Le sang du côté droit donna un caillot blanc occupant INFLUENCE DES NERFS, 239 environ le dixième supérieur de l'éprouvetto. A gauche, le sang se coagula sans donner de caillot blanc. 5° On prit les pressions des rameaux carotidiens à 4 heures 10 minutes, et on obtint : à gauche, 120 à 140, à droite, 120 à 160. Ces nombres prouveraient que la pression du sang dans les carotides est restée la môme des deux côtés au-dessous du point où le sympathique avait été coupé, bien qu'on voie que dans ces deux vaisseaux la pres- sion fût bien inférieure à ce qu'elle était d'abord; ce qui provient sans doute des saignées et des diverses opérations faites à l'animal. Exp. (23 avril 1854). — Clieval breton de taille moyenne, assez vigoureux, âgé d'environ douze ans, ayant une affection du pied gauche antérieur, à jeun depuis vingt-quatre heures environ. 1° A 10 heures 30 minutes on découvrit les deux artères coronaires de la face, un peu avant leur divi- sion en palpébrale et en nasale. ' "' 2° On prit ensuite la pression différentielle de ses artères et on trouva un é juilibre parfait. Immédiatement après, on prit dans chaque artère la pression absolue et on trouva : à droite, 120 à 160; à gauche, 120 à 160. Appliquant ensuite le cardiomètre, on eut : à droite, 110 à 170; à gauche, 100 à 170. 3° A H heures 13 minutes, on coupa le nerf grand sympathique du côté droit. 4° A 11 heures 20 minutes, c'est-à-dire sept minutes après la section du sympathique, on prit la pression 240 CIRCULATION CAPILLAIRE. (lifréreiiliL'lle, qui était de 60 millimètres en faveur du côté droit. Prenant les pressions absolues avec le même instru- ment, on eut : à gauche, 120 à 160; à droite, 130 à 220. A 11 heures 25 minutes on répéta la même épreuve avec le cardiomètre, qui donna : à droite, 130 à 170; à gauche, 120 à 170, l'animal étant calme. 5" A 1 1 heures 45 minutes, on compta les respira- lions, qui étaient au nombre de 16 par minute; on compta dans le même temps de 40 à 44 pulsations. 6' A 12 heures 25 minutes on reprit les pressions absolues : à gauche, 110 à 120; adroite, 100 à 120. On trouva donc les pressions inférieures à ce qu'elles étaient précédemment, ce qui lient probablement à ce que pendant les premières observations l'animal était très-tourmenté par le torche-nez qui le serrait, ce qui se traduisait par des mouvements continuels, tandis que pendant les dernières observations, le cheval, débar- rassé depuis quelque temps du torche-nez, ne faisait plus aucun mouvement et était parfaitement calme. On observa aussi que, pendant que l'animal était tourmenté, les deux oreilles étaient chaudes. La diffé- rence de température entre les deux oreilles ne se ma- nifesta que lorsque l'animal était devenu calme; la lempérature de l'oreille saine s'était alors abaissée. 7" A 1 heure 50 minutes on prit les pressions, l'animal étant toujours très-calme : à gauche, 100 à 100; à droite, 140 à 160. Il y avait 48 pulsations. La température de l'oreille INFLUENCE DES NERFS. 241 droite était plus élevée que celle de l'oreille gauche; cependant l'animal ne suait pas, ce qui tient probable- ment à sa race; car on avait remarqué déjà que les chevaux bretons offrent beaucoup plus de résistance que les autres à la production de ce phénomène. 8" A 2 heures 8 minutes, on reprit la pression à droite et l'on trouva : 110-130. Pendant que l'instrument était appliqué, on irrita le nerf sympathique dans son bout périphérique, au cou, avec la pince électrique. A l'instant même, la pression constante augmenta de 140 à 160, en même temps que les pulsations cardiaques devinrent de plus en plus pe- tites et finirent même par disparaître complètement. 9*^ Ensuite, ayant une pression de 1 20 à 1 40, les pulsa- tions étant de 20 millimètres, on irrita encore le bout péri- phérique du sympathique et la pression augmenta de 140 à 160. Les pulsations devinrent de plus en plus petites et finirent même par disparaître complètement. On cessa alors l'excitation du nerf et les pulsations reparurent peu à peu à mesure que de son côté la pres- sion diminuait et que tous les phénomènes se rétablis- saient comme avant la galvanisation, c'est-à-dire que la pression revenait à droite de 1 10 à 130 avec des pul- sations de 20 millimètres. 10° A 2 heures 40 minutes, on prit la pression difTé- rentielle et l'on obtint une pression de 40 millimètres en faveur du côté droit. Alors, l'instrument étant en place, on irrita le nerf sympathique, et après une demi-minute environ d'excita- tions successives, l'équilibre existaitentreles deux côtés. B. LlQUlD. DE l'oRGAN. — I. 16 242 CIRCULATION CAPILLAIRE. 11° A 2 heures 45 minutes, on fit difîérentes tenta- tives d'observations infructueuses. A 3 heures 35 minutes, on fit une dernière observa- tion hémométrique qui donna les résultats suivants : à gauche, 120 à 160; à droite, 140 à 160, les pulsations étant de 10. Enfin, comme remarque générale, on doit dire que la galvanisation du grand sympathique n'avait déterminé aucune manifestation douloureuse; on nota encore que l'animal fut pris, au bout de quelque temps, d'un trem- blement de tout le corjts; il n'avait pas sué du tout. Ejcp. — Cheval percheron, âgé de douze ans envi- ron, assez bien nourri, ayant raffeclion qu'on désigne sous le nom à' immobile ^ foii^ à jeun depuis vingt-quatre heures. Ses respirations étaient au nombre de 16, les pulsations de 42 par minute. TA 12 heures, on découvrit les deux veines coro- naires de la face. 2" A 12 heures 10 minutes, on prit la pression absolue : à droite, 30 à 40 millimètres; à gauche, 30 à 40 millimètres; pas de pulsations bien sensibles. 3" A 12 heures 20 minutes, on coupa le nerf sympa- thique du côté droit après en avoir fait la ligature. 4" A 12 heures 25 minutes, on reprit la pression des veines et l'on obtint : à (h^oite, 50 à 60 millimètres; à gauche, 20 à 30 millimètres. L'animal était cahiic. L'élévation de la température était déjà très-mani- feste du côté droit. 5° A 2 heures ; l'animal suait fortement du côté droit INFLUENCE DES NERFS. 243 et présentait un frisson de toute la surface du corps. On prit successivement les pressions des deux veines et l'on obtint : à gauche, 25 millimètres, sans pulsations ; à droite, 40, avec pulsations manifestes, au nombre de 52 par minute. 6° On irrita alors avec la pince galvanique le bout supérieur du nerf sympathique. Pendant cette irritation, qui ne produisit pas de ma- nifestation douloureuse, la pression du côté droit des- cendit de 40 à 20, en même temps que les pulsations disparaissaient. On cessa l'irritation, et une minute après, les pulsa- tions, qui avaient environ4millimètresdehau leur, étaient revenues à leur valeur et au nombre de 52 par minute. 7" A 2 heures 30 minutes, on irritais nerf. Après 30 secondes d'irritations successives, la pression était tombée à 20 millimètres; après 45 secondes, elle était descendue à 10 millimètres; après 60 secondes, elle était à 10 millimètres; après 75 secondes, toujours à 10 millimètres, et les pulsations étaient nulles. 8° A 3 heures 5 minutes, on prit la pression dans la veine coronaire gauche; on avait de 30 à 40, sans pul- sations; veine droite, 40 à 50, avec pulsations de G à 10 millimètres. 9° A 8 heures 10 minutes, on irrita le nerf pendant que l'instrument était sur la veine étroite. La pression descendit à 30 millimètres, elles pulsations n'étaient plus que de 2 millimètres. 10" A 3 heures 50 minutes, on prit pour la dernière fois la pression absolue des deux veines, et on obtint à 244 CIRCULATION CAPITXAIRE. gauche 30 sans pulsations, à droite 40 à 45 avec pulsa- tions de 4 millimètres, ir A 4 heures, on retira, sur le cheval soumis à l'expérience de la p. 240, du sang de l'artère faciale droite, et du sang de la veine coronaire droite. La coa- gulation fut assez rapide dans les deux sangs, mais moins rapide cependant dans le sang artériel, où il y avait une couenne considérable. Sur le cheval sujet de l'expérience que nous rappor- tons maintenant, on prit du sang des deux veines de la face. Il y eut peu de différence pour la coagulation, qui fut très-lente dans les deux cas, probablement par ce que l'animal était encore sous l'influence de l'excita- tion des nerfs; seulement le sang veineux du côté oti le sympathique avait été coupé était i-utilant comme du sang artériel, ce qui s'observe habituellement dans ces expériences. Exp. (30 avril 1854). — Grand cheval bai, d'envi- ron treize ans : 72 pulsations et 12 respirations par minute; à jeun depuis vingt-quatre heures environ. V On découvrit, à droite et à gauche, sur la fac(i les veines coronaires sur lesquelles on appliqua le mano- mètre. On constatâtes pressions : à droite, 30; à gauche, 30. Lorsque l'animal faisait des mouvements des mâ- choiies, la pression montait à 40. 2" A H heures 2 minutes, on découvrit le sympa- thique du côté droit, et on le coupa. Pendant l'opéra- tion, l'animal, indocile, élait maintenu par un torche- no/. INFLUENCE DES NERFS. 245 On constata, immédiatement après la section du nerf, les pressions suivantes : à droite, 50; à gauche, 50. L'animal étant calme, il y avait eu augmentation de pression, par suite sans doute de la douleur produite par l'opération; pendant les mouvements de mastication, la pression montait à 60. 3''A il heures 12 minutes, réchauffement était très- manifeste du côté droit de la face. ,^ ,,,1 : ; 4*^ A H heures 30 minutes, l'animal étant calme et reposé, on prit les pressions dans chaque veine : à droite, 45 millimètres; à gauche, 30 millimètres. On n'observa de pulsations d'aucun côté. A 12 heures 11 minutes, l'animal étant calme, on reprit les pressions : à droite, 40, avec pulsations très- faibles ; à gauche, 30; pas de pulsations. La canule du tube manométrique étant tombée et ayant été replacée, les pressions furent constatées de la manière suivante : à droite, 45, 50, 60, 45, 50, avec des pulsations de 2 millimètres. •...r,[; ,; , " 5° A 1 heure 35 minutes, on reprit les pressions, l'animal étant ca*lme : à droite, 40 millimètres de pres- sion avec pulsations, 2 millimètres; à gauche, 30 mil- limètres, sans pulsations. 6" A ce moment on essaya de mesurer la rapidité du cours du sang par une injection de prussiate de po- tasse; mais l'expérience ne réussit pas. Ce cheval, de race picarde, était de haute taille, il ne sua pas, bien que l'élévation de température fût très manifeste du côté opéré. .- Exp. — Petit cheval brun, quinze ans, race bretonne. 2i6 CIRCULATION CAPILLAIRE. 1" On mit à découvert l'artère glosso-faciale droite et le canal parolidien. 2° On prit les pressions dans les deu x bon ts de l'artère : Bout central : 70 à 130; oscillations, 60. Les pulsations étaient au nombre de 36 par minute. Dans le bout périphérique, de 35 à 45; oscilla- tions : 10. 3" A 11 heures 55 minutes, on fit mâcher du foin à l'animal et on recueillit la salive pendant 2 mi- nutes. 4" A 12 heures 2 minutes, on coupa le sympathique du côté droit. 5° A 12 heures 22 minutes, on constata les pressions, l'animal étant calme et maintenu par le torche-nez. Bout périphérique : 45 à 55 ; oscillations, 10. Bout central : 100 à 170 ; oscillations, 70. Les pulsations étaient au nombre de 36 par minute. 6° A 1 heure 54 minutes, on reprit les pressions et on obtint, le torche-nez étant enlevé : Bout périphérique : 45 à 55. Bout central : 100 à ICO, avec 48 pulsations par minute. 7° A 2 heures 2 minutes on irrita le grand sympa- thique pendant que l'instrument était appliqué, et l'on constata que la pression du bout périphérique, primiti- vement de 50, montait h MO ; et en prolongeant long- temps la galvanisation, elle redescendait à 80. Les os- cillations, d'abord de 20 millimètres, allèrent en diminuant et s'arrêtèrent à 10 millimètres. La pression du bout central l'ut successivement de INFLUENCE DES NERFS. 247 140, 80, 100, 110 millimètres; les oscillations, de 60, 70, 70, 70. 8** Après quelques minutes de repos, ou prit de nouveau les pressions, et on eut : bout périphé- rique, 58. On irrita le nerf, et cette pression monta à 64-70. Les oscillations, d'abord nulles, eurent ensuite 2 milli- mètres. A 2 heures 35 minutes, on rechercha le grand sympa- thique, qui avait perdu sa ligature trop peu serrée. Dans cette opération le pneumogastrique fut un peu froissé. 9" On reprit les pressions : bout périphérique de l'artère, 40 millimètres. On irrita le sympathique très-haut dans la plaie; la pression monta à 100-110: les oscillations, d'abord très-faibles, furent ensuite de 4 millimètres. Le bout central donna les pressions 100-120-125- 140-120 millimètres, avec des oscillations de 70-40- 10-60 millimètres. -: • ;< -1 ^ '^ ^^ 10° Ensuite on galvanisa le pneumogastrique; la salive ne coula pas; l'animal toussa fort. Il n'avait pas toussé quand on avait irrité le sympathique. Le cheval sujet de celte expérience n'a pas sué malgré l'élévation de température produite dans le côté droit de la tête par la section du sympathique. Les deux expériences précédentes montrent que lorsqu'on galvanise le bout périphérique du sympa- thique, on ne produit, en général, pas de douleur. L'effet de cette galvanisation sur la circulation capillaire 248 CIRCULATION CAPILLAIRE. ne se manifeste que quand l'excitation dure depuis quel- ques instants. Quand on cesse la galvanisation, l'effet produit persiste pendant quelques minutes. L'effet de la galvanisation du sympathique se mani- feste d abord par une augmentation de la pression arté- rielle et diminution des pulsations dans les deux bouts de l'artère, mais surtout dans le bout périphérique. Puis, si l'on prolonge longtemps l'action du galva- nisme, la pression diminue en même temps que les oscillations, qui finissent même par disparaître. La première galvanisation du nerf donne toujours les effets les plus intenses. Quand on répète les galvanisa- tions, môme à des intervalles assez longs, les effets sont beaucoup moins prononcés ; ce qui prouve que l'irrita- bilité diminue, et peut même disparaître dans la partie précédemment excitée. Pour obtenir le même effet, on est donc obligé de reprendre le nerf plus haut. Enlin, on a noté que chez certains chevaux la section du sympathique ne produit pas de sueurs; les perche- rons sont ceux qui présentèrent les sueurs les plus marquées. i Exp. (30 avril 1854). — Cheval blanc, de race per- cheronne. \" On découvrit l'artère faciale des deux côtés pour y appliquer le manomètre. On trouva : côté gauche, bout périphérique, pression, UO millimètres; oscillations, 40 millimètres, avec 60 pulsations par minute. Côté droit, bout périphérique : pression, 110-120- 110 millimètres; oscillations, 40 millimètres. 2' A 3 heures 12 minutes, on chercha à couper le INFLUKNCE DES NERFS. 249 sympathique; mais on le tirailla et le pneumogastrique* fut blessé en même temps. La chaleur augmenta beaucoup à droite. 3° On reprit les pressions dans l'artère faciale : à droite, bout périphérique : pression, 80 millimètres; oscillations, 10 millimètres; 72 pulsations par minute. A gauche, bout périphérique : pression, 110 milli- mètres; oscillations, 30 millimètres. 4*^ On ressaisit le grand sympathique et on le pinça sans faire tousser l'animal. A 3 heures 22 minutes, on le coupa à droite. 5" Une minute après la section du sympathique, on reprit les pressions. Côté droit, bout périphérique : 80 millimètres. On galvanisa le nerf; l'animal paraissait le sentir ; il toussa un peu; la pression tomba à GO. On acheva alors la section du pneumogastrique, qui se fit sans que l'animal toussât. Le côté droit delà tête était couvert de sueur. 6*^ A 3 heures 36 minutes, on reprit les pres- sions : iVij;M:j; , ■•■^ 'y -m. :• : ',; Côté droit, bout périphérique : pression, 80 milli- mètres; oscillations, 10 millimètres. Côté gauche, bout périphérique : pression, 1 1 mil- limètres ; oscillations, 20 millimètres. 7^* A 3 heures 39 minutes, on coupa le sympathique gauche. On observait toujours dans l'artère faciale les pressions : A gauche, bout périphérique: pression, 70 ; oscilla- tions, 10; 72 pulsations par minute. 250 CIRCULATION CAPILLAIRE. A (Iroilc, Itoiil périphérique : pression, 70 ; oscilla- tions, 10. L'animal suait très-fort adroite. 8" Côté gauche, bout périphérique, 50 niillimètres. On irrita le sympathique gauche ; la pression monta à 80 millimètres, fixe. Ou cessa la galvanisation ; la pression monta à 90, s'y maintint quelques instants, puis descendit à 60 ; il n'y avait pas d'oscillations. 9° 3 heures 55 minutes. Côté droit, bout périphé- rique ; pression, 70 ; oscillations, 5 ; 68 pulsations par minute. L'animal respiraitdifficilement. On cessal'expérience. Exp. On découvrit sur un chien l'artère faciale. Pour cela on sépara les muscles digastrique et masséter, et, entre la rainure qui sépare ces deux muscles, on trouva sur l'os maxillaire l'artère faciale qui monte sur la face en s'accolant au muscle digastrique. Sur le même chien, la veine faciale ayant été également mise à découvert, on coupa le pneumogastrique et le sympathique réunis du coté droit. Après cette section, la circulation fut comme arrêtée dans la veine ; quand on la comprimait, elle ne se gonflait plus entre le point comprimé et les capillaiies; quand on la coupa, il coula à peine quelques gouttes de sang par les deux bouts de la veine divisée; alors le chien fut sacrifié par la section du bulbe ra- chidien, et immédiatement le sang se mit à couler abondamment par le bout périphérique de la veine; il coulait par jets et assez loin. Cet écoulement singulier dura environ 1 minute. Ex(). Sur un cochon d'Inde auquel on avait coupé le INFLUENCE DES NERFS, 251 filet cervical du grand sympalhique dans la région du cou, on constata que la pupille était rétrécie, l'œil plus enfoncé et plus sensible. Quand on souftlait dans l'œil à droite et à gauche avec la même force, l'agitation de l'air faisait constamment fermer l'œil du côté où le sym- pathique avait été coupé, tandis qu'il n'en était pas de même de l'autre côté. On constata aussi, en regardant l'oreille par transparence, qu'elle était beaucoup plus vasculaire que celle du côté sain, comme cela a lieu chez le lapin et chez d'autres animaux. Toutes ces expériences relatives à l'influence du sys- tèmenerveuxsurlacirculation capillaire sont très-impor- tantes pour les théories qui régnent actuellement sur la production de la chaleur chez les animaux à sang chaud . En etfet, nous voyons par elles qu'après la section du grand sympathique, la température augmente dans la partie en même temps que la pression cardiaque s'y montre plus forte, et dans ce cas, on remarque que le sang est resté rouge, tandis que lorsqu'on vient à galva- niser le grand sympathique on-voitla pression diminuer, le refroidissement se manifester dans la partie et le sang devenir très-noir dans la veine , de sorte qu'ici la tem- pérature n'augmente pas avec le phénomène chimique de vénosifé du sang, mais avec les phénomènes méca- niques delà circulation. Ces questions seront surtout importantes lorsque nous parlerons d'une théorie géné- rale de la caloritîcation, et lorsque nous examinerons la question de savoir si elle est liée plus directement aux phénomènes mécaniques qu'aux phénomènes chi- miques qui se passent dans l'organisme. ONZIEME LEÇON 27 JANVIER 1858. SOMMAIRE : Couleur du sang. — Système à sang rouge et système à sang noir, artériel et veineux. — Cette distinction de couleur est trop absolue. — Couleur du sang chez le fœtus et dans diU'é- rentes espèces mammifères. — Influence du sexe, de l'âge, de l'état d'hibernation, etc. — Couleur rouge du sang veineux dans la veine rénale. — Expériences. Messieurs, Nous aborderons aujourd'hui l'exameu de la cou- leur du sang. Comme il s'agit ici surtout de l'homme, nous ne nous occuperons pas de la couleur du sang chez les animaux invertébrés. On distingue chez l'homme le sang par sa couleur rouge, et d'après l'intensité de cette couleur, on recon- naît deux systèmes sanguins : l'un contenant un sang d'un rouge vermeil, qu'on appelle le système à sang rouge, et l'autre contenant un sang d'un rouge brun- bleuâtre, qu'on appelle le système à sang noir. Ainsi, à l'état physiologique, la question de la couleur du sang se réduit donc à ces deux points. Le sang est rouge, et il y a un système de vaisseaux, le système artériel aor- lique, qui contient du sang vermeil, tandis qu'un autre système, le système veineux, contient un sang rouge- brun. Voyons tout ce qu'on a dit à ce sujet et ce qu'on sait de positif à cet égard. Un premier point, sur lequel n'existeaucun doute, c'est COULIiUR DU SANG. 2o3 que la coloration rouge du sang réside danslesglobules. Quant à la question de savoir qu'elle est la cause qui donne à ces globules, tantôt une couleur vermeille, tantôt une couleur brune, nous devons la rechercher d'abord en observant les cas dans lesquels ces variations de couleur se manifestent. Le premier fait sur lequel la science paraît aujour- d'hui fixée, c'est que cette différence de coloration des deux sangs est due à l'influence du système capillaire, soit pulmonaire, soit général. Il est dit partout, et cela ne paraît pas souffrir de difficulté, que chez l'homme et chez les animaux à respiration complète, le sang prend une couleur plus foncée en passant des artères dans les veines et une couleur plus claire en passant des veines dans les artères ; de telle sorte que le sang rouge se trouve après le poumon dans les artères ; le sang noir se trouve après le tissu des capillaires généraux dans les veines. Cette distinction paraît tellement établie que l'on dit indifféremment et comme synonyme : système arté- riel ou système à sang rouge, système veineux ou sys- tème à sang noir. On a été, et c'est surtout dans les ouvrages de Bi- chat que ces vues sont développées, jusqu'à établir une sorte d'antagonisme de propriétés entre le sang noir et le sang rouge, montrant dans le premier une action dé- primante sur toutes les fonctions, dont l'énergie était au contraire sollicitée par l'afflux dans les organes du sang vivifiant, du sang artériel. Cependant,nous pensons que cette distinction, fondée sur la coloration du sang, est loin d'être aussi absolue et 254 COULEUR DU SANG. d'avoir la signification qu'on a voulu lui donner, en sup- posant que le sang rouge est un sang doué de certaines propriétés et que le sang noir est doué de propriétés toutes différentes. La chimie ne nous apprend pas encore grand'chose relativement à la distinction des sangs ; cherchons donc dans un autre ordre d'idées quelles sont entre ces deux manières d'être du sangles analogies et les dissemblan- ces. D'abord nous devons rectifier une erreur qui est généralement répandue et quiserapporteàlacouleurdu sang chez le fœtus. Beaucoup de personnes s'imaginent que dansla vie embryonnaire il existe les deux systèmes, à sang noir et à sang rouge, et, môme dansdes ouvrages d'analomie très-recommandables, on représente, pour plus de clarté sans doute, un système à sang rouge et un système à sang noir chez le fœtus, systèmes disposés dilïéremment sans doute à cause de la circulation pla- centaire, et dont le système capillaire jouerait le rôle du système capillaire pulmonaire. Il n'en est rien ; chez le fœtusdesmammifères;iln'yapas, quanta la couleur, du sang artériel et du sang veineux ; le sang offre par- tout une coloration uniforme. Il retourne au placenta parl'arlère ombilicale aveclacouleurqu'ilavait lorsqu'il en est sorti par les veines ombilicales. Chez le fœtus de l'oiseau, la même chose a lieu : le sang des veines et des artères présente à peu près la même coloration. Sa co- loration peut-être est plus foncée ou plus claire que celle du sang artériel ou veineux. Ce n'est qu'après la naissance que celte différence signalée dans sa coloration couuneuce à s'établir ; mais SON IMPORTANCE. 255 chez radulle lui-même, ce caractère différentiel n'est pas absolu. Vous verrez des variétés infinies dans la coloration du sang veineux. On a fait une foule d'observations sur la coloration que le sang pouvait présenter dans différents étals et chez différents animaux mammifères. On a dit, par exemple, que le sang du bœuf, le sang du lièvre, le sang du cerf, du cheval, et surtout celui du cochon, sont plus foncés que le sang de l'homme. On a dit qu'au contraire le sang du mouton, celui du chat et celui de la chèvre étaient plus clairs que celui de l'homme et que celui de la chèvre était le plus clair de tous les mammifères. On a dit enfin que le chien avait un sang d'une couleur semblable à celui de l'homme, et qu'en général, les oiseaux avaient le sang le plus rouge de tous les vertébrés. Relativement aux différents états organiques, on a dit que le sang était plus rouge dans les premiers temps de la vie embryonnaire chez les oiseaux, les reptiles et les poissons ; que chez l'homme et chez lemammifères, au contraire, le sang était plus brun et conservait cette teinte foncée pendant les premiers temps après la naissance. On a dit que, dans la jeunesse, et surtout à l'époque de la puberté, le sang était d'un beau rouge, tandis que dans un âge plus avancé ce liquide devenait plus sombre. On a attribué au sang des femmes une couleurplus claire qu'à celui des hommes, excepté pen- dant la grossesse, où il deviendrait plus noir. Enfin, on a exprimé cette proposition que plus un homme est pléthorique et robuste, plus son sang est noir. Chez les 256 COULEUR DU SANG. hommes flegmatiques, délicats, d'une organisation ap- pauvrie, le sang est blafard et clair. Dans la syncope, Hunier, le premier, signala que le sang est d'un rouge plus clair. On a dit que le sang était d'autant plus foncé qu'il circulait plus lentement dans le corps ; que, par conséquent, la \ie sédentaire, le repos, rendaient le sang plus noir, tandis que le mouvement, la tempéra- ture élevée, les bains chauds, rendaient le sang plus clair ; enfin, toute cause qui gêne la respiration ren- drait le sang plus noir, et le sang serait d'autant plus rouge que la respiration serait elle-même plus active. Cependant on a été surpris que chez les animaux hiber- nants le sang fût plus rouge, quoique chez eux la respi- ration soit considérablement ralentie. J'insiste aujour- d'hui sur ce phénomène tout à fait imprévu, et j'espère plus tard pouvoir vous en donner l'explication. Je crois, en somme, qu'il convient de n'attacher qu'une importance médiocre aux caractères qu'on pour- rait être tenlé de tirer de ces différences de coloration. Elles tiennent certainement aux modifications qu'éprou- vent certains phénomènes chimiques sur lesquels le système nerveux exerce une influence considérable, et nous devons surtout rechercher à quelles conditions physiologiques répond chacune d'elles. Enfin, messieurs, ne nous attachant plus à des carac- tères nets et précis, mais ne recherchant dans la colora- tion qu'une indication relative, sera-t-il exact d'affirmer que le sang veineux est toujours noir et le sang artériel rouge ? — Cette proposition elle-même ne serait pas exacte ; des observalions répétées me l'ont démontré. SANG VEINEUX ROUGE. 257 II y a quatorze ou quinze ans, faisant des expériences sur l'élimination du prussiate de potasse par le rein, et voulant rechercher si tout le prussiate de potasse ap- porté par l'artère passait dans l'urine, s'il n'en revenait pas parla veine, j'avais été conduit à mettre à décou- vert l'artère et la veine rénale. Je fus dès lors frappé de la couleur du sang contenu dans ces vaisseaux. A tra- vers leurs parois, le sang de la veine me parut aussi rouge que le sang de l'artère. Cette coloration, qui me semblait singulière, pouvait-elle être attribuée à l'aé- ration du sang à travers les parois du vaisseau, l'ab- domen étant ouvert? — Je dus renoncera cette idée en ne voyantpas la coloration se produire lentement, mais le sang se montrer aussi rouge au moment même de l'ouverture de l'abdomen, que plus tard après son expo- sition à l'air. Une autre raison m'empêcha de m'arrêter à cette explication : l'abdomen étant largement ouvert, (,'!) examinantles veines rénales et leur abouchement dans la veine cave inférieure, on avait sous les yeux à la fois (!u sang rouge et du sang noir. Au dessous des veines ré- nales, le sang delà veine cave est noir; un peu plus haut, lorsqu'il a reçu le sang rutilant de la veine rénale gauche, il est déjà moins noir et d'une teinte manifes- tetnent plus rouge. Sa coloration est encore plus claire un peu au-dessus, alors qu'il a reçu le sang rouge de la veine rénale droite. A travers les parois minces des veines, on peut suivre dans la veine cave la trace rouge du sang venu des veines rénales, qui tout d'abord ne se mélange pas parfaitement au sang qui vient des mem- bres pelviens. Bien plus, cette différence de coloration B. LlQUlD. DE l'orGAN. — !• 17 258 COULEUR DU SANG. peut s'observer dans la veine rénale, où l'on peut suivre un petit filet noir formé par le sang d'une pe- tite veinule qui vient s'y jeter arrivant des muscles psoas. Aucune vue d priori ne m'avait conduit à la constata- tion de ce fait que j'avais reconnu sans le chercher, n'ayant aucune raison de suspecter l'exactitude de la proposition universellement admise, qui voulait que seul le sang artériel fût rutilant. Depuis cette époque, j'ai souvent constaté la coloration rouge du sang des veines rénales. Nous devons en conclure que la colora- tion vermeille du sang n'est pas un caractère qui per- mette toujours de distinguer le sang veineux du sang artériel. Dans les éludes physiologiques, il faut toujours re- cueillir avec soin un fait qui se trouve en désaccord avec les idées reçues. C'est tdujours de l'examen et de la dis- cussion de ce fait exceptionnel que sortira la découverte, s'il y en a une à faire. Nous nous altacherons donc à ce fait que je viens de vous signaler ; nous nous demande- rons pourquoi le sang est rouge dans la veine rénale, et verrons que le rein est le siège de phénomènes par- ticuliers qui peuvent eu rendre compte. Ces faits me conduiront ensuite à vous exposer par quelle série d'ob- servations et d'inductions j'ai été amené à généraliser ce pliénomèueet à lo rattacher à une influence nerveuse. Déjà le sang veineux avait été trouvé rutilant dans certains états pathologiques ,dans des fièvres typhoïdes notamment. Nous rechercherons, d'après ce qui s'ob- serve à l'état physiologique dans le rein, à quelles cou- SANG VEINEUX ROUGE. 259 dilions organiques répond cette coloration rouge du sang veineux. Voici dans ces deux tubes du sang recueilli sur un lapin dans la veine cave au-dessous et au-dessus de l'abouchement des veines rénales. Bien que ce sang ait été exposé h l'air, vous pouvez voir que celui-ci, re- cueilli au-dessus des veines rénales, est d'une couleur manifestement plus claire. Quoique déjà dans beaucoup d'expériences faites sur la température des vaisseaux abdominaux nous ayons eu l'occasion de constater la couleur rutilante du sang des veines rénales, je vous rapporterai cependant les deux expériences qui, en 1845. m'ont rendu pour la pre- mière fois témoin de ce phénomène. E.rp. — Sur un chien de taille moyenne et à jeun de- puis vingt-quatre heures, on ingéra dans l'estomac un peu de lait contenant du prussiate jaune de potasse. Une heure et demie après, on ouvrit l'abdomen de l'animal et on ne vit pas de vaisseaux chylifères remplis de chyle. Alors on fit l'expérience suivante : On lia l'artère rénale gauche. On lia ensuite laveine rénale droite. Les uretères furent liés des deux côtés; puis on injecta par la jugulaire 2 décigrammes de prussiate jaune dépotasse, dissous dans 15 grammes d'eau ordinaire. • '■ ' • ' L'animal fut sacrifié dix minutes après l'injection, et on trouva que le tissu des deux reins renfermait du prussiate de potasse, c'est-à-dire devenait bleu par le persulfale de fer; mais seulement le tissu du rein droit se colorait d'une façon beaucoup plus intense par le 260 COULEUR DU Sx\NG VEINEUX RÉNAL. persulfale de fer, c'est-à-dire contenait bien évidem- ment beaucoup plus de prussiate de potasse que le rein gauclie. Celte expérience prouverait que le prussiale de po- tasse injecté était arrivé au rein par l'artère. Car, s'il en existait dans le rein gauche, du côté où l'artère était liée, c'était du prussiate qui avait été absorbé dans l'intestin avant qu'on fît l'injection. Cela est prouvé, du reste, par la présence du prussiate dans l'urine de l'animal, bien que les deux uretères eussent été liés. Dans celte expérience, on fit les observations sui- vantes sur la coloration du sang : Le sang des veines rénales était d'une couleur rouge e'. aussi rutilante que celle du sang artériel. Celle cou- leur rutilante contrastait avec la couleur noire du sang de la veine cave. On retira dans deux tubes, d'un côté, du sang de la %'eine jugulaire qui élail noir, de l'autre, du sang de la veine rénale qui était aussi rouge que du sang arlériel. Après quelques heures on examina les deux sangs qui tous deux étaient coagulés. Le caillot du sang de la veine jugulaire était ferme, et son sérum était limpide et d'une couleur cilrine. Le caillot du sang de la veine rénale était extrêmement mou ; il avait fourni une très- grande quantité de sérum limpide. Quand on agita ce dernier tube, le sang qu'il conte- nait devint très-rutilant, et la totalité du caillot se fondit et tomba en dissolution. Il n'y avait plus que les glo- bules qui se précipitèrent au fond du tube, tandis que EXPÉRIENCES. 261 le sérum limpide surnageait. Il semblait donc y avoir extrêmement peu de fibrine dans ce sang. On rechercha la présence du prussiale de potasse dans le sérum du sang de la veine jugulaire et dans celui de la veine rénale. Il en existait dans les deux sangs, ce qui prouve que le rein n'avait pas éliminé complètement le prussiate, puisqu'il s'en retrouvait encore dans le sang veineux. Exp. Sur un autre chien, on répéta l'expérience pré- cédente. L'abdomen étant largement ouvert, on lia, en évi- tant de blesser les nerfs, l'artère rénale gauche, et on divisa l'uretère au-dessous du rein. On isola ensuite la veine rénale droite, et on passa au-dessous d'elle un fil sans la lier. Alors on injecta par la veine jugulaire 2 décigrammes de prussiate jaune de potasse, dissous dans lo grammes d'eau. Quelques minutes après cette injection, on recueillit le sang de la veine rénale, que l'on soulevait sur un fil, de manière à empêcher le sang de la veine cave de refluer. On constata qu'il existait une quantité très-notable de prussiate de potasse dans le sang de la veine rénale droite ; on constata égale- ment que le tissu du rein droit contenait du prussiate de potasse et que sa coupe devenait bleue par le con- tact du persulfate acide de fer. Le rein gauche ne contenait pas de traces de prussiate de potasse, et la coupe de son tissu ne se colorait nulle- ment par le contact du persulfate acide de fer; ce qui prouvait clairement que le prussiate arrive au rein par l'artère rénale. 262 COULEUR DU SANG VEINEUX. Toutefois, en mellant du persulfate de fer sur la membrane muqueuse de la vessie, on constata que cette membrane se colorait en bleu très-visiblement, de môme que la portion prostatique du canal de l'urè- thre. C'est un fait dont il est difficile de donner l'expli- cation, à moins qu'on ne suppose que les vaisseaux sanguins, contenant du prussiate de potasse, celui-ci transsudait par l'action du persulfate de fer. Ce qui rend cette explicalion probable, c'est que la membrane mu- queuse intestinale colorait également de la même ma- nière, à la condition toutefois d'avoir enlevé l'épithè- lium avant d'appliquer le persulfate de fer. L'animal était en digestion ; il y avait du chyle dans ses vaisseaux lactés, et on put constater, en incisant ces vaisseaux sur le mésentère et en ajoutant une goutte de persulfate de fer au liquide cbyleux qui s'en écoulait, la coloration bleue et la présence du prussiate de potasse. Quand on ajoutait le persulfate de fer sur un vaisseau entier, la coloration pouvait également avoir lieu, parce que le liquide acide imbibait les parois du vaisseau chy- lifère, coagulait son contenu auquel il donnait une co- loration bleue. On fit sur ce chien les mêmes observations que sur le chien précédent, c'est-à-dire que le sang des veines rénales était très-rutilant, comme le sang artériel. On observa ensuite, en sacrifiant l'animal par asphyxie, que le sang de la veine rénale était devenu noir comme celui de toutes les autres parties, loisque la respiration avait été gênée. L'appréciation des caiactères différentiels du sang SANG VEINEUX ROUGE. 263 artériel et du sang veineux est fort ancienne : elle s'est trouvée à l'ordre du jour dès que la circulation fut découverte. A celte époque, deux opinions opposées furent émises, les uns, et Harvey était du nombre, prétendirent que le sang veineux ne différait pas essen- tiellement du sang artériel, que c'était le même liquide qui des artères passait dans les veines ; et on trouvait dans cette identité des liquides qui circulaient dans les système, veineux et artériel un argument conlirmatif de la loi posée par Harvey. Les autres, les opposants, soutenaient, au contraire, que ces deux liquides diffé- raient esi-eutielleinent ; et ils trouvaient là une raison de nier la communication des systèmes artériel et veineux. Aujourd'hui tout le monde se rallie à une opinion qui tient le milieu entre ces deux vues exclusives ; on recon- naît que le sang artériel et le sang veineux offrent la même composition fondamentale, et qu'en même temps, ils offrent quelques différences surtout dans la colora- tion ; je ne parle pas encore des proportions de gaz oxygène et acide carbonique qu'ils renferment. Je vous ai dit déjà souvent que cette proposition, le sang veineux est toujours du sang noir, ne devait pas être acceptée d'une manière absolue; qu'il y a des con- ditions particulières dans lesquelles le sang artériel est noir et le sang veineux rouge. Je m'arrêterai sur ces conditions, dont l'étude nous fournira d'intéressantes considérations de physiologie générale. Les expériences que nous ferons ne tendront nulle- ment à établir que le sang ne devient pas rutilant eu traversant le poumon; mais seulement qu'il existe des 204 COULEUR DU SANG condilionsnoii encore délermiiiées, dans lesquelles l'ap- parilioii de celte coloration peut ne pas se manifester. Et d'abord, je vous ai dit qu'il est un sang veineux que, dans les conditions normales, on trouve toujours rouge : c'est le sang de la veine rénale. Je vais en terminant vous le montrer ici. L'observation doit être faite sur un animal vivant. En effet, plusieurs chimistes, Simon, Lehmann, ont fait des analyses du sang de la veine rénale et n'ont pas remar- qué sa coloration rouge. A quoi cela tient-il? — A ce qu'ils ont fait l'expéi'ience sur des animaux morts, sur des chevaux assommés. Sur ce lapin, je vais prendre du sang de la veine ju- gulaire et du sang de l'aitère carotide; la comparaison vous montreraque le premier est noir et le second rouge. Ouvrant maintenant l'abdomen et mettant à nu la veine cave inférieure au niveau des points où elle reçoit les veines rénales, nous voyons immédiatement, à travers les paiois de ces vaisseaux, les différences de coloration que je vous ai indiquées : le sang de la partie inférieure de la \eine cave est noii', 11 l'est un peu moins au-dessus de la veine rénale gauche dont il a reçu le sang rouge, et un peu moins encore au-dessus de la veine rénale droite. 11 faut avoir soin, dans cette expérience, de ne pas gêner la respiration de l'animal. Le sang veineux des veines lénales est donc rouge, d'un rouge plus ou moins vif, suivant certaines cii-constances que je vous indiquerai : voilà un premier fait. 11 est d'autres cas dans lesquels le sang veineux pré- sente des colorations diverses. Ces autres circonstances, ARTÉRIEL ET VEINEUX. 265 qui peuvent exercer sur la couleur du sang une influence quelconque, sout l'état d'abstinence et de digestion, de veille, de repos, de mouvement, etc. Sa couleur, géné- ralement plus foncée pendant la digestion, devient plus claire lorsque l'animal est à jeun ; c'est ce dont on peut se convaincre en comparant entre eux le sang artériel et le sang veineux aux différentes périodes de l'acte digestif. Ces différences, relatives à l'étatde digestion ou d'ab- stinence, s'observent chez tous les animaux, herbivores ou carnivores. Vous pouvez le voir en comparant ces deux tubes, contenant l'un du sang pris à la veine cru- rale d'un chien à jeun, l'autre du sang pris à la même veine chez un chien en digestion. Voici, comme termes de comparaison, deux autres tubes contenant du sang veineux de lapin à jeun et en digestion. Le moment de la saignée où l'on retire le sang exerce encore une influence sur sa coloration. Le sang veineux retiré le dernier est plus rouge que celui qu'on a extrait d'abord. 11 en est de môme pour le sang arté- riel. Quand on fait mourir un animal d'hémorrhagie par expérience, le sang retiré le premier est moins lu- tilant que le dernier recueilli, lorsque l'animal est mourant; et, chose singulière, le sang qui est recueilli le dernier prend spontanément la couleur noire plus tardivement que le premier. DOUZIEME LEÇON 29 JANVIER 1S58. SOMMAIRE : Influence du systcme nerveux sur la coloration du sang. — Influence d'une lésion produisant la paralysie d'une partie des centres nerveux. — Influence de la section du tilet cervical du grand sympathique. — De la vénosité produite par la compression de la trachée. — Des actions nerveuses dans les phénomènes chimiques. — Mécanisme. — Expérience. Messieurs, Je vous ai parlé dans la dernière leçon de la distinc- tion classique du sang en sang rouge et noir artériel ou veineux, vous signalant que ce n'est pas seulement après l'appareil respiratoire qu'on peut trouver norma- lement du sang veineux rouge. Une autre inlluence remarquable exerce sur la colo- ration du sang une action très-importante, je veux parler de l'influence du système nerveux, sur le méca- nisme de laquelle j'insisterai spécialement. L'interven- tion du système nerveux est capable de déterminer., en effet, la coloration noire ou rutilante du sang. Quand on paralyse une pai tie du corps, on voit le sang y devenir l'ouge, à la condition toutefois que la cause de la paralysie porte. sur le centre nerveux. C'est ainsi que, chez ce lapin, auquel nous avons coupé depuis quelque temps la moelle à la partie supérieure de la région dorsale, le sang artériel ne se change plus en sang veineux dans les parties inférieures à la section ; COCLEUR DU SANG. 267 ce liquide est rouge dans les veines comnfie dans les artères. En ouvrant l'abdomen, nous voyons en elTet que la veine porte et la veine cave sont rouges ; qu'elles n'offrent plus de difîérence avec les artères quanta la couleur du sang; ce résultat est ici très-sensible pour les vaisseaux ovariques par exemple. Voilà donc, sui- vant que la moelle est intacte ou suivant qu'elle est coupée, une différence très-remarquable. En même temps, la température du lapina baissé, ce dont on peut se convaincre en prenant la température dans le rectum. En suivant l'ordre de production des mani- festations qui nous oc(îupent, on voit que le sang ne de- vient pas rouge en même temps dans toutes lesvuines. Sa veine rénale contient comme à l'ordinaire du sang rouge, quoique ici l'animal n'urine plus ; elle n'a fait, dans ce cas, que conserver sa coloration normale. La veine porte est la première dont le sang devienne rouge; puis les veines du testicule, de l'ovaire; en- suite les veines de la peau ; les veines des muscles sont les dernièi-es dont la coloration se trouve changée par la section de la moelle. Pour constater ces effets, il faut attendre quelquefois huit ou dix heures, pour que l'a- rjimal soit suflisammenl refroidi. Voilà donc une opération qui exerce sur la colora- tion du sang une influence très-grande; nous verrons plus lard comment la coloration rouge du sang veineux dans ces conditions peut êtie expliquée. Mais permettez-moi d'abord de vous rappeler une ex- périence que j'ai répétée il y a longtemps déjà, en 1854, devantplusieurs savants allemands, et dont les résultats 268 COULEUR DU SANG. se trouvent consignés dans la Physiologie de Lud^^ig, publiée en 1856 (t. II, p. 350). Ayant fait la section d'un des filets du grand sympa- thique dans la région moyenne du cou chez des chevaux, j'examinai quelles différences de couleur et de proprié- tés pouvait offrir le sang dans les organes. Le fdet du sympathique étant mis à découvert, on faisait une pre- mière saignée de la jugulaire ; cette saignée donnait un sang noir. Après la section du fdet sympathique, on fai- sait une nouvelle saignée de la jugulaire ; le sang y était devenu rouge ; le changement de couleur avait été im- médiat. Comparant à ce moment le sangdes deux veines jugulaires, on le trouvait de colorations différentes : il était devenu rouge du côlé oi^i le sympathique avait été coupé, il était resté noir du côté opposé. Si ensuite on venait àgalvaniser le bout supérieur du nerf coupé, le sang coulait de nouveau noir par la veine jugulaire correspondante, pour y redevenir rouge dès qu'on cessait la galvanisation. Pour faire cette expérience, il est nécessaire d'opérer sur un animal volumineux. Le lapin est trop petit ; un gros chien pourrait suffire ; mais, chez le chien, le pneumogastrique est uni au sympathique et dès lois la section,portant ù lafois sur les deux nerfs, complicjue- rail l'observation de phénomènes étrangers appartenant à la lésion produite dans les fonctions respiratoires. C'est sur le cheval quej'ai fait cette expérience, et c'est sur cet animal qu'elle est la plus facile et la plus nette. La différence de coloration du sang artériel et du sang veiueux, dans les conditions normales, est sur- INFLUENCE DES NERFS. 269 tout en rapport avec l'intégrité des phénomènes res- piratoires, peut donc aussi se rattacher à des causes en apparence d'un tout autre ordre: l'action nerveuse semble en effet différer essentiellement de l'influence de l'oxygène, et pourtant nous venons de voir que la coloration rouge et la coloration noire du sang peu- vent être produites à volonté, en agissant sur le sys- tème nerveux. Les phénomènes qui se sont produits dans l'expé- rience que je viens de vous rappeler sont, messieurs, sous quelques rapports, les mêmes que ceux dont vous avez été témoins chez ce lapin auquel nous avons coupé la moelle; si nous la galvanisions, le sang redevien- drait noir dans les veiues pour y reprendre la colora- tion rouge lorsque la galvanisation cesserait. Ces faits nous montrent donc, je vous le répète, que les phénomènes de la coloration du sang ne sont pas, comme on le pensait, liés exclusivement à l'accomplis- sement de deux seules actions capillaires, la fonction pulmonaire et les tissus généraux, mais qu'ils varient sous l'influence des actions nerveuses. Ce qui n'empêche pas, d'ailleurs, d'admettre que les différences qui s'observent dans la coloration du sang puissent être dues uniquement à la présence dans ce liquide de certaines proportions d'oxygène ou d'acide carbonique. Lorsqu'on met à nu la carotide d'un animal et qu'on lui comprime ensuite la trachée, le sang devient noir dans la carotide. Pourquoi ? — Parce que l'oxygène n'est plus pris par le poumon et que l'acide carbonique n'est 270 couLEun du sang. plus expulsé. Cette explication, si bien en rapport avec toutes les idées reçues, ne paraît cependant pas s'appli- quer à tous les cas. Elle ne rend pas compte, notam- ment, des observations dans lesquelles la coloration rouge du sang coïncide avec un ralentissement de la circulation. D'une autre part, quand on comprime la tra- chée, le sang devient noir dans les artères immédiate- ment, si rapidement qu'il parait difficile d'admettre que de l'acide carbonique ait pu se former, circuler et venir y manifester l'influence qu'on lui assigne. Une autre raison qui semblerait encore devoir empê- cher d'accepter cette explication, c'est qu'il est des cir- constances dans lesquelles l'asphyxie peut n'avoir pas pour effetde rendre noir le sang veineux. Chez ce lapin qui a la moelle coupée, on peut comprimer la tiacliée; le sang reste rouge. Ce n'est que beaucoup plus tard, lorsqu'il sera asphyxié, que le sang deviendra noir par- tout. Or, messieurs, il faut ici tenir grand compte delà vigueur et de la température do l'animal : dans l'as- phyxie, le sang devient noir surfout en raison des forces musculaires; il devient noir seulement dans la partie qui est le siège de l'efTort. C'est ce qu'on peut voir chez cet animal où l'asphyxie ne rend pas le sang noir tout de suite partout, mais seulement dans les parties qui, ayant conservé leur faculté motrice, réagissent par des efforts contre l'action qui empêche l'accès de l'air dans le poumon. Nous verrons que, lorsque l'animal est sain et vigoureux, toutson système musculaire fournit du sang veineux noir qui peut passer dans le système artériel sans avoir perdu son acide carbonique. Il y a donc dans SANG NOIR. 271 sa coloration que prend le sang pendant la suffocation, quelque chose qui n'est pas encore suffisamment ex- pliqué. Maintenant, comment comprendre l'intervention du système nerveux dans un phénomène chimique ? C'est difficile, et il me paraît nécessaire de faire intervenir une action physique intermédiaire influençant le phé- nomène chimique non immédiatement, mais indirecte- ment, par des modifications amenées dans les conditions mécaniques de la production. On m'a cependant, à ce sujet, reproché de tendre trop vers un vitalisme obscur; il est évident qu'en formulant celle accusation, on ne tenait pas compte de la portée des phénomènes et d(^ l'influence qu'ils exercent les uns sur les autres chez les êtres vivants. Ma pensée n'a jamais été de supprimer les phénomènes physiques ou chimiques, j'ai voulu seule- ment tenir compte des conditions dans lesquelles ils se produisent chez les êtres vivants, et j'ai vu que, pour qu'un phénomène chimique se produisît, il fallait qu'un phénomène mécanique ou physique mît en rapport les éléments qui devaient réagir; quanta ce phénomène physique ou moteur, personne ne niera la dépendance dans laquelle le tient le système nerveux. Ces considérations m'amènent à examiner où et com- ment se fait la coloration noire, qui, de sang arté- riel, le constitue généralement h l'état de sang vei- neux. On sait que la couleur du sang réside dans les glo- bules. Faut-il en conclure que, lorsqu'il intervient pour donner au sang une teinte plus noire, le système ner- 272 COULEUR DU SANG. veux Hiril sur les globules ? — Eh bien ! non, le système nerveux agit tout autrement, et nous montrerons que les modiHcations qu'il amène dans la constitution de ce liquide peuvent porter spécialement sur le sérum, et seulement par son intermédiaire sur les globules. Voici comment on le prouve : Si l'on prend du sang de la veine jugulaire et du sang de la veine rénale, tous deux se coagulent, don- nent un caillot que surnage une certaine quantité de sérum. Qu'ensuite on divise les caillotset lesérum pour mettre successivement chacun des caillots en présence du sérumi de ces deux provenances, on obtiendra à ces contacts des résultats tout différents. On voit alors que, quel que soit le caillot sur lequel on opère, il reste ou devient rouge dans le sérum de la veine rénale, tandis qu'il d(ivient ou reste noir dans le sérum de la veine jugulaire. On a ainsi un caillot noir dans le sérum qui fait le sang noir et un caillot rouge dans le sérum qui fait le sang rouge. On sait parfaitement que la coloration ne peut être modifiée par des agents chimiques, l'action du système nerveux ne peut dans ce cas produire le résultat que nous lui avons reconnu qu'en agissant sur les tissus pour modifier les échanges. Ces échanges s'accom- plissent nécessairement dans un des temps du double mouvement delanutritiondeces tissus, lorsqu'ils aban- donnent une partie de leurs éléments pour en fixer de nouveaux. Toute modification dans la nature de cet échange amènera un changement dans la constitution du sang qui abandonne l'organe, d'oii changement pos- EXPÉRIENCES. 273 Bible de la coloration. C'est indirectemeat et par son influence sur le premier de ces actes organiques, sur l'expulsion interstitielle, que le système nerveux peut modifier la composition de la partie liquide du sang, du sérum, qui, à son tour, détermine la coloration foncée ou rutilante des globules. -^^ v\ s > .. • La question que nous nous étions posée tout à l'heure se trouvera donc ramenée à ces nouveaux termes : Re- chercher dans le sérum quelles modifications y apporte r influence nerveuse. ■ '■' ■ •'' "'j '•/ - ■; Voici une série d'expériences dans lesquelles le sang a présenté des colorations variées que nous donnons comme des exemples du plus grand nombre de condi- tions qui peuvent faire varier la coloration du sang, en attendant que nous puissions faire rentrer tous ces cas dans une explication commune. ' '■ . > ' Ejcp. — Un gros chien fut sacrifié par l'ouverture de la poitrine, puis par la ligature du cœur pour arrêter la circulation. On retira le sang dans Tordre suivant : r De la veine splénique, a puoint où elle s'abouche dans la veine porte. (La veine porte n'avait pas été liée lors de l'éventration.) -..n Après quatre heures ce sang était bien coagulé. Le sérum séparé était limpide, légèrement rosé, alcalin ; par le tartrate de cuivre dissous dans la potasse, il don- nait une réduction nette ; le caillot était noir et avait rougi faiblement à sa surface; une partie du caillot, agitée dans un tube, se brisa difficilement et ne rou'- ' Les caillots, ainsi devenus rutilants parl'agitation avec leur sérum respectif, perdaient peu à peu leur couleur rouge pour redevenir noirs, surtout lorsqu'on les ex- posait au soleil ; il arrivait alors que le liquide pre- nait une couleur noire ou gris terne, suivant la quan- tité des globules quecontenait le sérum. Mais on observa que le sang de la veine rénale perdait beaucoup plus lentement que les autres sa couleur rutilante, pour la reprendre plus vite lorsqu'on l'agitait de nouveau à l'air. Cette propriété de rendre le sang rutilant semblerait donc résider dans le sérum et non dans les globules; ce qui le prouverait, c'est qu'en ajoutant du sérum bien 276 COULEUR DU SANG. limpide de la veine rénale à un caillot vonant d'un autre sang, ce caillot prenait une couleur rutilante tout à fait semblable à celle du sang qui provenait de la veine ré- nale elle-même. Une autre particularité intéressante, c'est que le sé- rum de la veine rénale ne sembla pas dissoudre les glo- bules à la longue, comme celui des autres snngs. 11 hcrait intéressant de savoir si les chiens auxquels on a enlevé les reins, ont le sang plus rouge ou plus noir dans lesarlères. Voici maintenant d'autres expériences sur la couleur du sang : Exp. — Sur un jeune chien, on fit l'amputation de tous les tissus de la cuisse, en laissant seulement l'artère et la veiue. On constata que la circulation continuait, et que le sang circulait rouge dans l'artère et noir dans la veine malgré la section des nerfs. On a observé ce phénomène pendant dix minutes environ; puis on empoisonna l'animal en mettant de l'acide prussique dans la partie du membre qui ne tenait plus au corps que par l'artère et la veine. Cette exj.érience ne s'accorderait pas avec celles cités par divers observateurs, dans lesquelles on aurait con- staté que le sang était devenu rouge dans la veine après iast'clion des nerfs. Gela dépendait d'autres conditions encore. Dans une autre expérience, nous avons déjà \u qu'après la section de tout le plexus brachial chez un chien, le sang avait été trouvé ronge dans l'artère et noir dans la veine, un mois environ n])rôs l'opération, lorsqu'on sacrifia l'animal. Toutefois, lorsqu'on coupe la moelle épinière, le sang EXPÉRIENCES. 277 devient rougedrans les veines au bout d'un certain temps, surtout quand les animaux sont à jeun. "Kijii;.: ': Exp. — Sur un lapin qui avait été piqué au plan- cher du quatrième ventricule et qui se trouvait à ieuii avec des urines acides, j'ai constaté que le sang de l'artère carotide était noir, presque comme celui de Ja veine, quoique l'animal ne parût pas éprouver de gêne dans la respiration. . i ,• , : ;i:j .; Ce phénomène n'a pas été obtenu chez les autres la- pins qui avaient subi la môme opération, mais qui se trouvaient en digestion. Il faut se borner pour le mo- ment à signaler ce fait sans pouvoir l'expliquer. Exp. — Un lapin qui avait été enduit avec de l'huile à six heures et quart du matin, était mort à six heures du soir, c'est-à-dire environ douze heures après. L'animal s'était refroidi peu à peu, puis il était tombé sur le côté ; lorsqu'on l'examina, il était presque mourant. Sa tem- pérature, dans le rectum, était de 24 degrés, la tempé- rature ambiante était de 16 degrés. En incisant la peau et en la soulevant, ou remarquait que les veines super- ficielles contenaient du sang qui était très-rutilant. Ces vaisseaux superficiels étaient presque vides, landisque les artères carotides étaient pleines. Maison n'y sentait pas de battements au doigt; on n'en voyait pas non plus à l'œil. Le cœur semblait arrêté ainsi que la circu- lation; le sang d'ailleurs était ti'ès-rutilant dans les artères carotides. On n'avait donc aucun des symptô- mes de l'asphyxie, comme cela a été dit. Le lapin res- pirait encore très-librement vers la fin de sa vie. L'autopsie ayant été faite, les poumons étaient par- 278 COULEUR DU SANG. faitcment sains ; la mort ne pouvait par conséquent pas être atlribuée à l'asphyxie ; elle semblait être bien plu- tôt la conséquence d'un arrêt de la circulation. Cette coloration rouge du sang dans les veines était probablement liée à l'abaissement de température de ranimal,caronconstateégalement que, chez les animaux que l'on refroidit artificiellement eu les plaçant dans de la glace, le sang cesse de revenir noir par les veines. TREIZIÈME LEÇON. 3 FÉvniER 1858. ., - . -. SOMMAIRE : Examen comparatif du sang artériel et du sang vei- neux. — Influence du système nerveux sur la coloration du sang. — En quoi consiste la vénosité? — De la capacité d'absorption d'oxygène par les différents sangs veineux; par le sang veineux et le sang artériel. — Action du système nerveux sur ce phéno- mène. — Explications d'observations anciennes. — Influence de la digestion et de l'état d'hibernation sur l'absorption de l'oxygène par le sang. — Relation qui existe entre les actes nerveux elles phénomènes chimiques qui se passent chez les êtres vivants. Messieurs, , .. , . Nous continuerons aujourd'hui l'examen comparatif des sangs artériel et veineux, question fondamentale en physiologie et en médecine. Recherchant sous la dépen- dance de quelles influences pouvaient être placées les modifications de coloration du sang, nous avons dû nous appliquer à vous signaler les dérogations à une loi admise comme générale. C'est, en effet, surtout en re- cherchant dans quel sens doit être modifiée une pro- position pour répondre à tous les faits qu'elle devrait embrasser, que l'on a chance d'ouvrir à une question des horizons nouveaux. Tenir compte de tous les faits, modifier sans cesse les vues théoriques de manière à les maintenir en rapport avec les exigences des données positives dont la science s'enrichit chaque jour : tel nous paraît être le programme d'un enseignement se- rieusement attaché au progrès. o ;>] jî Jn.i 280 COULEUR DU SANG. Un premier fait, celui de la coloration rouge du sang de la veine rénale, est venu nous montrei" que la dis- tinction du sang en sang noir ou en sang rouge, suivant qu'il appartient au système veineux ou au système arté- riel, n'est pas un caractère suffisamment général pour être conservé. D'autres caractères que la coloration viennent encore établir une différence entre le sang de la veine rénale et celui des autres parties du système veineux; nous les examinerons en leur lieu. Jusqu'ici nous nous sommes surtout attaché à vous montrer que la couleur du sang peut être modifiée par l'action du système nerveux. Cette question est pleine d'intérêt, parce que partout dans l'organisme se montre cette action réciproque des phénomènes chimiques et des phénomèes de l'innervation, et qu'il est indispensable d'en tenir compte si l'on veut se faire une idée exacte de la portée et de l'aspect général des phénomènes de la vie. Recherchant dans l'examen des faits quels pouvaient être les rapports qui tiennent dans cette dépendance mutuelle les actes chimiques et les phénomènes ner- veux, nous vous avons montré : l** Que, lorsque l'on coupe la moelle épinière d'un la- pin à la partie supérieure de la région dorsale, le sang veineux devient rouge dans les parties qui reçoivent leurs nerfs delà portion de la moelle séparée de l'en- céphale. Voilà donc déj(à une première influence qui met obstacle à la transformation du sang artériel en sang veineux, quant à la couleur au moins. INFLUENCE DES NERFS. 281 2° Dans une autre expérience, nous avons été plus loin; nous avons circonscrit le champ ouvert à nos investigations, dans une partie limitée du système ner- veux. Lorsqu'on effet nous avons coupé le grand sympa- thique dans la région cervicale, outre les phénomènes de vascularisalion et de calorification que j'ai autrefois signalés et qui sont très-apparents chez ce lapin, il y en a de très-remarquables relatifs à la couleur du sang. Nous vous avons déjà dit quesi, opérant sur un cheval, on coupe d'un côté le filet cervical du grand sympa- thique, qu'on recueille dusangqui revient parles veines de ce côté, et qu'on le compare au sang veineux du côté opposé, on voit que ce dernier est resté noir, tandis que l'autreprésente la couleur rouge du sang arté- riel. Voilà donc uu nerf dont la section empêche égale- ment le sang de devenir veineux; de plus, il parait spé- cial, car nous savons que cet effet ne s'observe ni après la section du facial, nerf moteur, ni après celle de la cinquième paire, nerf sensitif. Si pendant l'ex- périence, on galvanise le bout céphalique du sympa- thique coupé, le sang redevient noir et présente l'aspect du sang veineux. Ces modifications ne sauraient être la conséquence d'un trouble général, car l'opération n'amène aucun trouble chez les chevaux sur lesquels nousl'avons pratiquée. Cette expérience paraissant très- propre à nous montrer l'infiuence des phénomènes ner- veux sur les actes chimiques, nous l'avons répétée depuis la dernière leçon. Je vous signalerai tout à l'heure les résultats qu'elle nous a donnés. Jusqu'ici nous devons conclure que la vénosité est 282 SANG VEINEUX, VÉNOSITÉ. SOUS ]a dépendance du grand sympathique. Mais en quoi consiste la v6nosil6 ? Comment la caractériser chi- miquement et physiologiquement ? Messieurs, les caractères qui appartiennent au sang veineux sont très-importants ; ils se rapportent à l'ap- titude qu'a ce liquide d'absorber les gaz et spéciale- ment l'oxygène. Le sang noir peut absorber une pro- portion d'oxygène beaucoup plus considérable que le sang rouge. Des expériences et des observations an- ciennes que nous avons vérifiées ici avaient déjà élabli cela. Lorsque nous sommes revenu sur cette question, nous avons même établi que, suivant la région oii on le prend, le sang veineux se comporte difTéremment rela- tivement à cette absorption d'oxygène. Voici d'ailleurs des chiffres que nous a donnés une expérience faite sur un chien : Sang de Tarière carotide; a absorbé. 8,0 p. iOO en voluuie. — de la veine jugulaire externe. . 10,0 — — du cœur droit 21,1 — — de la veine porte 30,0 — Ces essais faits avec de l'oxygène pur donnent des chiffres plus considérables que ceux que l'on obtiendrait en opérant avec de l'air. Toutefois ils sont comparables outre eux et nous ne leur demandons pas auh^ chose. C'est donc le sang de la veine porte qui de tout le sang veineux absorbe le mieux l'oxviïène. Si celui du cœur droit offre un pouvoir absorbant supérieur au sang de la veinejugulaire, cela (ientà ce qu'il offre un mélange dans lequel entre du sang delà veine porte. Avant que ces faits eussent été signalés, de nom- EXPÉRIEiNCES. 283 breuses observations avaient déjà indiqué que le sang de la veine porte est le plus noir de tous. Quand nous avons coupé le grand sympathique, il arrive que le sang artériel traverse les tissus sans y de- venir veineux; il devient artériel par les veines, bien qu'il ait traversé des tissus dans lesquels la calorifica- tion et la sensibilité soient exaltées; ce sang possède la même couleur et plusieurs autres propriétés physiolo- giques du sang artériel. Eœp. — Sur un chien de taille moyenne nous avons coupé d'un côté le grand sympathique dans le haut du cou, après l'avoir séparé du pneumogastrique, qui est resté intact. Je ne vous rappellerai pas ici l(3s modifi- cations de chaleur, de vascularisation, décoloration du sang ; elles ont été ce que nous les avons toujours vues en pareil cas. Alors on a pompé du sang dans la veine jugulaire avec une seringue; puis, la seringue pleine, on l'a fait pas- ser, sans l'exposera l'air, sous une éprouvette placée sur la cuve à mercure et contenant de l'air. On put, après un contact prolongé, se rendre compte par l'analyse du gaz restant de ce qui avait été absorbé etexhalé par le sang. On a ensuite galvanisé le sympathique et examiné le sang veineux recueilli pendant la galvanisation, com- parativement avec le sang veineux normal. Or, les chiffres suivants qui ont été obtenus nous montrent que la coloration noire du sang est en rapport avec sa capacité d'absorption pour l'oxygène; ils montrent aussi que cette propriété a pu être modiliéepar la galvanisa- tion du sympathique. • • >>'' 284 VÉNOSITÉ DU SANG. r L'air, qui était resté en contact avec le sang vei- neux normal, offrait, en centièmes, la composition : Oxygène 17,00 Acide carbonique 1,06 Azote 8i,9i Il avait perdu ; oxygène, 3,80. 2° L'air qui était resté au contact du sang veineux re- cueilli pendant la galvanisation du sympathique, offrait, en centièmes, la composition : Oxygène dîi,86 Acide carbonique r>,6S Azole... 83,40 Il avait perdu : oxygène, 4,94. 3^ Quant à l'air qui avait été mis en contact avec le sang aitériel, on lui trouva la composition : Oxygène i 7,0 4 Acide carbonique » Azote 82, oG Il y avait eu d'oxygène absorbé, 2, 16. Calculant ces résultats à un autre point de vue et cherchant ce qu'ont absorbé et exhalé 100 centimètres cubes de sang recueillis dans des conditions différentes, on a trouvé que le sang veineux normal a absorbé : oxygène, 5", 70, et exhalé acide carbonique, 1=%59. Sang veineux après la galvanisation du sympathique : a absorbé oxygène 7", 41, et exhalé acide carbonique, 1,020. Sang artériel a absorbé oxygène 3", 24, et exhalé acide carbonique, 0. Vous voyez donc d'après cela qu'on peut modifier à volonté l'absorption de l'oxygène par le sang, par une ABSORPTION DES GAZ. 285 fiction exercée sur le système nerveux. De là résulte en outre que si le sang cessait de devenir veineux, c'est- à-dire noir, l'individu absorberait beaucoup moins d'oxygène. . 'rv • ' Lorsqu'on s'est ainsi rendu compte de ce qu'est dans son essence la vénosité, on peut comprendre la raison d'un grand nombre de phénomènes signalés depuis long- temps, mais qui restaient inexplicables avec les idées théoriques ayant cours. Ces faits pourront maintenant être rattachés à des vues plus générales. Je vous signa- lais, dans la dernière leçon, les variétés de coloration du sangnotées par Nasse dans le dictionnaire de R.Wngner : on avait vu que le sang offre chez les sujets pléthoriques une couleur plus foncée, qu'il est plus rouge chez les individus jeunes, plus noir pendant la digestion et chez les animaux biens nourris qu'à jeun, ou chez ceux qui sont soumis à l'abstinence. Je vous rappelais encore qu'on avait été frappé de voir que, chez les animanx hi- bernants, le sang était plus rouge pendant le sommeil hivernal que pendant le réveil.